‹ Dieu dans la natureChapitre 153 sur 167 · DIEU, LOI DES PHÉNOMÈNE · texte numérisé non relu

DIEU, LOI DES PHÉNOMÈNE

soumise à des lois. Si, parvenus à découvrir qu'elle prétend en avoir, noUs essayions de rechercher, d'après la conduite et les conséquences qu^glle entraîne, quelles sont ces lois, dans quel esprit elles ont été Conçues, nous n* éprouverions pas peul-ôtre de grandes difficultés à découvrir des règles applicables à des cas particuliers ; mais si nous voulions généraliser, si nous tentions de saisir quelques principes saillatits, la masse des absurdités, de^ contradictions qui jailliraient de toutes parts nous détournerait bientôt d'un plus ample examen, ou nous convaincrait que ce que nous cherchons n'existe pas. C'est tout le contraire dans la nature. On n'y trouve pas de dissonnance, de contradiction, on n'y rencontre qu'harmonie. On n'a jamais besoin d'oublier ce que l'on sait une fois. Lorsque les règles se généralisent, les exceptions apparentes deviennent régulières. Une équivoque dans sa sublime législation est aussi inouïe qu'un acte mal entendu.

Les grands faits de la science moderne ont donc transformé l'idée de t)ieu et la présentent désormais sous un aspect bien différent de celui qu'elle offrait jusqu'à nos jours. Cet aspect nouveau est à la fois plus immense et plus difficile à saisir. Cependant, nous pouvons au moins concevoir, sinon esquisser, l'ensemble de cette métamorphose progressive.

L'ignorance avait humanisé Dieu ; la science le divinise, — si ce pléonasme n'effarouche pas les oreilles grammaticales. Jadis, Dieu fut homme;

maintenant il est Dieu. La foi du chariioQiiJer, si vantée naguère encore, n'est plus !a yéritable foi. Le Credo qma absurdum est une double absardilé. L'Être suprême, créé à l'image de l'homme, Toît actuellement celte image s'efTacer peu à pea pour laisser à sa place sa réalité sans forme. Car la forme, la définition, le temps, la durée, la mesure, le degré de puissance ou d'activité, la description, la connaissance, ne s'appliquent plus à Dieu ; on commence seulement à s'en apercevoir. Le nom même cache une idée incomplète, et il faudrait pouVoir parler de Dieu sans le nommer. Autrefois Jupifer tenait la foudre dans sa main, Apollon conduisait le Soleil, Neptune régnait sur l'Océan. Dans l'idolâtrie des bouddhistes, Dieu ressuscitait un mort sur la tombe d'un saint, faisait parler un muet, entendre un sourd, croître un chêne dans une seule nuit, voltiger un noyé à la surface de l'eau, découvrait les régions du troisième ciel à un extatique, gardait sain et sauf un martyr au milieu des flammes, portait un prédicateur à cent lieues en un clin d'œil, et dérogeait à chaque instante ses lois éternelles. Aujourd'hui encore, loin d'ici, au Tliibet, on adore Maitreya : la main de ce dieu met un frein à la fureur des flots, bénit une armée et maudit sa rivale, dirige la pluie vers des pays où des processions la demandent, et, comme celle d*un habile jardinier, arrose ceci, ombrage cela, échauffe celte autre plante, élague une branche, marie deux fleurs, greffe une famille sur une autre, et tient im registre héraldique de tous les noms et de toutes

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