‹ Dieu dans la natureChapitre 133 sur 167 · PERFECTION DES SENS · texte numérisé non relu

PERFECTION DES SENS

nant même à eette simple description, quel est l'esprit cultivé qui osera sérieusement prétendre que ce mécanisme ne prouve pas que celui qui Ta construit savait que le son consiste en vibrations, que ces vibrations ne pouvaient se transmettre que par certains intermédiaires, et que pour rendre le son intégralement perceptible au cerveau, il fallait un appareil d'acoustique en avant du nerf? Quel est l'homme de bon sens qui admettra que cet instrument s'est construit seul, par hasard, sous l'impulsion de je ne sais quelle force brute, et sans aucun dessein arrêté pour sa construction*? Et si ne nous bornant pas à l'aspect physique de l'être pensant, nous faisions à nos adversaires l'embarrassant honneur d'entrer dans le caractère intime de la pensée ; si nous leur demandions comment un son parle à l'esprit et comment l'esprit répond à Poreille ; si nous les invitions en un mot à démontrer que l'homme n'est pas une intelligence servie par des organes y nous doutons fort qu'ils puissent se tirer de leur position négative autrement que par les faux-fuyants à l'abri desquels s'esquivent les mauvais combattants .

Mais lors même que l'on serait dans le vrai sur

* Voltaire ne pouvait s'empêcher de manifester son étonnement sur les négateurs de la causalité générale, a En philosophie, dit-il (Dict. phU.y Dieo), Lucrèce me parait, je l'avoue, fort audessous d'un portier de eollége et d'un bedeau de paroisse. AfUrmer que ni l'œil n'est fait pour voir, ni l'oreille pour entendre, ni Vestomac pour digérer, n'est-ce pas là la plus énorme des absurdités, la plus révoltante folie qui soit jamais tombée dans l'esprit humain? Tout douleur que je suis, celte démence me paraît évidente et je te dis. i

452 LIVHE ]f . ^ DESTINATION D£S ÊTRES ET DES CHOSES.

le rapport enlrc les organes et les fonctions, lors même qu'il serait prouvé que les organes sont développés, constitués par le jeu des fonctions, il resterait encore un fait bien plus général et plus considérable que celui-là à expliquer. Par quelle fonction expliquerait-on Forganisation de la vie terrestre tout entière? Voyez ces masses floconneuses suspendues dans Fazur comme des édifices d'argent vaporeux, ces nuages dont Tombre tempère l'accablantechaleur du jour. Ils viennent des mers et, portés sur les vagues de Tatmosphère, ils sont dirigés par les vents du ciel vers les continents et les terres habitées. Qu-arriverait-ii si, sous l'action d'une force aveugle, ils refusaient de verser la pluie fécondante sur les champs et les prairies? Bientôt une immense sécheresse crevasserait le sol, la verdure des plantes se fanerait, la vie cesserait de couler dans les canaux de la sève. Si Torganisation générale de la planète n'est pas réglée par un esprit supérieur, osera-t-on prétendre que c'est à force de rouler dans l'espace que la Terre a successivement acquis la faculté de vivre et de renouveler sans cesse le progrès de son existence? — Ici encore nous opposons aux négations de nos ignorants ou systématiques adversaires le témoignage des explorateurs du monde physique, de ceux qui ont découvert les lois des courants aériens et maritimes. « Apres la constalalion si évidente de Tordre qui préside à réconomie physique de notre planète, dit le commandant Maury, on pourrait aussi bien admettre que les rouages et les ressorts

Page 1