‹ Dieu dans la natureChapitre 130 sur 167 · SI LES SENS SE SONT FORMÉS EUX-MÊMES · texte numérisé non relu

SI LES SENS SE SONT FORMÉS EUX-MÊMES

français même, mademoiselle Clémence-Auguste Royer, lui reproche avec quelque véhémence de s'arrêter en si beau chemin et de croire encore en l'existence d'un Être suprême, a M. Darwin ne me semble pas assez hardi, dit-elle dans sa préface. Est-ce par prudence qu'il ne va pas jusqu'au bout de son système, qu'il s'arrête au milieu de la chaîne de ses conséquences? Lorsque des esprits plus ardents, sinon plus logiques, ont formulé des conséquences extrêmes, le monde purilain scandalisé de ce qu'on osât soutenir qu'il ne descendait pas en droKe ligne de la cuisse de quelque dieu, a jeté les hauts cris, » etc. Cette demoiselle au moins va jusqu'au bout, elle ne supporte pas qu'on ose encore prendre Dieu au sérieux, elle se moque élégamment des théoldtresy elle saute à pieds joints sur les débris du déisme et fulmine contre les défenseurs d'un Être suprême; elle tourne le dos à toute manifestation de la plus humble idée religieuse et tend les deux mains aux déclamateurs allemands; le curé Meslier joue du violon sur son tonneau, et la danse marche à merveille.

Il n'y a qu'un léger défaut dans la logique de ces excellents esprits, c'est que cette prétendue rigoureuse logique est souverainement illogique, et que les faits comme les théories signalés par les darwinistes ne mènent pas du tout aux conséquences ridicules auxquelles on prétend les faire aboutir. Et le plus curieux de l'affaire, c'est que ces esprits for<s — fort étourdis par une exaltation

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bruyante, — ne s'aperçoivent en aucune façon de la lacune qu'ils persistent à garder entre le commencement et la fin de leur raisonnement. Leur manière de parler ressemble à une route tracée sur un plateau élevé, qui serait coupée au beau milieu de son trajet par un de ces profonds abîmes qui séparent brusquement deux glaciers. Les deux bouts de la route ne sont pas mal formés et entretenus, mais malheureusement il est impossible d'aller de l'un à Tautre par^ ladite route, attendu que la crevasse insondable les isole inexorablement. C'est qu'il est plus difficile qn'on ne le pense de jeter un pont sur cet abîme.

Dans la pensée des maîtres, il n'y a pas solution de continuité, et l'action purement permanente de Dieu reste pour expliquer la succession comme l'origine des choses; mais les disciples ont la prétention de les dépasser et dénaturent les théories dont ils se disent les défenseurs. Tristes défenseurs! Nous avons vu comment les expérimentateurs raisonnent. Nous devons ajouter ici l'opinion de l'auteur de la théorie de Tunité de composition, Geoffroy Saint-Hilaire. Loin de tendre aux négations qu'on nous oppose aujourd'hui, le savant physiologiste se fait un devoir d'affirmer haute^ ment qu'il voit, au contraire, dans cette succession des espèces « une des manifestations les plus glorieuses de la puissance créatrice et un motif de plus d'admiration, de gratitude et d'amour^ »

* Prf'ncipes de Philosophie zooloffiqut,

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