‹ Dieu dans la natureChapitre 14 sur 167 · POSITION DU PROBLÈME · texte numérisé non relu

POSITION DU PROBLÈME

midablesdes soleils immenses, réglés parles mêmes lois qui règlent la chute d'un fruit ; la chaire de renseignement expérimental, autour de laquelle les intelligences populaires viennent gi*ouper leurs rangs attentifs.

La terre est transformée. On a voyagé tout autour, on l'a mesurée et ce n'est plus Charlemagne qui la porte dans sa main : le compas du géomètre s'est substitué au sceptre impérial. Les océans sont de toutes parts sillonnés par les navires aux voiles gonflées, par la nef rapide dont l'hélice perce les flots ; les continents sont parcourus par le dragon flamboyant de la locomotive et, sous le couvert du télégraphe, nous causons à voix basse d'un bout du monde à l'autre ; la vapeur donne une vie inconnue à d'innombrables moteurs, et Télectricité nous permet de compter au même moment les pul* salions de Fhumanité entière. Non, Thumanité n a jamais assisté à une pareille phase ; jamais son sein ne s'est senti gonflé de vie et de force comme aujourd'hui; jamais son cœur n'a envoyé avec une telle puissance la flamme et la chaleur jusqu'aux plus lointaines artères ; jamais son regard ne fut illuminé d'un pareil rayon. Quelque vastes que soient encore les progrès à acquérir, nos descendants seront éternellement forcés de reconnaître que la science doit à notre époque l'étrier de son Pégase, et que s'ils grandissent encore et s'ils voient le soleil s'élever à leur zénith, leur jour ne brillerait pas sans notre aurore.

Mais ce qui donne à la Science sa force et sa

6 LlVliE 1. — LA FORCE ET LA MATIÈRE

puissance, sachons le bien, c'est d'avoir pour sujet d'études des éléments bien déterminés et non plus des abstractions et des fantômes. C'est que : chimie, elle s'attaque au volume et au poids des corps, examine leurs combinaisons, détermine leurs relations; — physique, elle cherche leurs propriétés, observe leurs rapports et les lois générales qui les régissent ; — botanique, elle commence l'étude des premières conditions de la vie ; — zoologie, elle suit les formes de l'existence et enregistre les fonctions assignées aux orçanes, les principes de la circulation delà matière chez les êtres vivants,de leur entretien et de leurs métamorphoses-, — anthropologie, elle constate les lois physiologiques en action dans l'organisme humain et détermine le rôle des divers appareils qui le constituent; — astronomie, elle inscrit les mouvements des corps célestes et en dégage la notion des lois directrices de l'univers ; — mathématique, elle formule ces lois et ramène à l'unité les rapports numériques des choses. C'est cette détermination précise de l'objet de ses études, qui donne à la science sa valeur et son autorité. Voilà comment, voilà pourquoi elle est grande. Mais ces titres l'obligent à un devoir impérieux. Si, oublieuse de cette condition de sa puissance, elle s'écarte de ces objets fondamentaux pour voltiger dans l'espace imaginaire, elle perd au même inslant.son caractère et sa raison d'être.

Dès lors, les arguments qu'elle prétend imposer dans ces régions hors de sa portée et de son but, elle n'en a plus le droite ni la mission ; elle perd

LA SCIRNCE, 8BS LIIIITES. f

même alors sa propre qualité «t ne mérite plus de porter le nom de science. En cette position, c'est une souveraine qui vient d'abdiquer. Ce n'est plus elle que Ton écoute, ce sont des savants qui pé* rorent (ce qui n'est pas toujours la même chose). Et ces savants, quelle que soit d'ailleurs leur va* leur, ne sont plus les interprètes de la science, dès l'instant qu'ils s'élancent en dehors de sa sphère.

Or, telle est précisément la position des défenseurs du Matérialisme contemporain; ils appliquent Tastronomie, la chimie, la physique, la physio* logie, à des problèmes qu'elles ne peuvent ni ne veulent résoudre, et non-seulement ils contraignent ces sciences à répondre à des questions hors do leur compétence, mais encoire ils les torturent comme de pauvres esclaves pour leur fkire avouer contre leur gré, et à faux, des propositbns auiquelles elles n'ont jamais pensée Au lieu d'être les inquisiteur^} du mot, ils sont les inquisiteurs du fait. Mais ce n'eët pas la science quHls tiennent entre leurs maind, ce n'en est que le sittiu*' lacre.

Nous constaterons dan^ le» discussions suivantes que ces savants sont complètement en dehors de la science, qu'ils se troinpent et nous trompent, que leurs raisonnements, leurs déductions, leurs conséquences sont illégitimes, et que dans leur amour éperdu pour cette science virginale, ils la compromettent singulièrement et la perdraient en* tièrement dans l'estime publique, si l'on n'avait pas soin de monlrer qu'au lieu de la téaliié, il»

8 LIVUE I. — LA FORCE ET LA MATIEnE.

n'ont en leur possession qu'une ombre illusoire. La circonstance la plus fâcheuse et la raison dominante qui nous ordonne de prolester contre ces exploits d'un étendard trompeur, c'est qu'à notre époque on sent, ou du moins on pressent universellement le rôle et la portée de la science ; on comprend quec'est hors d'elle qu'il n'y a pas de salut, et que l'humanité si longtemps ballottée sur l'océan de l'ignorance, n'a qu'un seul port à espérer : la terre ferme du savoir. Aussi la pensée humaine élendelle avec conviction et espérance ses bras vers la science. Depuis un siècle elle a déjà reçu tant de preuves de sa puissance et de sa richesse, qu'elle est disposée à en accueillir avec reconnaissance tous les :enseigaements, tous les discours. C'est là que git momentanément un piège pour le spiritualisme. Un certain nombre de ceux qui cultivent la science, qui la représentent ou qui s'en sont fait les interprètes, enseignent de fausses et funestes doctrines : les esprits altérés et incertains qui puisent dans leurs livres les connaissances dont ils sentent le besoin, boivent avec elles un poison pernicieux, susceptible de détruire en leur sein une partie des bienfaits du savoir. Voilà pourquoi il est nécessaire tl'arréter.un entraînement aussi déplorable, qui menace d'être universel. Voilà pourquoi il est souverainement indispensable de discuter ces doctrines et de montrer qu'elles sont loin de dériver de la science, avec autant de rigueur et autant de facilité qu'on veut bien le dh*e ; mais qu'elles sont bien plutôt le produit grossier de pensées systématiques

Page 1