‹ Dieu dans la natureChapitre 121 sur 167 · L'HOMME ET DIEU · texte numérisé non relu

L'HOMME ET DIEU

même les plus privilégiés), Kanl s'est avisé de dire un beau jour que « la conformité au but n'a été créée que par un esprit réfléchi, qui admire par conséquent un miracle qu'il a créé lui-même. » Vous apercevez d'ici la fécondité d'une pareille proposition pour messieurs d'outre-Rhin. Ils vont en tirer un lait abondant, qu'ils offriront comme remède aux imaginations malades, comme soutien aux enfants et aux vieillards, comme nourriture matinale à toutes les personnes dont l'appétit est ouvert de bonne heure. Cette déclaration du génie va renverser le jugement séculaire de Thumanité. On retire à Dieu la pensée de Tordre et de T harmonie pour en faire hommage à Tesprit humain. Ces chirurgiens d'un nouveau genre ouvrent la veine du bon Dieu pour inoculer son principe vital dans le cerveau de l'heureux habitant de la terre. II est clair, n'est-ce pas, que s'il y a de l'ordre dans l'arrangement du monde et de Tinlelligence dans l'organisation des êtres, c'est à l'homme qu'on doit l'attribuer, car évidemment il ne peut y avoir que l'homme d'intelligent dans l'univers, et prétendre qu'un Dieu lui est supérieur serait insulter à la dignité du bipède humain.

Aussi, écoutons-les un instant. Un des principaux arguments de ceux qui admettent que la naissance et la conservation du monde doivent être attribuées à une puissance créatrice, gouvernant et réglant tout dans l'univers, dit Louis Bùchner, a été de tout temps et est encore la prétendue doctrine de la destinée des êtres dans la

403 LlYRE lY. — DESTiNATIOR DES ÊTRES ET DES CHOSES.

nature. Toute fleur épanouissant ses fleurs éda« tantes, tout souffle de vent agitant l'air, toute étoile éclairant la nuit, toute blessure se guérissant, tout son, toute chose dans la nature excitent Tadmiration des partisans de la destinée des êtres pour la profonde sagesse de cette puissance supérieure! La science naturelle de nos jours s'est émancipée de ces creuses idées de téléologie qui ne s'arrêtent qu'à la superficie des choses, et abandonne ces innocentes études à ceux qui préfèrent considérer la nature avec les yeux du sentiment plutôt qu'avec ceux de l'entendement.

Comment pourrions-nous parler de conformité au but, nous objecte-t-on, puisque nous ne connaissons les êtres que dans celte seule et unique forme, et n'avons aucun pressentiment de ce qu'ils seraient s'ils nous apparaissaient sous une autre. Notre esprit n'est pas même contraint à se contenter de la réalité. Quel serait l'arrangement naturel qui ne pût se figurer d'une manière ou d'une autre, encore plus conforme au but? Nous admirons aujourd'hui les êtres, sans penser quelle in«^ finité d'autres formes, d'organisations et de conlormités au but la nature a renfermés dans son sein, y renferme encore et y renfermera à Tavenir. Il ne tient qu'au hasard quMls parviennent à l'existence ou non. N'y a-t-il pas des formes grandioses de plantes et d'animaux perdus depuis longtemps, et que nous ne connaissons que par les débris du temps primordial? Toute cette belle nature disposée si conformément au but, ajoute-t-on, ne sera-t-elle

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