DIEU, INCONNAISSABLE ET INDÉFINISSABLE
en dehors de cette pensée : elles n'en seraient que l'expression éternelle.
Cette conviction nous est acquise par Texamen et l'analyse des phénomènes de la nature. Pour nous, Dieu n'est pas en dehors du monde, ni sa personnalité n'est pas confondue dans Tordre physique des choses. Il est la pensée inconnaissable dont les lois directrices du monde sont une forme d'activité. Essayer de définir cette pensée et d'expliquer ^on mode d'action, prétendre discuter ses qualités ou rechercher ses caractères, creuser l'abîme de l'infini dans l'espérance de satisfaire notre avidité de connaître, serait à notre avis une entreprise non-seulement insensée, mais encore ridicule. Un pareil essai montrerait que celui qui l'entreprend n'a pas compris la distinction essentielle qui sépare l'infini du fini. Il y a entre ces deux termes une distance sur laquelle aucun pont ne peut être jeté. Dieu est par sa nature môme inconnaissable et incompréhensible pour nous.
11 n'est pas nécessaire de s'enfoncer dans le labyrinthe de l'inconnu pour arriver à la ccrliludo de l'existence de Dieu. Peut-être même certains esprits portés au mysticisme courraient-ils un danger funeste s'ils s'obstinaient à vivre dans les obscurités d'un mystère impénétrable. Certes, il est déjà bien difficile de se former sur l'Être suprême la notion scientifique que nous venons de laisser apercevoir. Les esprits les plus réfléchis éprouvent euxmêmes d'arides obstacles à pénétrer ainsi successivement du connu à Tinconnu , du visible à
l'invisible, de la loi manifestée à la loi pensée, de la force sensible à la force originelle. Et nous sommes si intimement convaincu du travail nécessaire à Tintelligence humaine pour parvenir à cette notion philosophique du Dieu de la nature, que nous ne voulons pas nous appesantir davantage sur celte conception, de peur qu'une trop profonde contention d'esprit n'obscurcisse cette idée même. C'est aux âmes qui comprennent l'importance et l'intérêt de ces problèmes à songer parfois, aux heures de solitude, à la révélation de Dieu par la science de la nature^ et à descendre (ou à s'éJever: en astronomie, c'est identique) à travers les voiles de l'apparence corporelle, jusqu'à la cause virtueUe qui meut toutes choses selon Tordre et Tharmonie, et qui dispose toute chose selon son poids et selon sa mesure. •
Cette conception de la pensée éternelle pourra paraître rationnelle (nous l'espérons, du moins) à ceux qui sont accoutumés à la méthode des sciences positives, et dans l'esprit desquels ces sciences n'ont pas effacé la notion d'une cause première. Elle paraîtra hérétique aux descendants de ceux qui se brûlèrent mutuellement aux jours de Jean Husset de Michel Servel. Ils nous accuseront d*étre panthéiste, sans vouloir comprendre que nous n'identifions pas la personne divine aux transformations de la matière, et déclareront que nous prétendons que tout est Dieu et que tout le monde se gouverne luimême. D'autres auront la fantaisie de nous qualifier d'athée et de corrupteur de la morale évangé-
LA RECIlEllCllE DE LA VÉRITÉ. 521
lique, car œux-ci ne sont pas capables de comprendre que Ton puisse adorer un aulre Dieu que le leur. Une troisième série, poussant l'exagération plus démesurément encore, traitera de malfaiteurs ceux qui auront été conduits à se former sur la divinité ridée formulée plus haut. Mais où en seraiton s'il fallait répondre à tous les murmures que Ton entend derrière soi? Ces murmures ne prouvent qu'une chose, c'est qu'on marche en avant.
On a pu remarquer dans cet ouvrage, comme dans les précédents, l'absence volontaire des dénominations d'école. Les uns nous ont dit ou peuvent nous dire : vous êtes dynamiste ; leurs voisins répliquent: vous êtes partisan du dwo-dj/wamisme. Ceuxlà reconnaissent dans nos tendances V animisme le plus clair ; ceux-ci nous donnent X organimmc^OMV étiquette. Voici maintenant le vitalisme qui nous invite à déclarer franchement si nous lui appartenons. La majorité nous accuse d'être éclectique. l!ions ne parlons pas des accusations générales de panthéiste, théiste, et à l'opposé de celle de matérialiste et à! athée, qu'on nous a lancées de divers camps. C'est un grand isolement que la position d'un esprit qui cherche uniquement la vérité. 11 s'expose à être traité de protestant par les catholiques et de romain par les réformés ; les chrétiens l'appellent hérétique et les philosophes l'appellent chrétien. DansTesprit de chacun d'eux il faut qu'il appartienne à une secte, à un système, à une écolo. Or, nous osons déclarer de suite que nous n'appartenons à personne.
522 LIVRE V. — DIBD,
Pourquoi nous empêcher de prendre le bon partout où il se trouve, et de combattre le mauvais partout où nous le rencontrons? Pourquoi nous inviter à respecter l'erreur par la raison qu'elle est ancienne? Pourquoi nous obliger à nous cir conscrire dans un cercle formé d'avance? Que si gnifient ces barrières, ces dogmes, ces drapeaux, ces nationalités ? illusions que tout cela. Pas desys tèmes! L'indépendance la plus absolue dans la recherche comme dans le culte de la vérité. Ce qui a perdu un grand nombre d'esprits, c'est cette propension ou cette condamnation à marcher le long d'une ornière. Sans doute, il faut suivre une mé-
thode personnelle ; sans doute, il faut s'appuyer sur les vérités anciennement reconnues; sans doute, il faut connaître l'objet positif de ses études et travailler assidûment à la conquête du savoir ; mais ne nous embarrassons pas d'oripeaux et ne cachons pas notre ciel par un pavillon. Étudions peu à peu la nature entière, sous toutes ses formes, dans tous ses aspects ; exprimons sincèrement le résultat de nos études, sans nous préoccuper des mots et sans disputer sur l'accent ou la virgule. L'hirondelle qui s'envole vers la patrie à la saison nouvelle parcourt librement le vaste espace ; que serait-ce si on l'obligeait à faire certains signes à son aile, à baisserlcs yeux, à tenir un petit drapeau dans sa patte ou à traîner une série de petits ballons derrière elle?
La doctrine que nous professons ici peut être considérée comme un théisme ontologique : l'effort de riiommepour connaître l'Être absolu. C'est une