OBJECTIONS RIDICULES
vitesse — ou la lenteur — de la lumière démontre Tabsence d'une volonté créatrice? Mais vous ne comprenez donc pas que ces écrivains s'imaginent aussi que si Dieu existait, il devrait avoir des fantaisies semblables aux nôtres ; el comme cela contrarie M. Bûchner que la lumière ne fasse que 4,620,000 lieues par minute, ou 27,720,000 lieues à rheure, il est clair qu*elle devrait en faire davantage ; puisqu'elle se traîne aussi péniblement dans l'espace, le Créateur n'existe pas. Maintenant, vous pouvez vous demander quel chiffre ferait plaisir à l'auteur de cette intelligente critique (il est avec le ciel des accommodements) : M. B... ne le sait pas au juste ; tout ce qu'il désire pour Tinstant, c'est de la voir marcher plus vite. — Après tout, nous aurions mauvaise grâce à nous formaliser de cette innocente fantaisie. Au contraire. Nous nous unissons de grand cœur à ce noble désir, et nous avouons que nous verrions avec bonheur que la lumière fasse des progrès plus rapides, — même ici-bas« Ce sont là, on Tavouera, des objections simplement ridicules. Mais les difficultés plus sérieuses disparaissent elles-mêmes lorsque l'homme cesse de se prendre pour point de comparaison. El c'est là son devoir, car il fait lui-même partie du plan général qui s'étend aux autres mondes et à l'immensité de la création. Si le Cid, si Andromaque, observerons - nous avec M. E. Bersot*, revivaient pour se voir représentés par Corneille et Racine,
^ Du spiritualisme et de la nature.
412 LIVRE IV. — DkSriMATlON DES ÊTKËS ET DES CHOSES.
en considérant le beau rôle qu'ils jouent, leur éclat dominant celui des autres personnages, la prédilection du poète concentrée sur eux-mêmes, ils diraient sans doute que Corneille, que Racine a eu l'intention d'élever un monument à leur gloire; qu'ils ont été le but de son travail; qu'ils sont le centre de la pièce; que chaque personnage qui concourt à Faction n*est amené sur la scène que dans leur propre intérêt... La vérité est que le but de l'auteur est de réaliser le beau dont la vue l'enflamme, de traduire dans le langage des hommes l'invisible idéal. Les personnages ne sont que des instruments. N'est-ce pas là une juste image de la création? Quel amusant spectacle, quand on voit quelqu'un de ces acteurs qui ont un mot à prononcer dans toute la pièce, s'imaginer que le théâtre a été fait pour lui, a été orné pour lui, qu'il est demeuré vide jusqu'à lui, etc. L'illusion des sens et la vanité s'unissent pour nous induire en erreur ; le but de la science est de nous en affranchir et de nous délivrer de la superstition, qui est l'ennemie la plus funeste de la vérité. Que les théologiens cessent d'invoquer les causes finales : on ne peut être juge et partie. Le monde organisé est une immense harmonie : les monstres dont nous parlions plus haut sont des témoignages de Vunité de la loi et du plan dans la nature; les êtres inutiles ou nuisibles à Thomme sont des manifestations de la force créatrice et des élapes ou des degrés. C'est \ ensemble qu'il faut considérer et non pas l'entourage de l'homme.