‹ Dieu dans la natureChapitre 135 sur 167 · LES ORGANES ET LES FONCTIONS · texte numérisé non relu

LES ORGANES ET LES FONCTIONS

est le résultat définitif de ce genre même. Un aigle fend l'espace de son vol rapide. Vous admirez la construction ingénieuse (et encore inimitable) de ce complexe appareil qui donne aux oiseaux lempire des airs. Eh bieni les ailes n'ont pas été données à Toiseau pour voler ; mais il vole parce qu'il a des ailes. Comment les ailes lui sont-elles venues? Une première espèce aura commencé à sauter, et se sera bien trouvée de celte innovation. Elle aura d'abord fait de petits sauts. Puis, en s'excrçant, elle aura doimé plus de développement aux membres antérieurs. En continuant ainsi pendant quelques millions d'années, elle se sera peu à peu trouvée munie d'une transformation radicale dans ses organes antérieurs. Et voilà comment les ailes sont le résultat du vol. Ces messieurs mettent le Créateur dans un certain embarras. Car enfin, le bon Dieu a cru bien faire de donner des ailes aux oiseaux pour voler, et voilà que précisément, parce que ces ailes sont parfaitement adaptées à leur usage, on vient dire qu'elles ne prouvent pas du tout Tintelligence de celui qui les a faites ; au contraire I De bonne foi, messieurs, vouliez-vous donc qu'il fit voler les oies avec vos robes de chambre?... Continuons un instant encore.

Comme la mer a recouvert jadis toutes les contrées du globe, il est naturel- de penser que toutes les espèces vivantes, végétales et animales (l'homme compris), ont commencé par l'état de poisson. Est-ce que cette transformation de poissons en

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chevaux cl en hommes vous étonne? Vous ove< tort de vous étonner pour si peu : il y a bien d'autres faits merveilleux dans la nature. Faites-nous au moins Thonneur de prêter un peu d'attention à Téditeur responjable de cette théorie, feu M. de Maillet. 11 n'y a aucun animal marchant, volant ou rampant, dont la mer ne renferme des espèces semblables ou approchant, et dont le passage d'un de ces éléments à l'autre ne soit possible, probable, même soutenu d'un grand nombre d'exemples. Nous ne parlons pas seulement des animaux amphibies, des serpents, des crocodiles, des loutres, des divers genres de phoques et d'un grand nombre d'autres qui vivent également dans la mer on dans l'air, ou en partie dans les eaux et sur la terre, mais encore de ceux qui ne peuvent Tivre que dans l'air. Nous savons que les animaux que la mer produit sont de deux genres. I/un voyage dans le sein des eaux, nage, se promène et fait ses chasses ; l'autre rampe au fond, ne s'en sépare pas, ou très-rarement, et n'a point de disposition à nager. Qui peut douter que, du genre volatil des poissons, ne soient venus nos oiseaux qui s'élèvent dans les airs; et que, de ceux qui rampent dans le fond dô la mer, ne proviennent nos animaux terrestres qui n'ont ni disposition à voler, ni l'art de s'élever au-dessus de la terre?

Pour se convaincre que les uns et les autres ont passé de l'état marin au terrestre, il suffit d'examiner leur figure, leurs dispositions et leurs inclinations réciproques, et de les confronter ensemble*

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Pour commencer par le genre volatil, faites attention, s'il vous plait, non-seulement à la forme de toutes les espèces de nos oiseaux, mais encore à la diversité de leur plumage et à leurs inclinations : vous n'en trouverez aucune que vous ne rencontriez dans la mer.

Observez encore que le passage du séjour des eaux à celui de Tair est beaucoup plus naturel qu'on ne se le persuade communément. L'air dont la lerre est environnée est môle de beaucoup de parties d'eau. L'eau est un air chargé de parties beaucoup plus grossières, plus humides et plus pesantes que ce fluide supérieur auquel nous avons attaché le nom d'air, quoique Tun et l'autre ne fassent réellement qu'une même chose pour les besoins de la théorie de Telliamed. Il est donc facile de concevoir que des animaux, accoutumés au séjour des eaux, aient pu conserver la vie en respirant un air de celte qualité. « L'air inférieur n'est qu'une eau étendue. 11 est humide à cause qu'il vient de l'eau, et il est chaud parce quil n'est pas si froid qu'il pourrait êlre en retournant en eau. » 11 ajoute plus bas : « 11 y a dans la mer des poissons de presque toutes les figures, des animaux terrestres, même des oiseaux. Elle renferme des plantes et des fleurs, et quelques fruits : l'ortie, la rose, l'œillet, le melon, le raisin, y trouvent leurs semblables. ^

Ajoutons à ces réflexions les disposilions favorables qui peuvent se rencontrer en certaines régions pour le passage des animaux aquatiques du séjour des eaux à celui de l'air ; la nécessité morne de ce

SYSTÈME DE LA MÉTAMORPHOSE DES ORGANES. 4il

dans la mer, devinrent des pieds et leur servirent à marcher sur la terre. 11 se fit encore d* autres petits chmigeme7îts dans leur figure. Le bec et le col des uns s'allongèrent, ceux des autres se raccourcirent; il en fut de même du reste du corps. Cependant la conformité de la première figure subsiste dans le total, et elle est et sera toujours facile à reconnaître.

A l'égard des animaux rampants ou marchant sur la terre, leur passage du séjour de l'eau à celui de la terre est encore plus aisé à concevoir. 11 n est pas difficile à croire, par exemple, que les serpents et les reptiles puissent également vivre dans Tun et l'autre élément; l'expérience ne nous permet pas d'en douter.

Quant aux animaux à quatre pieds, nous ne trouvons pas seulement dans la mer des espèces de leur figure et de leurs mêmes inclinations, vivant dans le sein des flots des mêmes aliments dont ils se nourrissaient sur la terre, nous avons encore cent exemples de ces espèces vivant également datis l'air et dans les eaux. Les singes marins n'ont-ils pas toute la figure des singes de terre? 11 y en a de même de plusieurs espèces.

Le lion, le cheval, le bœuf, le porc, le loup, le chameau, le chat, le chien, la chèvre, le mouton, ont de même leurs semblables dans la mer.

L'histoire romaine fait mention de phoques apprivoisés et montrés au peuple dans les spectacles, saluant de leur tête et de leur cri, et faisant au commandement de leur maître tout ce qu'on ap-

prend chez nous à divers animacnt, qu'on dresse el qu'on instruit à certain manège. N'en a-t-on pas vu s'affectionner à ceux quj en prenaient soin, -n^mme les chiens s'attachent à ceux qui les élè* vent?

On conçoit que ce que l'art opère dans ces phoques, la nature peut le faire d'elle-même, et que, dans certaines occasions, ces animaux ayant bien vécu plusieurs jours hors de l'eau, il n'est pas impossible qu'ils s'accoutument à y vivre toujours dans la suite, par l'impossibilité même d'y retourner. C'est ainsi, sans donte, que tous les animaux terrestres ont passé du séjour des eaux à la respiration de Tair, et ont contracté la faculté de mugir, de hurler, d'aboyer et de 'se faire entendre, qu'ils n'avaient point dans la mer, ou qu'ils n'avaient du moins que fort imparfaitement *.

Nous n'écouterons pas plus loin cet écrivain, plus célèbre par les railleries de Voltaire que par son philosophe indien. Il continue par une interminable série d'histoires et de contes plas ou moins authentiques d'hommes marins de toutes formes el de toutes couleurs, d'hommes sauvages, d'hommes à queue, d'hommes sans barbe, d'hommes d'une jambe et d'une main, de noirs, de géants, de nains, etc*, et par la transmigration des singes el des hommes marins sur la terre ferme. Le plus illustre des géologues, Cuvier, a consigné dans la déclaration suivante son jugement absolu sur cette

* Telliamed ou Entretien d'un philosophe indien avec un missionnaire lançais, 1748.

ERREUR DES APPUCATIONS PARTICULIÈUES. 443

théorie renouvelée des Grecs, et que nos contemporains nous proposent aujourd'hui sous une figure peu différente : « Des naturalistes, matériels dans leurs idées, sont demeurés humbles sectateurs de Maillet ; voyant que le plus ou pioins d'usage d*un membre çn augmente ou en diminue quelquefois la force et le volume, ils se sont imaginés que des habitudes et des influences extérieures longtemps combinées ont pu changer par degrés le» formes des -animaux, au point de les faire arriver successivement à toutes celles que montrent maintenant les différentes espèces ; idée peut-être la plus superficielle et la plus vaine de toutes celles que nous avons déjà eu à réfuter. On y considère en quelque sorte les corps organisés comme une simple masse de pâle ou d'argile qui se laisserait mouler entre les doigts. Aussi, du moment ou ces auteurs ont voulu entrer dans le détail, ils sont tombés dans le ridicule. Quiconque ose avancer sérieusement qu'un poisson, à force de se tenir au sec, pourrait voir ses écailles se fendiller et se changer en plumes, et devenir lui-même un oiseau, ou qu'un quadrupède, à force de pénétrer dans des voies étroites, de repasser à la filière, pourrait se changer en serpent, ne fait autre chose que prouver la plus profonde ignorance de Fanatomie* »

Cette théorie, contre laquelle tant de difficultés s'élèvent, suppose que tous les êtres descendent d un type primordial par une série de transformations successives constituant Tunilé organique.

fti4 LIVRE IV. — DESTINATION DES ÊTUtS ET DES CUOSES .

L'œil, l'oreille, ne sont qu'un nerf sensible développé par l'exercice; le front et le crâne se sont moulés sur le cerveau ; le cerveau n'est que Y épanouissement de la moelle épinière. Mais, répondrons-nous avec M. Paul Janet, « comment Thabitude a-t-elle pu opérer une pareille métamorphose et changer la vertèbre supérieure de la colonne vertébrale en une cavité capable de contenir l'encéphale? Voici ce qu'il faudrait supposer : c'est qu'un animal qui n'aurait qu'une moelle épinière, à force de Texercer, a réussi à produire celle expansion de matière nerveuse que nous appelons le cerveau ; qu'à mesure que cette partie supérieure s'élargissait, elle refoulait les parois d'abord molles qui la recouvrent, jusqu'à ce qu'elle les eût forcées à prendre sa propre forme, celle de la boîte crânienne : mais que d'hypothèses dans cette hypothèsel D'abord il faudrait imaginer des animaux qui eussent une moelleépinière sans cerveau, car au tremeutil est tout aussi plausible de considérer la moelle épinière comme un prolongement du cerveau, que le cerveau comme un épanouissement de la moelle épinière. Ce qui semble l'indiquer, c'est qu'on trouve déjà l'analogue du cerveau môme dans les animaux qui n'ont pas de moelle épinière, dans les mollusques et les articulés. Or, si le cerveau préexiste dans les animaux vertébrés, le crSne préexiste : il n'est donc pas le produit de l'habitude. Ajoutez qu'on comprend difficilement l'exercice et l'habitude se produisant sans cerveau : ce sont des faits qui résultent de la volonté, et il semble

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