LES GRANDS PROBLÊMES
qui, retournées perpétuellement sur elles-mêmes, ont eu l'illusion de se croire fécondées par la science, tandis qu'elles n'avaient reçu de cet éclatant soleil qu'un pâle et stérile rayon fourvoyé de sa direction naturelle.
Il est certaines questions profondes qui, dans le cours de la vie humaine, aux heures de solitude et de silence, se posent devant nous, comme autant de points d'interrogation inquiétants et mystérieux. Tels sont les problèmes de Texistence de l'âme, de notre destinée dans Tavenir, de l'existence de Dieu, de ses rapports avec la création.
Ces vastes et imposants problèmes nous enveloppent et nous dominent de leur immensité, car nous sentons qu'ils nous attendent, et dans notre ignorance à leur égard, nous ne pouvons raisonnablement nous affranchir d'une certaine crainte de l'inconnu. Comme l'écrivait Pascal, l'un de ces problèmes, celui de l'immortalité de l'âme, est une chose si importante, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l'indifférence de savoir ce qu'il en est. La même remarque peut être appliquée à l'existence de Dieu. Lorsque nous réfléchissons à ces vérités, ou seulement à la possibilité de leur existence, elles nous apparaissent sous un aspect si formidable; que nous nous demandons comment il pourrait se faire que des êtres pensants, des ho mmes, puissent vivre une vie entière dans les préoccupations des intérêts transitoires, sans être quelquefois tir es de leur apathie par ces interrogations implacables. S'il est vrai, comme nous croyons
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l'avoir observé dans le monde, qu'il y ait des hommes complètement indifférents, qui n'ont jamais senti la grandeur de ces problèmes, nous éprouvons à leur égard un véritable sentiment de pitié. Mais, si poussant l'indifférence à un degré plus brutal encore, il en est qui, de parti délibéré, dédaignent d'élever jamais leur esprit vers ces importants sujets, parce qu'ils leur préfèrent les douces jouissances de la vie physique, ceux-là, avouons-le hautement, nous les laissons sans scrupule dans leur inertie, les considérant comme en dehors de la sphère intellectuelle : les penseurs réservent leurs travaux et leurs études pour ceux qui jugent à plus haut prix les contemplations de Fin* telligence.
Le problème de l'existence de Dieu est le premier d'entre tous. Aussi est-ce celui contre lequel sont dirigées les premières et les plus puissantes batteries des matérialistes que nous avons à combattre. On veut prouver par la science positive que Dieu n'existe pas^ et que cette hypothèse n'est qu'une aberration de l'esprit humain. Un grand nombre d'hommes sérieux, convaincus de la valeur de ces prétendus raisonnements scientifiques, se sont successivement rangés autour de ces novateurs restaurés, et les rangs des matérialistes se ôont démesurément grossis, d'abord en Allemagne, puis en France, en Angleterre, en Suisse et même en Italie. Or, nous ne craignons pas de le dire, tous ceux qui, maîtres ou disciples, s'appuient sur le témoignage des sciences expérimentales pour conclure k
U UÉFUTATIO» SCISNTinOUE. Il
la non-existence de Dieu, commettent en cela la plus grave des inconséquences. Nous sommes en mesure de les accuser de cette erreur, et nous justifierons cette accusation ) quoique les esprits oon« tre lesquels elle est dirigée» puissent être d'autre part des hommes éminents et honorables. C'est au nom même de la science expérimentale que nous venons les combattre* Nous laissons dans Tombre toute science spéculativoi pour nous placer exclusivement sur le même terrain que nos adversaires. Nous ne pensons pas avec Démocrile que le meilleur moyen de vaquer fructueusement à la philosophie, soit de se crever les yeux pour ë;happer aux distractions et aux observations du monde extérieur : au contraire, nous restons fermement dans la sphère de Tobservation et de Texpérience. Dans cette position, nous déclarons que d'un côté la science ne s'occupe pas immédiatement du pro^ blême de Dieu, et que d'un autre côté, lorsqu'on en vient à appliquer à ce problème nos connaissances scientifiques actuelles, loin de tendre à la négative, elles affirment au contraire l'intelligence et la sagesse des lois qui régissent la nature.
. L'élévation vers Dieu, par l'étude scientifique de la nature, noua tient à égale distance de deux extrêmes : de ceux qui nient et de ceux qui se per" mettent de définir familièrement la cause suprême, ^comme s'ils avaient été admis à son conseil. Nous combattons par les mêmes armes deux puissances opposées : le matérialisme et l'illusion religieuse. Nous pensons qu'il est également faux et égale-
ment dangereux, de croire à un Dieu enfantin ou de nier toute cause première.
En vain nous objectera-t-on que nous ne pouvons pas affirmer l'existence d'un être que nous ne connaissons pas : metlons-nous en garde contre de telles présomptions. Non, nous ne connaissons pas Dieu, mais nous savons qu'il existe. Nous ne ■connaissons pas la lumière, mais nous savons quelle rayonne du haut des cieux. Nous ne connaissons pas la vie, mais nous savons qu'elle déploie iscs splendeurs à la surface du monde.
« Je suis fort éloigné de croire, disait Goethe à Eckermann, que J'aie de l'Être suprême une notion exacte. Mes opinions, celles que j'ai dites ou écrites, se résument toutes en ceci : Dieu est incompréhensible et l'homme n'a de lui qu'un sentiment vague, une idée approximalive. Du reste et la nature et nous autres hommes nous sommes tellement pénétrés de la Divinité, qu'elle nous soutient! en elle nous vivons, nous respirons et nous sommes : nous souffrons et nous nous réjouissons, d'après les lois éternelles, vis-à-vis desquelles nous jouons un rôle à la fois actif et passif ; peu importe que nous les reconnaissions ou non. L'enfant se régale du gâteau, sans s'inquiéter de savoir qui Ta fait, et le passereau becquette la cerise sans songer comment elle a poussé. Que savonsnous de l'idée de Dieu, et que signifie, en définitive, celte intuition étroite que nous avons de l'Être suprême? Quand môme je le désignerais comme les Turcs par une centaine de noms, je resterais