‹ Dieu dans la natureChapitre 16 sur 167 · DIKU SELON LES HOMMES · texte numérisé non relu

DIKU SELON LES HOMMES

encore infiniment au-dessous de la vérité, tant ses attributs sont innombrables:.. Comme TÊtre auguste que nous nommons la Divinité, se manifeste non-seulement dans l'homme, mais encore au sein d'une nature riche et puissante ainsi que dans les grands événements du monde, l'idée qu'on se forme de lui, d'après les qualités humaines, est. évidemment insuffisante. »

L'idée que nos ancêtres se sont formée sur Dieu fut, à toutes les époques, en harmonie avec le degré de science successivement acquis par l'humanité. Gomme le savoir humain, cette idée est variable et doit nécessairement progresser; quoi qu'on en prétende, chacune des notions qui constituent le domaine de l'esprit humain doit marcher de front avec le progrès général, sous peine de rester en arrière. Dans l'ensemble d'un système en mouvement, tout point qui s'obstinerait à demeurer stationnaire reculerait en réalité. On n'est donc plus admis de nos jours à déclarer dogmatiquement que telle ou telle notion est parfaite et doit garder le statu quo de Tinfaillibilité. On fait partie de la marche progressive de l'esprit ou Ton n'en fait pas partie. Dans le premier cas, il faut la suivre intégralement. Dans le second cas, il faut s^avouer en arrière. Et que la chose soit bien entendue.

Disons-le franchement, en science expérimen- ' taie, Dieu ne doit pas être admis a prioriy pas plus que la destination ou le but que nous croyons saisir dans les œuvres de la nature. Les doctrines

a prwn ont fait leur temps et nous n*en voulon? plus. Nous l'avouons avec les matérialistes, ceux qui ont pris Dieu pour point de départ et non la nature nous ont-ils jamais expliqué les propriétés de la matière ou les lois d'après lesquelles le monde est gouverné ? Ont-ils pu nous dire si le soleil marchait ou s'arrêtait? si la terre était un globe ou une plaine? quel était le dessein de Dieu, etc.? Non, car ce serait une impossibilité. Partir de Dieu dans la recherche et dans l'examen de la création j c'est un procédé qui n'a pas de sens ni de but» Cette triste méthode d'étudier la nature et d'en tirer des conséquences philosophiques en croyant pouvoir par une simple théorie construire l'univers et établir les vérités naturelles a heureusement perdu tout crédit depuis longtemps. C'est précisément à la méthode opposée, que les sciences naturelles doivent les grands progrès et les résul* tats si heureux de notre temps*

Mais de ce qu'en vertu de la science expérimen* taie nous substituons à l'hypothèse précédente les résultats a posteriori de Texamen, est-ce une raison pour que nous soyons obligés de fermer les yeux et de nier l'intelligence, la sagesse, l'harmonie révélées par l'observation même? Est-ce une raison pour nous refuser à toute conclusion philosophique et pour rester en chemin de crainte de toucher le but ? Est-ce une raison pour donner la main aux sceptiques modernes qui, malgré l'évidence, rejettent toute lumière et toute conclusion? Nous ne le pensons pas. C'est, au contraire, en

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vertu dû la méthode qu'ils préconisent que nous constatons leur refus et leur inconséquence.

Il importe, avant toute discussion, de bien déterminer les positions réciproques, afin d'éviter tout malentendu. Nous espérons que lesdéclaralions qui précèdent suffisent pour établir catégoriquement la nôtre. Nous combattrons franchement le matérialisme, non pas avec les armes de la foi religieuse, non pas avec les arguments de la phraséologie scolastique, non pas avec les autorités de la tradition, mais par les raisonnements qu'inspire et féconde la contemplation scientifique de l'univers.

Examinons d'abord sous un premier coup d'œil d'ensemble le procédé général de Tathéisme contemporain.

Ce procédé offre des rapports sensibles avec celui dont le baron d'Holbach se servit à la fin du siècle dernier, pour établir son fameux Système de la nature^ œuvre d'un matérialisme vulgaire, pour laquelle Goethe trouvait qu il n'avait jamais assez de çiépris et qu'il traitait de «c véritable quintessence de la vieillesse fade et insipide. » Le nouveau procédé, plus exclusivement scienlifique toutefois, consiste principalement à déclarer que les forces qui dirigent le monde ne le dirigent pas : que loin d'être souveraines de la matière, elles en sont les esclaves , et que c'est la matière (inerte, aveugle et dépourvue d'intelligence) qui, se mouvant ellemême, se dirige d'après des lois, dont elle est inca pable toutefois d'apprécier la portée.

t6 LIVRE I. — LA FOHCE ET LA 5IATIÈRE.

Nos malérialistes actuels prétendent que la matière existe de toute éternité, qu'elle est revêtue éternellement de certaines propriétés, de cerlains altributs, et que ces propriétés, qualificatives de la matière, suffisent avec elle pour expliquer Texistence, l'état et la conservation du monde.

Ils substituent ainsi un dieumalière au Dieuesprit. Us enseignent que la matière gouverne le monde, et que les forces physiques, chimiques, mécaniques, n'en sont que des qualités.

Pour réfuter ce système, il s'agit donc d'en prendre exactement la contre-partie, de démontrer que c'est un Dieu-esprit qui régit la création et non pas un incompréhensible dieu-matière ; d'établir que la substance n'est pas la propriétaire de la force, mais au contraire son esclave ; de prouver que la direction du monde n'appartient pas aux molécules aveugles qui le constituent, mais aux forces sous l'action desquelles apparaissent les lois suprêmes. Foncièrement, c'est à cette démonstration fondamentale que se résume le problème. Nous espérons qu'elle ressorlira éclatante des études qui font l'objet de notre travail.

Et puisque nos adversaires s'appuient sur les véritables faits scientifiques pour établir leur erreur, il s'agit encore pour nous de nous appuyer sur les ttiêmes faits pour la combattre.

A vrai dire, lors même qu'il serait démontre que l'univers n'est qu'un mécanisme matériel, dont les forces n'appartiennent pas à un moteur jnais remontent sans cesse à la matière et en des-

L'ATHËISUfi COiMËMFOKAlN. il

cendent sans cesse comme un système de mouvement perpétuel , la cause de Dieu ne serait pas perdue pour cela. Mais depuis les origines de la philosophie, depuis Heraclite et Démocrite, le système mécanique du monde fut généralement le refuge et la raison des athées, tandis que le système dynamique fut Tappuides spiritualistes. Nous appartenons en principe à la conception dynamique du monde et nous combattons le système incomplet d'un mécanisme sans constructeur. Comme l'exprime judicieusement M. Caro *, d'un côté le m mécanisme ]» explique tout par des combinaisons et des groupements d'atomes primitifs, éternels. Toutes les variétés des phénomènes , la naissance , la vie, la mort ne sont que le résultat mécanique de compositions et de décompositions, la manifestation de systèmes d'atomes, qui se réunissent ou se séparent. Le «dynamisme,» au contraire, ramène tous les phénomènes et tous les êtres à l'idée de force. Le monde est l'expression soit de forces opposées et harmonisées entre elles, soit d'une force unique dont la métamorphose perpétuelle fait Tuniversalilé des êtres.

On peut constater que quoique l'explication seconde des choses soit jusqu'à un certain point indépendante de l'explication première ou métaphysique, l'histoire atteste ce fait constant qu'il y a affinité naturelle : — d'une part entre l'explication

mécanique du monde et Vhypolhèse qui supprime

• La Philosophie de Goelhe, ch. yi.

Dieu ; *— d autre part entre la théorie dynamique du monde et l'hypothèse qui le divinise dans son principe. La théorie mécanique établissant la pure nécessité mathématique dans les actions et les réactions qui forment la vie du monde, est incomplète, car elle supprime l'idée de cause et dissipe en fumée le monde moraL La théorie d'une force unique^ universelle, toujours en acte, formant la variété des êtres par ses métamorphoses, rapporte cette universalité mystérieuse à une force primordiale*

On pourrait donc simplement accuser le procédé général de nos contradicteurs de consister en une faute grammaticale : attribuer à la matière une puissance qui n'appartient qu'à la force, et pré* tendre que la force n'est qu'un adjectif qualificatif tandis qu'elle a les mêmes droits que la matière au rang de substantif.

Examinons maintenant dans ce même coup d'œil d'ensemble quelles sont les grandes erreurs qui marchent de pair avec ce procédé et le soutiennent, et que nous rencontrerons sousdifTé* rentes formes dans le détail de nos discussions.

La première erreur générale dont les matérialistes sont abusés, c'est qu'ils s'imaginent que pour que Dieu existe, il faut qu'il jouisse d'une yo* lonté capricieuse et non d'une volonté constante et immuable dans sa perfection. Par exemple^ Œrsted, le savant scrutateur du monde physique, a exprimé judicieusement les rapports de Dieu avec la nature en disant que « le monde est gouverné par une raison éternelle qui nous manifeste

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ses efTets dans les lois immuables de la nature. )i Le docteur BQchner oppose à celte proposition la spécieuse objection que voici : « Personne ne saurait comprendre, dit-il, comment une raison éternelle qui gouverne, s'accorde avec des lois immuables. Ou ce sont les lois de la nature qui gouvernent, ou c'est la raison éternelle ; les unes à côté de l'autre entreraient à tout moment en collision. Si la raison éternelle gouvernait, les lois de la nature seraient superflues; si au contraire les lois immuables de la nature gouvernent, elles excluent toute intervention divine. » — «Si une personnalité gouverne la matière dans un but, dit Moleschott, la loi de la nécessité disparait de la nature. Chaque phénomène devient le partage du jeu du hasard et d*un arbitraire sans frein (II)* »

On conviendra que cette grave objection est assez singulière. Ce bizarre raisonnement chancelé par sa propre base. 11 nous semble, au contraire, que Tintelligence qui se fait remarquer dans les lois de la nature démontre au moins Tintelligence de la cause à laquelle ces lois sont dues, et que ces lois sont précisément Fexpression immuable de cette intelligence éternelle. N'est-il pas quelque peu ridicule de prétendre que cette cause doit cesser d'exister par la raison qu'elle est en intime accord avec ces lois elles-mêmes? Voici, par exemple, unxxcellént harpiste, d'une habileté si parfaite que les accords qui s'envolent des cordes frémissantes semblent identifiés avec la poésie de son flme : donc celte âme n'existe pas, car pour admettre son exis-

tênce, il faudrait qu'elle se mît parfois arbitrairement en désaccord avec les lois de l'harmonie! Ce mode de raisonnement est si évidemment faux, que ceux-là même qui remploient le reconnaissent implicitement. Ainsi, Bùchner rapportant, à propos des miracles, ce fait, que le clergé anglais avait demandé au gouvernement qu'il ordonnât un jour général de jeûne et de prières pour détourner le choléra, loue lord Palmerslon d'avoir répondu que la propagation du choléra reposait sur des conditions naturelles en partie connues, et pourrait mieux être arrêté par des mesures sanitaires que par des prières. Fort bien! L'auteur ajoute mieux encore. « Cette réponse, dit-il, lui attira le reproche d'athéisme, el le clergé déclara que c'était un péché mortel de ne pas vouloir croire que la Providence pût trangresser en tout temps les lois de la nature. Quelle singulière idée se font ces gens du Dieu qu'ils se sont créé. Un législateur suprême qui se laisserait fléchir par des prières et des sanglots pour renverser l'ordre immuable qu'il a créé, violer ses propres lois et détruire de sa main l'action des forces de la nature. » — « Tout miracle, dit aussi Cotla, s'il existait, prouverait que la création ne mérite pas la vénération que nous avons pour elle et le mystique devrait nécessairement conclure de l'imperfection de la création à l'imperfection du Créateur. »

Ainsi voilà nos adversaires une première fois retournés contre eux-mêmes en ce que d'une part, ils ne veulent pas admettre qu'une raison élcr^

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