‹ Dieu dans la natureChapitre 155 sur 167 · DANGERS DE L'ILLUSION THÉÔLOGIQUB · texte numérisé non relu

DANGERS DE L'ILLUSION THÉÔLOGIQUB

monde physique et par son esprit d'examen, elle modifie nécessairement notre manière de voir, et nous ne pouvons plus concilier le caractère de l'esprit scientifique avec ces incarnations d'idées enfantines et indignes de Pabsolu. C'est en cela précisément que consiste sa tendance générale. Et ici, comme pour les causes finales, nous avons la tristesse d'observer qu'un certain nombre d'hommes scientifiques, reconnaissant les erreurs humaines dont nous venons de signaler quelques types, ont abandonné à la fois et ces erreurs et toute croyance ; comme si Fillusion et Tincapacité de notre misère entraînaient la chute dé la cause première qu'elles ont défiguré I Au surplus, puisque l'occasion s'en présente, ajoutons que cette exagération de scepticisme ne doit pas être rigoureusement imputée à la résolution même de ceux qui sont tombés aussi bas : ils y furent parfois engagés par une sorte de revanche contre l'exagération opposée. La principale force de l'athéisme vient certainement des excès mêmes du «piritualisme, excès qui appellent une inévitable et légitime correction. Comment les spiritualistes imprudents ont-ils traités l'immense Nature? Ils ont admis une éternité d'inaction, une création spontanée de l'univers : dans le vide infini, une volonté arbitraire pose la succession de la durée et de retendue. Le monde est sans racines dans le passé, et nous apparaît comme un pur accident. Mais il est dans le spiritualisme exclusif des imagînationsplus téméraires encore : c'est la négation de la matière, que nous avons déjà entrevue

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au livre I (p. 84). Berkeley (Prine. eonn. hmm.) n'a-t-il pas posé l'affirmation suiTante : « H y a des vérités si près de nous et si faciles à saisir, qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour les apercevoir ; et, au nombre des plus importantes, me senable être celleci, que la voûte éclatante des cieux, que la terre et tout ce qui pare son sein, en un mot, que tous les corps dont l'assemblage compose ce magnifique univers n^existent point hors de nos esprits. » Avouons-le, pousser le paradoxe à ce point, c'est appeler l'excès contraire, lequel ne tarde pas à répondre, et se présente violemment sous la forme d'athéisme. 11 est d*autres fanatiques qui, non-seulement croient fermement aux absurdités les plus criantes, mais qui sont de plus convaincus d'êfre en relation directe avec Dieu lui-même et se délivrent en raison de cette grâce spéciale, un brevet d'infaillibilité. Ces esprits obscurs s'imaginent naïvement que le fantôme qu'ils se sont forgé est le Dieu véritable, le créateur du ciel et de la terre, et, au moindre prétexte, ils traitent doctoralement d'impies et d'athées tous ceux qui ne pensent pas comme eux*. A les entendre, il faut croire à leurs

* Si le spiritualisme ne domine pas le monde aujourd'hui, et B*il y a encore, même (ou peut-ôire surtout) parmi les savants, des athées et des matérialistes de honne foi, la faute en est aui spiritualistes eux-mêmes, qui se sont généralement livrés à la méthode dialeclique, au lieu de saisir en mains la méthode expérimentale. Us raisonnent encore par les mots, au lieu de raisonner parles faits. Qu'ils soient Allemands. Anglais ou même Français, ils sont souvent obscurs. Le spiritualisme n'a pas été aussi bien servi que le matérialismo. Aujourd'hui encore, ceux qiii couibullunl aux premiers rangs de notre armée jasent comme au

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