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CONSTRUCTIONS ORGANIQUES. - L'ŒIL

pour recevoir Timage, et qui communiquant avec le cerveau lui donne la perception : c'est la rétine-t laquelle est un épanouissement du nerf optique qui vient du cerveau. On voit donc que sans métaphore, c'est le cerveau lui-môme qui vient se mettre à la fenêtre pour voir le monde extérieur.

Le prolongement de la rétine tapisse toute la partie postérieure et interne de Tceil.

Le cristallin, lentille par laquelle passent tous les rayons lumineux pour aboutir à la rétine, peut avec une facilité merveilleuse modifier à chaque instant sa courbure, de façon à s'adapler sans cesse à la distance et à porter constamment une image nette a la rétine. Mais comment peut-on concevoir que ce cristal organique s'enfle et se désenfle ainsi à volonté? Sans concevoir cette possibilité, il faut s'imaginer une structure plus étonnante que cet acte lui-même. Il faut savoir que ce globule lenticulaire n'est pas un solide d^une seule pièce, mais plutôt un assemblage de Unes lamelles transparentes juxtaposées, lamelles si minces qu'il en faut superposer un millier pour arriver à l'épaisseur de l'ongle, et qu'en réalité •le cristallin en renferme quelque chose comme cinq millions. Maintenant, ces lames sont ellesmêmes composées de petits fragments soudés les uns à côté des autres, et c'est le jeu de ces fragments qui constitue Texcessive mobilité interne de cette lentille diaphane. Ce sont là de ces créalions merveilleuses qui passent inaperçues, et dont l'œuvre de la nature est remplie !

Par celte struclure ingénieuse et inimitable de rœil, les objets extérieurs passent tlu domaine des corps dans celui de la pensée ; ils sont accessibles à notre esprit et se laissent toucher comme si nulle distance ne les séparait de lui. Ce mécanisme se plie à toutes les conditions. De lui-même, et à notre insu, il s'adapte aux variations de la lumière comme à celles de la distance; et ce que nul instrument ne peut faire, il sait distinguer les corps célestes à d'énormes distances et les êtres microscopiques situés à quelques centimètres de lui. Brewsler a raison de Pappeler « la sentinelle gardant le passage entre les mondes de la matière et ceux de Tesprit, par laquelle s'échangent leurs communications. »

Nous comprenons qu'après avoir contemplé la structure de Toeil, Euler se livre à son admiration. « L'œil surpasse donc infiniment, dit-il, toutes les machines que l'adresse humaine est capable de produire. Les diverses matières transparentes dont il est composé ont non-seulement un degré de densité capable de causer des réfractions différentes, mais leur figure est aussi déterminée; en sorte que tous les rayons sortis d'un point de l'ob* jet sont exactement réunis dans un même point, quoique Tobjet soit plus ou moins éloigné, situé devant l'œil directement ou obliquement, et que ses rayons souffrent une différente réfraction. Au moindre changement qu'on ferait dans la nature et la figure des matières transparentes, l'œil perdrait d'abord tous les avantages que nous venons

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d'admirer. Cependant, les athées ont la hardiesse de soutenir que les yeux, aussi bien que le monde tout entier, ne sont que Touvrage d'un pur hasard. Ils n'y trouvent rien qui mérite leur attention. Ils ne reconnaissent aucune marque de sagesse dans la structure des yeux. Ils croient plutôt avoir raison de se plaindre de leur imperfection, ne pouvant voir ni dans Tobscurité, ni à travers une muraille, ni distinguer les plus petites choses dans les objets fort éloignés, comme dans la lune et les autres corps célestes. Us crient hautement que Toeil n'est pas un ouvrage fait à dessein, quMl est formé au hasard, comme un morceau de limon qu'on rencontre dans la campagne, et qu'il était absurde de dire que nous avons des yeux afin que nous puissions voir; mais que plutôt ayant reçu les membres par hasard, nous en profitons autant que leur nature le permet. Il est inutile de s'engager dans une dispute avec ces gens-là; ils demeurent inébranlables dans leur sentiment, et nient les vérités les plus respectables. Leurs prétentions à l'égard des yeux sont aussi absurdes qu'injustes*. » Les rayons qui transmettent à notre cerveau l'aspect des objets pénètrent dans Tœil en suivant les lois de la réfraction, sur lesquelles les substances de l'œil sont elles-mêmes disposées. L'iris remplit dans le globe oculaire et par rapport aux rayons lumineux, la fonction de diaphragmo. Le faisceau lumineux central qui traverse la pupille

* Lettre* à une princesse d'Allemagne^ XLI.

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arrive bieniôt sur le eristallm; ces rayons sont fortement rapprochés par celte lentille bicoirrexo^ mais sans qn il en rcsnlte de décomposition de rayons lumineux, d'où naîtrait la coloration prismatique des objets. Cet achromatisme parfait, que Ton obtient si rarement et si difficilement dans la construction des objectifs, est dû aux diff<»^nces de densités offertes par les nom]H*eQ8es coudies concentriques dont est formé le cristallin. Les rayons lumineux, dev(»iis fortement con?ei|[ents en traversant le cristallin, et rendus plus convergents encore par l'humeur vitrée qu'ils traversent ensuite, tendent à se réunir en un foyer commun et à former une image qui va se peindre sur la surface de la rétine.

L'œil s'accommode donc de lui-même aux distances, soit par la contraction de Tins, soit par l'allongement ou le raccourdssemrat de Taxe du cristallin; de plus, sa position l'exposant à de nombreuses altérations, la nature a pris les plus grandes précautions pour Fen garantir; afin de le soustraire à la trop grande excitation de la lumière, elle a tendu au-devant de la partie antérieure de cet organe les voiles mobiles des paupières, dont le bord est garni de cils protecteurs et dont l'intérieur est tapissé par une membrane muqueuse du plus délicat tissu, lubréfiée par les larmes que secrète une glande située sous la voûte de Torbite, et qui verse son liquide par six ou sept petits canaux s*ouvrant sur la partie supérieure et externe de la paupière supérieure

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Devant la description anatomique de rœil, que nous voudrions pouvoir illustrer par la représentation directe de l'œil lui-même, nous nous demandons avec Newton « si l'œil a pu être fait sans aucune connaissance de Toplique, » et nous répondons avec l'illustre penseur que celle structure démontre sans contestation possible Texistence d'une intelligence non-seulement au courant des lois de l'optique, mais encore capable de plier tous les mouvements de la matière sous ces lois. Il semble en effet qu'il faudrait être doué d'une certaine audace pour venir, devant la construction admirable de l'organe visuel, prétendre que la force qui l'a édifiée est une force aveugle et ignorante, jouet de la matière et étrangère à toute intelligence. Si la lunette astronomique, qui n'est qu'un grossier arrangement de lentilles, affirme au sens commun qu'elle fut construite par un opticien, comment Tœil humain lui-même, infiniment supérieure tout appareil de l'art, pourrait-il passer pour l'œuvre de la matière ou du hasard? — Eh bien! il est pcfîible de l'avouer : c'est précisément ce que prétend l'école matérialiste.

Uœil s* est formé tout seul! Ce fait important est désormais acquis à cette demi-science. Et cette acquisition s'est faile en deux phases : la première phase est celle de Darwin, la seconde celle de Bùchner. Celui-ci nous apprend qu'en écrivant il y a sept ans qu'il n'y a pas de Dieu, il ne s'attendait pas que les progrès incessants de la nature lui fournissent sitôt les preuves « les plus exactes et les

plus convaincantes » à l'appui de son assertion. Ces preuves, c'est Darwin qui se charge de les éditer. 11 est enfin prouvé (i) que l'œil, un des organes les plus parfaits du corps animal (M. B-.. Favoue), s'est insensiblement développe d'un simple nerf sensitifl M. B... en saute de joie, car ce fait, ou pour mieux dire celte théorie lui prouve bien clairement que Dieu n'existe pas. Écoutons donc M. Darwin lui-même; voyons si le fait est bien prouvé, et si dans ce cas même l'explication seconde supprime Dieu.

Au premier abord, dit ce naturaliste *, il semble. Je l'avoue, de la dernière absurdité de supposer que l'œil si admirablement construit pour admettre plus ou moins de lumière, pour ajuster le foyer des rayons visuels à différentes distances et pour en corriger Taberration sphérique et chromatique, puisse s'être fornié par élection naturelle. Cependant lorsqu'on a dit pour la première fois que le soleil était immobile et que la terre tournait, le sens commun déclara de même la théorie fausse. Tous les philosophes savent bien qu'en fait de science on ne peut jamais se fier au vieux dicton : Vox popuH, vox Dei. La raison me dit et m'assure que si on peut démontrer qu'il existe de nombreux degrés de transition depuis l'œil le plus parfait et le plus compliqué jusqu'à Tœil le plus imparfait et le plus simple, chacun de ces degrés de perléelion étant utile à celui qui en jouit : si, de plus,

* On ihc origh of speciea by nmns ofnalural seUetion

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