DIFFICULTÉS DU SUJET
n'existe pas, et que l'Être suprême devrait agir selon les idées humaines. Insistant plus spécialement sur les monstres, nos adversaires nous font remarquer qu'on peut en produire arlificiellement en faisant une lésion à l'œuf et au fœtus. La natureu'a pas de remède pour réparer ce mal. Elle suit, au contraire, l'impulsion reçue, continue à agir dans la fausse direction qu'elle a reçue et engendre un monstre. « Y a-t-il quelqu'un qui puisse méconnaître l'absence totale d'intelligence et le pur mécanisme dans ce procédé? — Peut-on admettre l'idée d'un créateur intelligent gouvernant la matière à ses fins en présence d'un tel phénomène? Serait-il possible que la main créatrice de cette intelligence se laissât arrêter ou égarer par la volonté arbitraire de l'homme ? »
Admirons ici jusqu'où l'on ose porter cette singulière critique des œuvres de la nature*. Pour que ces messieurs fussent contents , pour qu'ils daignassent rendre justice à l'ordre intelligent qui
*■ Mous avons déjà rappelé que cette critique est vieille comme le monde, a Comment les flots des éléments créateurs, dit Lucrèce (lib. V), ont-ils fondé le ciel, la terre, creusé le profond océan et dirigé le cours du soleil et des astres ? Je le répète, cet ensemble n'est point l'œuvre de leur intelligence; les éléments du monde n'ont point médité l'ordre qui les assujettit; ils n'ont point d'avance concerté l'essor et le mouvement qu'ils devaient s'attribuer mutuellement; mais cesélémenls infinis en nombre, agités dans toutes les directions, asservis depuis l'éternité à des chocs étrangers, entraînés par leur propre poids, attirés, réunis en tout sens, ont tenté toutes les combinaisons, pris, quitté, repris pendant d'innombrables siècles, des formes variées, et à force d'assemblages et de mouvemenrs, en se coordonnant, ont enfanté ces grandes masses, devenues, en quelque sorte, la primitive ébauche de la terre, des cicux, des mers et des espèces animées. *
régit le monde, il faudrait que cet ordi^ souverain et inflexible entourât les êtres d'une cuirasse d'acier trempé. Vous admirez la fine texture de la peau, Pépiderme satiné, sa blancheur et son exquise sensibilité au moindre contact. Vous avei vraiment tort. Ces qualités ne prouvent^^as que la nature ait agi avec intelligence, et qu elle ait à Ja fois préparé les conditions de santé d'un corps bien constitué, et les sensations utiles ou agréables que cette chair frémissante est susceptible deressentir. Non. Ces philosophes eussent préféré du marbre ou du fer : « la nature aurait pu faire en sorte que les balles rejaillissent du corps et que les épées portent des coups sans blesser*. » Comment trouvez-vous cette critique? Voici un petit enfant qui vient de naître : vous lui coupez la tête, et celte tête ne repousse pas. Quelle nature stupide! « elle se laisse arrêter par la volonté arbitraire de J'homme. » Et voulez-vous connaître encore une nouvelle preuve de rininlelligence de Dieu et de la sottise de ceux qui croient en lui ? la voici : prenez-çn note, car elle est irrésistible. Il paraît que la lumière, dont la vitesse est de 77,000 lieues par seconde, ne va pas assez vite, a La lumière traverse si lentement l'univers qu'il lui faut des millions d'années pour parvenir d une étoile à Tautre. A quoi bon ces restrictions peu sages dans les manifestations dune volonté créatrice*? » Vous vous demandez, ô lecteur borné, en quoi la
* Bûchner, Force et Matière^ cU. »•
* Id.j loco cU,