‹ Dieu dans la natureChapitre 122 sur 167 · L'HOMME ET DIEU · texte numérisé non relu

L'HOMME ET DIEU

pas peut-êlre détruite un jour par une révolution de notre globe, et ne faudra-t-il pas encore une éter nité pour que ces formes d'existences ou d autres se développent du limon du monde?

Lors même qu'elle serait détruite, cela ne prouverait rien contre notre thèse. Mais n'interrompons pas les orateurs, et continuons de prêter une oreille attentive aux objections qu'on nous oppose.

Vient ensuite le vieil argument des animaux inutiles ou nuisibles à Thomme, qui ne prouve absolument rien non plus contre Tintelligence des organisations naturelles et qui tombe devant cette vérité : que la Terre n'est pas un monde parfait. Des animaux très-nuisibles, écrit Tauteur de Force et Matière^ par exemple la souris des champs, ont une telle fécondité, qu'on ne peut espérer de les voir disparaître; les sauterelles, les ramiers voyageurs forment des volées qui obscurcissent le soleil et portent le ravage, la mort et la famine dans les malheureuses contrées où ils s'abattent dans leur passage... Qui ne cherche que sagesse, but, causes finales dans lanature,ditGiebel, peut employer sa perspicacité à étudier les vers solitaires. Toute Tactivité de la vie de ces animaux consiste à produire des œufs propres à se développer, et cette activité ne peut s'exercer que par les souffrances des autres animaux ; des millions d'œufs périssent sans but ; Tembryon change et se transforme en un scolex qui ne fait que sucer et engendrer. Dans ce procédé, il n'y a ni beauté ni sagesse, ni conformité au but, selon Tidée humaine. A quoi

bon, dcmari(le-t-on ensuite, les maladies, le mal physique en général? Pourquoi ce nombre inGnî de cruautés, d'alrocités, que la nature commet chaque jour, chaque heure, sur ses créatures? L'être qui a donné au chat, à Taraignce leur cruauté et qui a doué l'homme, ce chef-d'œuvre de la créalion, d'un naturel qui le rend souvent si cruel et si barbare, cet être, en agissant ainsi, peutil être bon et bienveillant selon Tidée léléologiciue?

Parce que l'araignée prend les mouches, que le chat mange les souris, et que Thomme est encore assez inférieur pour se laisser dominer par les instincts matériels, cela prouve que Dieu est méchant ou qu'il n'existe pasi Pour une démonstration scientifique , il faut avouer que celle-ci est bien superficielle.

On cherche ensuite dans les exceptions, dans les monstruosités de la nature, dans les êtres atrophiés qui subirent un arrêt de développement, des exemples d^inulilité capables de détourner Taltention de l'ordre général et de démontrer l'absence de toute pensée intelligente, comme si quelques pierres isolées — qui du reste rentrent elles-mêmes dans le plan général, — pouvaient détruire la symétrie de Tensemble et anéantir la valeur architecloniquc de l'édifice. « L'anatomie comparée, ajoute le môme matérialiste, s'occupe principalement de la recherche de la conformité dans la structure des différentes espèces d'animaux, en faisant voir dans chaque espèce ou genre, le principe fondamental de son organisa-

OBJECTIOiNS ET DIFFICULTÉS. 405

lion. Basée sur ces données, cette science nous montre dans chaque ordre d'animaux un grand nombre de formes, d*organes, etc., qui leur sont tout à fait inutiles, non conformes à leur but, et qui ne semblent être que la forme primitive de sa constitution ou les rudiments d'une disposition ou d'une partie du corps, qui a atteint dans une autre espèce un développement propre à rendre à l'individu qui en est pourvu, une certaine utilité déterminée. La colonne vertébrale de l'homme se termine en une petite pointe qui ne lui est d'aucune utilité et que bien des anatomistes regardent comme le rudiment de la queue des animaux vertébrés. La structure du corps des animaux et des plantes offre une foule d'arrangements non conformes au but. Personne ne sait à quoi servent l'appendice vermiculaire, la glande mammaire de l'homme, l'os claviculaire du chat, les ailes de certains oiseaux incapables de voler, les dents de la baleine. — Vogt observe qu'il y a des animaux qui sont de véritables hermaphrodites ; ils ont les organes des deux sexes et ne peuvent pourtant pas se reproduire eux-mêmes ; il faut pour cet accouplement deux individus. A quoi bon, demande-t-il avec raison, une telle organisation ? La fécondité de certains animaux est telle, qu'abandonnés à eux-mêmes, ils rempliraient en peu d'années toutes les mers et couvriraient la terre à la hauteur d'une maison. — A quoi une telle organisation sert-elle? 1/espace et la matière ne suffisent pas à une telle quantité d'animaux. — Dans quel

m LITRE IT. — DESTiNATION DES ÊTRES ET DES CHOSES.

but la nature fait-elle croître une glande mammaire sur Tépaule d*un homme de 34 ans, phénomène décrit récemment parle docteur Hobb à Vienne? Pourquoi donne-t-elle trois seins complc* tement formés à une femme? quatre à une autre ? A quoi servent dans une ruche des milliers de frelons qui n'existent que pour être tués par leurs sœurs ouvrières? Il y a des animaux qui ne nagent jamais et dont les pattes sont pourtant pourvues de membranes pour la natation,^ tandis qu'il y a des oiseaux aquatiques importants dont les pattes n'ont qu'une étroite membrane. L'aiguillon de l'abeille ou de la guêpe ne sert qu'à causer la mort de r insecte s'il en fait usage, » etc. Le dessin d'un Créateur tout-puissant et souverainement sage, dit Tultle, devrait toujours pouvoir se laisser interpréter d'une manière rationnelle ; donnerait-il des organes inutiles aux animaux, s'il était ainsi? Dans quel but et de quelle utilité sont les formes transitoires du fœtus dans lesquelles les mammifères ressemblent aux poissons et aux' reptiles avant d'atteindre leur forme complète? A quoi servent au fœtus humain les arcs bronchiaux avec leurs ouvertures ? Pourquoi tous les mammifères ont-ils des organes rudimentaires qui ne sont développés que dans les reptiles? Pourquoi chez les mammifères mâles les organes génitaux de l'autre sexe ne sont-ils pas développés, et chez les femelles en sens inverse?

Tuttle ne s'aperçoit pas ici que ces anomalies rentrent elles-nrêmes dans le plan général dont la

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