‹ Dieu dans la natureChapitre 164 sur 167 · U?RE Y. ~ DI · texte numérisé non relu

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sortie intègre de la physiologie, et s'est affirmée dans sa valeur réelle. Les hypothèses qui ont poui but d'assimiler la pensée à une sécrétion de la substance cérébrale ou à un mouvement des nerfs, ont laissé surprendre leur faiblesse. La présence de l'âme nous est apparue dans le phénomène de la folie même. Le génie a été pour nous la plus haute manifestation de la faculté de penser.

La personnalité humaine est venue ensuite s'affirmer dans sa valeur. Nous avons vu que nous existons réellement, et que nous ne sommes pas seulement la qualité variable de la substance du cerveau. L'âme a affirmé son unité et sa personnalité. La contradiction entre cette unité et la multiplicité des mouvements cérébraux, la contradiction surtout entre l'identité permanente de Tâme et le changement incessant des parties constitutives du cerveau, a réduit l'hypothèse matérialiste à sa dernière extrémité. En vain s'est-elle défendue: nous avons constaté la nullité de ses explications devant les grands faits de l'affirmation de notre conscience.

Enfin, pour anéantir jusque dans ses fondements la singulière et triste prétention de soutenir que la matière gouverne l'homme, nous avons discuté, à l'aide des faits et des exemples, s'il est vrai que la volonté et l'individualité ne soient qu'illusion, s'il est vrai que la conscience et le jugement dépendent de la nourriture. Les exemples historiques des énergiques volontés humaines et des grands caractères, du courage, de la persévérance , de la ^ertu, ont fait justice des dernières objections du

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matérialisme contemporain, et montré que les facultés intellectuelles et morales n'appartiennent pas à la chimie, et que Tesprit réside en un monde distinct de celui de la matière, supérieur aux vicissitudes et aux mouvements transitoires du monde physique. Notre âme n'a pas permis que la dignité humaine, la liberté, les principes sacrés du beau, du vrai et du bien fussent ensevelis dans le chaos de l'hypothèse matérialiste.

Cette déclaration des droits de l'âme a pour épigraphe la proposition du docteur angélique: L'âme est la forme du corps, et la contient en acte et en puissance.

Les trois grandes divisions que nous venons de résumer ont eu pour complément naturel et confirmation nos considérations sur la destination des êtres et des choses. Nous avons apprécié l'erreur et le ridicule de ceux qui rapportent tout à l'homme, et l'erreur opposée de ceux qui nient l'existence d'un plan dans la nature. Les lois organisatrices de la vie, la construction merveilleuse des organes et des sens nous ont révélé une cause intelligente dans l'établi ssemenf de la vie sur le globe. L'hypothèse de la formation des êtres vivants sous la puissance d'une force instinctive universelle , l'hypothèse de la transformation des espèces, loin de détruire l'idée du Créateur, ont laissé intactes sa sagesse et sa puissance. Et ainsi le plan de la nature fut annoncé par la construction des êtres vivants.

Le plan de la nature fut affirmé plus éloquem-

5IS UTRE \ . — DIEU.

ment encore par les faits de Tinslinct dans le règne animal, et la création nous est apparue magnifiquement complétée par les lois qui en assurent la durée et la grandeur. Hais en même temps que la présence de Dieu se manifestait avec plus de force à nos yeux, le problème général de la destinée du monde nous apparut plus vaste et plus redoutable, notre insignifiance comparative s'est accusée, et ainsi la conduite de notre plaidoyer nous a ramené naturellement à raffirmation de l'idée dominante de notre point de départ : montrer également l'erreur de l'athéisme et de la superstition religieuse.

Cet examen de la causalité finale a eu pour épigraphe le titre de l'œuvre du grand physicien et philosophe Œrsted : VEsTprit dans la nature.

La force spirituelle qui vit dans l'essence des choses et gouverne l'univers dans ses infinitésimales parties s'est ainsi successivement révélée dans le monde sidéral, dans le monde inorganique, dans le monde des plantes, dans le monde des êtres animés et dans le monde de la pensée. Nous avons l'espérance que l'observateur de bonne foi, dont l'esprit n'est troublé par aucun système, aura saisi dans cet exposé des derniers résultats delà science contemporaine, l'affirmation incessante de la souveraineté de la force et de la passivité de la matière. Nous avons l'intime conviction que l'idée de Dieu s'est présentée à ses yeux plus grande et plus pure que toute image symbolique et dogmatique, et que la création universelle, fille mysté-

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rieuse de la môme pensée , lui est apparue plus immense et plus belle. L'univers s'est développé dans sa réalité, comme la manifestation d'une seule idée, d'un seul plan, d'une seule volonté. Puisse ce tableau de la vie éternelle de la nature en Dieu, avoir éloigné des âmes les erreurs grossières que le matérialisme sème de toutes parts , et avoir affermi nos intelligences dans le culte pur de la Vérité. Puissent nos esprits se pénétrer de plus en plus du Beau manifesté dans la nature, et se sanctifier dans le Bien, en appréciant plus complètement l'unité de l'œuvre divine, en se formant une plus juste idée de notre destinée spirituelle, en connaissant notre rang sur la Terre relativement à l'ensemble des Mondes, en sachant enfin, que notre grandeur est de nous élever sans cesse dans la possession des biens impérissables qui sont l'apanage du monde des intelligences I

Un soir d'été j'avais quitté les versants fleuris de Sainte-Adresse, délicieuse villa maritime suspendue sur le hamac des collines, pour gravir à l'occident les hauteurs du cap de la Hève. Lorsqu'on regarde ces hauteurs du bas des falaises, on croit voir des colosses de pierre rougis par le soleil, des géants immobiles qui assistent, témoins pétrifiés, aux mouvements formidables de la mer, et qui les sentent mourir à leurs pieds. Seuls, ces massifs énormes, inaccessibles du rivage , paraissent dignes de dominer le grand spectacle. À leur

5ft/i UVUE V. — DIEU.

côté, comme en face de la mer, l'homme se voil si petit, qu'il finit bientôt par perdre de vue son existence et par se sentir réuni à la vie confuse qui plane sur le bruit des flots.

J'étais monté progressivement jusqu'au plateau supérieur où les signaux s'élèvent pour annoncer aux navires lointains le mouvement horaire des flots sur le rivage, où les phares s'allument à l'entrée de la nuit comme une étoile permanente sur l'obscure immensité. L'astre glorieux du jour était encore suspendu rougissant, dans les nuées de pourpre, quoiqu'il fût couché pour le Havre, situé derrière moi, et pour les rives planes qui bordent la réunion de la Seine à la mer. En haut, le ciel bleu me couronnait de sa pureté. En bas, la bruyère peuplée d'insectes sautillants élevait sa couche de parfums. Je marchai jusqu'au bord escarpé, au fond duquel se creusent les abîmes. Au bord du cap vertical le regard domine l'immensité des mers qui s'étend à gauche, du sud-est au nordouest, et s'il descend perpendiculairement à ses pieds, il se perd dans la profondeur des escarpements verts, des rochers et des broussailles, rude tapis étendu à trois cents pieds au bas de ce rempart. Le mugissement des flots monte à peine jus que-là, et l'oreille ne perçoit qu'un bruit uniforme dont le vent berce l'intensité murmurante.

C'est un silence que ce chant lointain de la mer. — La nature était attentive au dernier adieu que le prince de la lumière donnait au monde avant de descendre de son trône et de disparaître sous Tho-

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