LA CONSTRUCTION DES ORGANES
l'œil varie quelquefois, si peu que ce soit, et si ces variations s'héritent, ce qui peut se prouver par des faits; si enfin les variations ou les modifications de cet organe ont jamais pu être de quelque utilité à un animal placé dans des conditions de vie changeantes; dès lors la supposition quun œil parfait et compliqué puisse s'être formé par élection naturelle, tout en confondant notre imagination, peut, avec toute rigueur, être considérée comme vraie. Comment un nerf peut-il devenir sensible à la lumière? C'est un problème qui nous importe aussi peu que celui de l'origine première de la vie ellt-même. Je dois dire seulement que plusieurs faits me disposent à croire que les nerfs sensibles au contact peuvent devenir sensibles à la lumière, et de même à ces vibrations moins subtiles qui produisent le son.
M. Darwin a tort de prétendre que l'origine de Tœil nous importe aussi peu que l'origine de la vie elle-même, et nous aurions aimé savoir si pour lui celte origine élémentaire offrait quelque ressemblance avec la sensibililé de l'iode pour la lumière, avec la plaque du photographe. Mais puisqu'il se tait sur cette explication, admettons provisoirement la possibilité du fait, et écoutons le développement de la théorie du progrès. i Parmi les vertébrés vivants, on ne trouve pas une grande variété d'yeux ; mais dans l'embranchement des articulés, on peut suivre une série d'yeux, depuis le simple nerf optique recouvert d'une couche de pigment qui forme quelquefois
une sorte de pupille, mais qui est toujours dcpour* vue de lentille, ou de tout autre mécanisme optique. Depuis cet œil rudimentaire capable de distinguer seulement la lumière de l'obscurité^ rien de plus , on trouve deux séries parallèles d'organes visuels de plus en plus parfaits, séries entre lesquelles, selon MùUer, il existe des différences fondamentales. L'une est celle des yeux à stemmates, nommés yeux simples ^ pourvus d'une lentille et d'une cornée ; l'autre est celle des yeux composés^ qui excluent tous les rayons menant de tous les points du champ de la vision excepté le pinceau lumineux qui arrive sur la rétine, suivant une ligne perpendiculaire à son plan.
Le grand défenseur de la loi d'élection naturelle pense qu'en admettant à l'origine des premiers organismes l'existence d'un nerf sensible à la lumière, on peut admettre que la nature, par cette loi organisatrice du progrès, arriva insensiblement aux appareils optiques, soit coniques, soit lenticulaires les plus parfaits. Les êtres favorisés du nerf merveilleux s'en sont servis et l'ont perfectionné par l'usage. Si l'on réfléchit , dit-il, combien il existe de degrés divers dans la structure des yeux de nos crustacés vivants ; et si l'on se rappelle combien le nombre des espèces vivantes est peu de chose par rapport au nombre des espèces éteintes, je ne puis trouver de difficulté réelle, je ne puis trouver surtout une difficulté plus grande qu^à l'égard de tout autre organe, à admettre que l'élection naturelle a transformé un simple appareil,