DANGERS DE L'ILLUSION THÈOLOGIQUE
sornettes ou ne croire à rien. Pas de milieu. Tout esprit religieux qui ne revêt par leur costume est ana thème. Ils déclarent même qu'ils préfèrent Fin^
temps d'Aristote ou des péripatéticiens. Jeux de mots, discussions de termes, cercles vicieux, pétitions de principes, syllogismes captieux, preuves insuffisantes ; ils ont encore ces vieux défauts-là, tandis que no^ adversaires s'en sont corrigés. Pourquoi donc les spiritualistes ne seraient- ils pas mécaniciens, mathématiciens, géomètres, astronomes, chimistes, géologues, naturalistes? Pourquoi persistent-ils à jouer sur les mots, et s'enfoncent-ils si souvent dans les profondeurs inaccessibles d'une métaphysique obscure? Il est tel ouvrage, d'ailleurs écrit en d'excellentes intentions, destiné à démontrer l'existence de Dieu et de l'âme, et dont la lecture est si fatigante, que le peu de lecteurs qu'ils obtiennent s'arrêtent dès les premières propositions. Ce n'est pas à nous à citer ces auteurs (qui, d'ailleurs, sont de nos amis, et combattent à l'aile droite de notre armée), mais nous ne pou' vous nous empêcher d'avouer qu'il est très-fàcheux pour notre cause d'être servie par des capitaines dont les armes datent des Grecs et des Carthaginois.
Si cette remarque « d'un ami » servait à dissuader MM. les professeurs et les agrégés de philosophie, de ces tendances rétrogrades, nous en serions heureux pour le succès de notre cause. Ceux qui vivent isolés dans le monde solitaire de la métaphysique et s'entourent d'un cercle infranchissable interceptant toute communication avec le monde extérieur, perdent (ou ne gagnent pas) la rigueur de raisonnement absolument nécessaire en notre ère de science pure ou appliquée. Lentement accoutumés aux termes dont ils ont fait choix et qu'ils ont même parfois détournés à leur insu de leur sens primitif ou généra), ils finissent par causer seuls, et d'une façon inintelligible. Nous les avons quelquefois involontairement comparés à ces crieurs des rues , qui ont commencé par bien prononcer les quelques mots de leur enseigne veriiale, et finissent par articuler dés sons inintelligibles, dont on ne devinerait jamais le sens si l'on ne voyait leur hotte de vitrier ou leurs voitures de fruits. N'insistons pas sur cette comparaison trop vulgaire. Tous les métaphysiciens de profession se ressemblent un peu à ce j^oint de vue. U pourtant nous ne pouvons nous empêclier d'avouer que plusieurs brochures que 'nous avons sou« les yeux, entre autres une intitulée : Force et Matière, ou Réfutation des doctrines de cet ouvrage, ne servent pas merveilleusement par leur style les excellentes intentions de leurs auteur». Sos adversaires doivent vraiment rire parfois de no» réfuté-
Mî UVRE Y. — DIEU.
crédule le plus forcené à rbomme religieux qui n'est pas de leur opinion. Ils ne savent pas distinguer la forme du fond. Si, par exemple, nous écri-
tions. Peat-étre continuent-ils de rire sons cape après avoir In la nôtre. Us disent à leurs Yoisins que nos raisons ne signifient rien Ils en ont le droit, car ils ne feraient en cela qu'user de réciprocité.
Comment Hegel explique-t-il la nature de Dieu? C'est ce que vous êtes priés de comprendre par le passage suiTant : cL'idée logique, parvenue à sa dernière limite, se produit. VirUuUion, c'est-à-dire l'idée absolue arrivée à cette limite regarde au delà et hors d'elle, et ce regard amène et constitue le premier moment, le moment le plus abstrait de reilériorité, ou l'espace. L'espace est, suivant Kant, la condition et le substrat de toute intuition, ce qui esi vi^ai. Seulement, Kant n'a saisi que le côté subjectif et psychologique de l'espace. Ce qu'il faut dire de l'espace, c'est que par cela même qu'il est la condition de toute intuition, il est Immême l'intuition en soi, l'intuition en puissance, ou si Ton veut, la possibilité même de toute intuition, — VintuibilUé, s'il était permis d'employer cette expression, — comme il est la possibilité des formes les plus abstraites de l'intuition, ses formes géométriques, voulons-nous dire. L'espace est, par conséquent, le moment le plus abstrait et le plus indéterminé de l'intuition et de l'extérioi^ité, et, comme tel, il forme le premier moment de la nature, et le passage de la logique à la nature. » [Philosophie de la nature^ Introd.)
Voilà donc qui est bien entendu! s'écrie après cette citation H. Hagy, dont le livre De la Science et de la Nature n'est qu'un seul paragraphe. Tant mieux pour ceux qui comprennent. Si quelques-uns d'entre vous n'avaient pas clairement saisi la marche de la démonstration précédente, voici le commentaire explicatif de M. Yéra, le plus fervent disciple de Hegel, qui est regardé par les métaphysiciens comme possédant « l'art d'exprimer la pensée du maître avec mie clarté toute française. » Écoutons cette explication si claire :
« Dans l'idée logique qui est pour soi, et qui est considérée comme ne faisant qu'un avec elle-même, est Vintuiliont et l'idée qui possède ïintuition est la nature, Cependant, si on la considère en tant qu'intuition, l'idée ne sera posée que par la réflexion extérieure avec la détermination exclusive d'un état immédiat ou d'une négation. Hais l'absolue liberté de l'idée consiste en ce que non-seulement elle se pose comrtie vie, et qu'elle laisse apparaître en elle la connaissance lixée,^mais en ce que, dans l'absolue