L'ATHÉISME CONTEMPORAIN
nelle puisse s accorder avec des lois iinmuab'cs, et que d'autre part, ils pensent avec nous que ridée d'immutabilité ou tout au moins de régula* rite s'accorde beaucoup mieux avec la perfection idéale de l'être inconnu que nous nommons Dieu, plutôt que l'idée de changement ou d'arbitraire que certaines croyances prétendent lui imposer.
Une seconde erreur générale qui n'est pas moins funeste que la précédente et trompe également nos contradicteurs, c'est de croire que pour que Dieu existe, il faut qu'il soit en dehors du monde. Nous ne voyons sous aucun prétexte la raison de celte prétendue nécessité. Et d'abord, qu'est-ce que cette idée d'une cause souveraine en dehors du monde? Où limitez-vous le monde pour laisser prise à cette idée? Le monde, c'est-àtdire l'espace dans lequel se meuvent les étoiles et les terres, n'est-il pas infini par son essence même? En quelque lieu que vous imaginiez une limite h cet espace, est-ce que au delà le même espace ne se renouvelle pas ? Est-ce qu'il est possible de placer des bornes à l'étendue? Où donc imaginerait-on ce Dieu en dehors du monde ? Est-ce en dehors de la matière que Ton veut dire? Mais qu'est-ce que la matière elle-même? — des groupements de molécules insaisissables. Il est donc impossible de préciser une pareille position. Dieu ne peut pas être en dehors du monde, mais il est dans le même lieu que le monde dont il est le soutien et la vie. Si nous ne craignions l'accusation de panthéiste, nous ajouterions qu'il est « l'âme du monde. » L'univers
vit par Dieu comme le corps obéilàrâme. En vain les théologiens prétendent-ils que Te^ipace ne peui être infini ; en vain les matérialistes s'acharnentils après un Dieu en dehors du monde ; nous soutenons que Dieu, infini, est avec le monde, en chaque atome de Tunivers. Nous adorons Dieu dam la mture.
Cependant nos adversaires combattent éperdu* ment leur fantôme. « Il ne faut pas considérer le gouvernement de l'univers comme un ordre réglé par un esprit en dehors du%nonde, dit Strauss, mais comme la raison immanente aux forces cosmiques et à leurs rapports. » Pour nous, cette raison, nous l'appelons Dieu, tandis que les athées modernes se servent de celte déclaration pour prononcer que Dieu n'étant pas en dehors du monde n'existe pas. « Tout, dit H. Tullle, depuis la teignç (pardon de Tcxpression) qui danse aux rayons du soleil, jusqu'à l'intelligence humaine qui ^ane des masses moelleuses du cerveau, est soumis à des principes fixes. Donc Dieu n'existe pas. » — Donc Dieu existe, concluons-nous, — « Libre à chacun de franchir les bornes du monde visible, dit Bûchner, et de chercher au dehors une raison qui gouverne, une puissance absoluo, une âme du monde, un Dieu personnel, » etc. Mais qui est-ce qui vous parle de cela? a Jamais et nulle part, dit le même homme de lettres, dans les espaces les plus éloignés que le télescope ail révélés, on n'a pu observer un fait formant exception et qui puisse faire admettre la nécessité d'une force absolue.