‹ Dieu dans la natureChapitre 142 sur 167 · AME ET INTELLIGENCE CHEZ LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

AME ET INTELLIGENCE CHEZ LES ANIMAUX

l'homme est si imperceptible, que ce serait cerlainementen exagérer la différence que de refuser aux premiers un certain sentiment de responsabilité et de conscience. Il y a d'ailleurs chez eux, et dans les limites de leurs capacités respectives, des individualités aussi définies que chez l'homme ; lou» les amateurs de chevaux, tous les gardiens de mé* nagerie, tous les fermiers ou bergers, tous les gens enfin qui ont la grande expérience des animaux sauvages, apprivoisés ou domestiques, sont là pour Taffirmer. C'est là un argument des plus forts en faveur de Texistence chez tous les animaux d'un principe immatériel, analogue à celui dont l'excellence et les facultés supérieures mettent Thomme tant au-dessus des animaux. La plupart des argu* ments de la philosophie, en faveur de Timmortalité de rhomme, s'appliquent également à Tia* deslruclibilité de ce principe chez d'autres êtres vivants*. »

Qui songerait aujourd'hui à révoquer en doute les faits de l'intelligence animale ? Un craintif esprit de système, redoutant les conséquences de cette constatation au point de vue de certaines croyances, peut seul se refuser à cette évidence. Nous tenions à constater d -abord cette vérité afin de parler plus librement de l'instinct, et derenverser les arguments de nos contradicteurs qui prétendent que rinstinct n'existe pas?

*■ Contributions to ihe natural Hislêry of ihe United States êf îiirth Americê, toI. I, i'* partie.

456 LIVRE IV. — DESriNATION DES ÊTRES ET DES CHOSES.

Il y a certes une grande différence entre les actes instinctifs et les actes raisonnes. Non pas que ces deux caractères de la force vivante soient isolés (il n'y a rien d*isolé dans la nature) ; mais ils ne sont pas situés sur le môme degré, et ne peuvent pas être confondus. Nous ne devons pas insister davantage ici sur les faits de l'ordre intellectuel. Mais nous allons leur comparer des faits appartenant au do-maine de l'instinct, qui révèlent Texistence d'une providence universelle, présidant à la conservation de la vie générale, et qui ne s'expliquent en aucune façon par rinstruction, la réflexion ou le jugement des animaux chez lesquels on les observe.

On désigne sous le nom d'instinct Tensembledes directions qui font agir les animaux suivant une nécessité constante. L'instinct est inné, agit sans instruction, sans expérience, reste invariable, ne fait aucune espèce de progrès. C'est en tout Topposé de Tintelligence. Les phénomènes deTinstinct sont d'autant plus remarquables, qu'ils semblent tout à fait indépendants de la volonté. « On ne peut se faire une idée claire de Tinstinct, disait Georges Cuvier, qu'en admettant que les animaux sont soumis à des images ou sensations innées conslanies, qui les déterminent à agir comme le feraient des sensations accidentelles. C'est une sorte de rêve ou de vision qui les poursuit sans cesse, et, dans tout ce qui a rapport à l'inslinct, on peut regarder les animaux comme des espèces de somnambules. »

Frédéric Cuvier a consacré une partie de sa vie à

Page 1