‹ Dieu dans la natureChapitre 145 sur 167 · TRÈVOYANCE MATERNELLE DE LA NATURE. 4G · texte numérisé non relu

TRÈVOYANCE MATERNELLE DE LA NATURE. 4G

vivante unité. Pourquoi donc, devant des fails aussi irrésistibles que ceux de l'instinct animal, ne pas avouer une vérité à la fois si belle et si touchante? Est-ce précisément parce qu'elle est belle et touchante qu'on refuse de Tadmettre? Nous serions presque porté à le croire, car dans ces théories matérielles, il suffit qu'une chose soit agréable aux bons esprits pour qu'on la repousse immédiatement. Mais ce n'est vraiment pas là une raison suffisante de rejet. Pour nous, au contraire, nous contemplons la nature sous tous ses aspects. La vérité ne peut manquer d'être belle, et ce n'est pas Platon seul qui pense que « le beau c'est la splendeur du vrai. » La nature est vraiment belle; loin de détourner les yeux toutes les fois que nous rencontrons une forme sensible de la beauté éternelle, admirons-la et reconnaissons-la aussi sincèrement que la vérité mathématique. La nature n'est-elle pas notre mère? Avons-nous jamais passé d'heures plus délicieuses et plus instructives que celles de nos entretiens intimes avec elle, au sein des bois silencieux?

Contemplez dans sa merveilleuse harmonie la loi de la continuité de l'espèce humaine; cherchez à approfondir l'ordre mystérieux qui préside à notre génération et à notre enfance. De quelle habileté 1^ nature n'a-t-elle pas fait preuve en enveloppant chaque sexe de cette indéfinissable attraction qui le rend doucement esclave de ses vues souveraines^ De quelle science n'a-t-elle pas donné le témoignage, en organisontsursesbases sévères la vieca»

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chéede Fêtreenvoie de formation ^uî, jusqu'au jour de son éveil à la lumière extérieure, est doué d'une existence radicalement étrangère à celle de tous les êtres vivants? Quelle prévoyance ne montre* t-ellepas en créant pourla nutrition du trésorcacbé, des organes difTérents de ceux qui lui serviront dans la vie atmosphérique, et en préparant pour les premiers temps de son existence l'aoïbroisie la plus pure? Demandez aux jeunes mères de quelle protection, de quelle vigilance doivent être entourés ces nouveau-nés, frêles et tremblants. Mais la nature ne fut-elle pas la plus vigilante des mères? Quelle est l'affection la plus tendre, quel est l'amour le plus caressant, le dévouement 1^ plus passionné d'une mère ; quelle est Tintelligeace la plus clairvoyante, la science la plus efficace d'un père, qui pourraient rivaliser avec les soins incassants et universels que la nature, tendresse infinie I déploie avec une profusion infatigable dans sa protection personnelle et active pour chacun de ses enfants ?

Nous pourrions écrire de gros in-folio sur les preuves de la prévoyance de la nature. Nous pourrions demander si c'est par hasard et sans but que les espèces animales les plus faibles et les plus exposées à la mort sont précisément les plus fécondes, que les gallinacés, les perdrix, les poules, pondent par dizaines leurs œufs fécondés et laissent après l'année des centainesde rejetons, tandis que les oiseaux de proie, les condors, les aigles, sont comparativement stériles. Nous pourrions aussi demander si

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c'est aveuglémenl que la nature décore d*un charme particulier les petits êtres sans soutien et sans force et appelle notre intérêt et noire affection \ers les blondes têtes de Tenfance qui, privées d'assistance, s'endormiraient dans leur berceau d'un sommeil sans réveil. Nous pourrions invoquer ici le spectacle tout entier de la création vivante, mgis nous sommes intimement persuadé de l'adhésion complète de nos lecteurs sur ce point, et nous n'insisterons pas inutilement.

Il nous semble que ces éminents travailleurs ont fait avec enthousiasme la plus grande partie du chemin, et que, ne jouissant pas d une vue télescopique capable de distinguer le but, ils oublient que la marche progressive des sciences a véritablement un but, et s'arrêtent dans l'inertie après avoir fait preuve d'une incontestable puissance. De ce qu'ils ont reconnu que les causes finales imaginées par la vanité humaine et qui lui servent depuis si longtemps d'escarpolette pour bercer avec coquetterie sa nonchalance, — de ce qu'ils ont reconnu que les dieux- esclaves de l'orgueil, l^s créations de la fantaisie et les illusoires théories d'une pensée mesquine ne sont autre chose que des çimulacres sans réalité, que des ombres, des fantômes, qu'un rayon du soleil des sciences suffit pour faire évanouir ; ils en ont conclu qu'il n'y avait dans la création ni loi directrice, ni but final. De ce que l'homme s'est trompé dans la solution d'un problème, ils en ont décidé que cette solution et ce problème lui-même n'existent pas. Confondant d'une façon inexplicable

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la vérité avec la notion que nous en pouvons avoir, confondant semblablement la grandeur réelle d'une œuvre avec l'idée que nous nous en formons, de même que les théologiens du moyen âge confondent ridée religieuse en elle-même avec la forme catholique particulière, ils proclament que la démonstration de la fausseté de nos notions individuelles entraîne la ruine de Fobjet même de ces notions. Vraiment, pour des esprits accoutumés aux rigueurs du raisonnement ; pour des hommes savants, qui paraissent chercher avec le plus absolu désintéressement la vérilési longtemps dissiniulée, ils ne font preuve ici ni d'une excellence de jugement ni d'une supériorité dans l'ensemble de leurs vues. Au contraire, ils mettent directement en évidence l'étroitesse de la sphère qu'ils habitent , ils semblent déterminés à refuser tout agrandissement de cette sphère, et décidément obstinés à en refuser Paccès à toute lumière, comme s'ils craignaient que cette lumière ne vienne répandre une clarté révélatrice sur leur horizon et reculer trop au delà de leur portée les limites de leur univers. Nos contradicteurs prétendent qu'ils font de la science en déclarant que l'organisation des êtres ne nous enseigne pas la présence d'un dessein dans la nature. Au lieu de science, il font ici du pur système, de l'arbitraire au grand complet, et notre accusation n'est pas plus difficile à justifier ici qu'ailleurs. En effet, en quoi consiste la méthode scientifique? En astronomie, en physique, en chimie, qu'est-ce qu'une théorie? — Nous observons les

faits, et quand nous possédons un ensemble suffisant d'observations, nous cherchons à les relier mutuellement entre eux par une loi. Yoyons-nous la loi? jamais. Nous la devinons par la discussion des fails, et peut-être, le nom que nous lui donnons n'est-il pas toujours celui qui lui conviendrait le mieux. Cette théorie, par laquelle noire esprit insatiable éprouve le besoin d'expliquer les choses, n'est d'abord qu'une hypothèse, dont la valeur consiste principalement dans la satisfaction qu'elle nous donne sur l'explication naturelle des fails étudiés. Elle n'est longtemps qu'une hypothèse, fragile et légère, qu'un vent peut emporter, et ne s'élève au rang de théorie qu'au jour où elle est suffisamment confirmée par l'étude, sinon elle tombe dans le champ des erreurs de l'imagination. Soit, par exemple, les mouvements des corps célestes. Nous observons qu'ils décrivent des ellipses dont le soleil occupe l'un des foyers ; que les surfaces parcourues sont proportionnelles aux temps; que les temps des révolutions, multipliés par eux-mêmes, sont entre eux comme les grands axes multipliés trois fois par eux-mêmes. Pour expliquer les mouvements de la mécanique céleste, on émet l'hypothèse que les corps s* attirent en raison directe des masses et en raison inverse du carré des distances. Enoncer cette hypothèse, c'est simplement dire que les choses se passent comm^si les astres s'attiraient. Puis, cette hypolhôse expliquant parfaitement tous les fails observés et rendant compte de toutes les circonstances du problcmc, devient une théorie.

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Enfin celte, loi se trouvant universellement démontrée, aussi bien dans le bercement des ctoile^s jumelles au fond des cieuic que dans la chute d'une pomme dans un verger terrestre, on affirme que la loi appelée la gravitation représente effectivement la force régulatrice des mondes.

Or c'est identiquement le même procédé que nous employons, lorsque nous déclarons que les organes des êtres vivants sont construits comme ai la cause, quelle qu'elle soit, qui les a formés, avait eu en vue la destination de ces organes à l'existence particulière de chaque être aussi bien qu'à l'existence générale de tousles êtres ensemble. Les vraies causes finales sont donc un résultat de Tobservation scientifique ; la méthode est la même, et, comme Ta dit M. Flourens, il faut aller non pas des causes finales aux faits, mais des faits aux causes finales. Procéder du connu à l'inconnu, c'est la seule méthode positive. Or le résultat de cette méthode, quel qu'il soit, a le droit d'être proclamé au nom de la science. 11 peut se faire que la révélation d'un plan et d'un but, dans la nature, ne soit pas agréable à MM. Y ou Z ; ce désagrément nous importe peu. MM. Y ou 2 sont dans l'erreur la plus fausse lorsqu'ils nous accusent de ne pas agir selon la science expérimentale, et dans l'illusion la plus fatale, lorsqu'ils s'imaginent agir eilx-mêmes selon celle science. Ils renversentles rôles en leur faveur, ce qui n*est pas rare. Mais la vérité méconnaît leurs tendances et demeure înallérablcment la môme^ Bans se préoccuper des prismes au travers desquels

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