LES ORGANES ET LES FONXTIONS
(l'une montre ont été consiruits et assembles par le hasard, que de donner à ce même hasard une direction dans les phénomènes de la nature. Tout obéit à des lois conformes au but suprême si clairement indiqué par le Créateur, qui a voulu faire de la terre une habitation pour l'homme *. »
Le spectacle des œuvres de la nature, dont la beauté est d'une éloquence si irrésistible, ne parle ni à leur esprit ni à leur cœur. Après l'avoir contemplé, ils déclarent sans façon que « les faits démontrent que dans les formations organiques et
* Nous ne pouvons nous empêcher de signaler à ce propos, la profession de foi d'un capitaine de navire au commandant Maury : a Vos découvertes, lui écrit-il, ne nous apprennent pas seulement à suivre les routes les plus sûres et les plus directes sur l'Océan, mais encore à connaître les meilleures manifesti^tions de la sagesse et de la bonté du Tout-Puissant , par lesquelles nous sommes continuellement entourés. Je commande un navire depuis longtemps, et je n'ai jamais été insensible aux spectacles de la nature ; j'ai cependant senti que, jusqu'au jour où j'ai connu vos travaux, je traversais l'Océan comme un aveugle. Je ne voyais pas, je ne concevais pas la magnifique harmonie des œuvres de celui que vous appelez si justement la grande Pensée première. Je sens, bien au-dessus de toute satisfaction des bénéfices dus à vos travaux, que ces travaux ont fait de moi un homme meilleur. Vous m'avez appris à regarder partout autour de moi, et à reconnaître la Providence dans tous les éléments dont je suiit entouré. » (Géographie physique,]
Nous ajouterons, avec deux autres ofliciers de marine, MM. Zurcher et BlargoUé que l'étude des œuvres de Maury fait ressortir rélévation de ses vues, sa foi religieuse, et le rapproche justement des génies qui, comme Œrsted, llerschel, Geoffroy Saintllilaire, Ampère, Gœthe, nous révèlent la suprême sagesse en nous dévoilant la magnificence des œuvres divines, llerschel disait : « Plus le champ de la science s'élargit , plus les démonstrations de l'existence éternelle d'une intelligence créatrice et toute -puissante deviennent nombreuses et irrécusables. Géologues, mathématiciens, astronomes, naturalistes, tous ont apporté leur pierre h ce graiid temple de la science, temple élevé à Dieu hii«mém«.»
134 LIVRE IV. — DtSTISATloN DES ETHES ET DES CHOSES
inorganiques qui se renouvellent sans cesse sur la Terre, il ne peut y avoir Taction directe d'aucune intelligence. Limtincl delà nature de créer lui est prescrit forniellement, ajoutent-ils * sans s'apercevoir que leurs expressions mêmes laissent entrevoir la nécessité où nous sommes d'admettre une loi et une ordonnance dans la nature.
Au surplus, ils rejettentloin d'eux toute demande d'explication sur le plan de la nature. Les idées de finalité doivent être rejetées comme du levain aigri, disait déjà G. Forster, et l'auteur de Lehreder Nahrungsmittel fur das Volk renchérissant encore sur cette déclaration, ajoute que « plus on a pris rhabitude de les combattre, plus il faut craindre les tentatives qu^on fait sourdement pour introduire dans la science Tidée d'une finalité, afin d'éclairer les phénomènes de la nature. »
Voilà en un mot leur grande crainte : la lumière. Plus le labyrinthe est obscur, plus il y a débrouillard, plus les Allemands sont heureux.
Si nous voulions presser la défense de notre cause jusqu'en ses retranchements, nous sommes dans une position si bien gagnée d'avance que nos interrogations tomberaient dans le ridicule. Expliquez*nous, par exemple, ô savants juges! pourquoi les yeux ne nous ont pas poussé sous les pieds, et les oreilles aux jarrets? C'est un effet de la moelle épinière, répondez-vous. Allons donc! Est-ce que la moelle épinière sait ce qu'elle fait? Dites-nous seu-
A FifTCê et MaliéUt eb. né
LES OnCANES ET LES FO)vXT[ONS, 455
lement pourquoi nos paupières et nos sourcils n'ont pas la forme d'un pavillon d'oreille, et pourquoi nos oreilles ne se ferment pas par des paupières clignotantes. Vous souriez I je crois. \ la bonne heure! C'est la réponse la plus spirituelle que vous nous ayez faite jusqu'à présent : vous vous répondez à vous-mômes...
Le fait de Tadaptalion des organes aux fonctions qu'ils doivent remplir, et l'état organique de Içtre suivant sa fonction dans l'économie générale, sont des exemples si évidents du plan de la nature, qu'il faut se borner à une observation trè&-incomplète pour ne pas en tirer la conclusion en faveur de notre thèse. Quel que soit l'aspect sous lequel nous envisagions les êtres vivants, ce plan est partout écrit en lisiblies caractères. Sans l'idée générale de la destination, le physiologiste ne pourrait déterminer le jeu d'aueun organe, et la science ^ slériliserail. Et si, nous élevant des faits particuliers aux faits généraux, nous considérions non plus un organe spécial, mais un être vivant dans sa personne entière, suivant sa fonction dana la nature, par exemple suivant son sexey nous reconnaîtrions que tout dans celte personne concourt au but de la nature. Il ne nous est pas nécessaire de nous étendre sur cet aspect délicat de la question, quoique nous soyons assuré d'avance de la victoire, surtout si nous prenions pour type cette moitié du genre humain qui diffère très-sensiblement de la nôtre depuis son caractère anatomique jusqu'à sa tournure d'esprit. En véritéi le plan du
Créalcur csl si universellement marqué, que Rabelais pourrait prouver Texistencc de Dieu par l'immoralité de certaines descriptions... Mais c^est assez sur ce sujet.
L'antique problème de l'origine des espèces est d'un intérêt plus général encore que celui de l'appropriation des organes à leurs fins. Nous avons vu que l'existence de la vie à la surface du globe ne s'explique pas sans cause première. Au point de vue des causes finales, parlons seulement ici de Y organisation des espèces selon les climats et les lieux où elles vivent, et de l'énigme de leur transformation selon les âges géologiques. Ceux qui nient Texistence d'un pouvoir intelligent dans la direction du monde, prétendent que les espèces peuvent se transformer les unes dans les autres, en commençant au bas de l'échelle zoologique, sous l'action des milieux et des circonstances dominantes. Cette hypothèse se plaçant immédiatement'dans le nœud même du problème, explique entièrement l'adaptation des êtres animés h leur lieu d'habitation, puisqu'elle enseigne que ces êtres sont le résultat de ce lieu. Voyez, par exemple, cette girafe : si elle a un long cou, c'est parce que l'espèce primitive qui lui a donné naissance s'est trouvée en des pays où il n'y avait pas de feuilles basses aux arbres. Obligée de tendre constamment la tête en haut, le cou s'est successivement allongé jusqu'au point où nous le voyons aujourd'hui. Le cou n'a donc pas été donné à la girafe en vue de son genre de nourriture; mais il