ÉPILOGUE. —U PRIÈRE UNIVERSELLE
rizon liquide. Calme et recueillie, elle assistait à la prière universelle des êtres ; car ils priaient leur sainte prière de reconnaissance en recevant le dernier regard du bon soleil ; tous, depuis la douce et solitaire méduse , depuis l'étoile de mer aux broderies de pourpre jusqu'aux sauterelles bruissantes, jusqu'à l'alcyon de neige ; tous le remerciaient pieusement. Et c'était comme un encens s'clevanl des flots et de la montagne; et il semblait que les mugissements tempérés du rivage, que la brise qui soufflait du continent, que l'atmosphère embaumée, que la lumière pâlissant dans la sérénité de l'azur, que le rafraîchissement des ardeurs du jour, que toutes choses en ce lieu avaient conscience de leur existence et participaient avec amour à cette universelle adoration...
A cet holocauste de la Terre s'unissait dans ma pensée les attractions des mondes entre eux, nonseulement celles qui rapprochent et éloignent tour à tour notre globe du foyer solaire, mais encore les sympathies de toutes les étoiles gravitant dans rimmensité des cieux. Au-dessus de ma tête se déployaient les harmonies sublimes et les gigantesques translations des corps célestes. La Terre devenait un atome flottant dans TinAni. Mais de cet atome à tous les soleils de l'espace, à ceux dont la lumière emploie des millions d'années à nous parvenir, à ceux qui gisent, inconnus, au delà de la visibilité humaine, je sentais un lien invisible rattachant dans l'unité d'une seule création tous les univers et toutes les âmes. Et la prière immense du
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ciel incommensurable avait son écho, sa strophe, sa représentation visible dans celle de la vie terrestre qui vibrait autour de moi, dans le bruit de la mer, dans les parfums du rivage, dans la dernière note de l'oiseau des bois, dans la mélodie confuse des insectes, dans l'ensemble émouvant de celte scène et surtout dans Fadmirable illumination de ce crépuscule.
Je regardais... Mais j'étais si petit au milieu de cette action de grâces, que la grandeur du spectacle m'accabla. Je sentis ma personnalité s'évanouir devant l'immensité de la nature. Bientôt il me sembla que je ne pouvais ni parler, ni penser. — La vaste mer fuyait à l'infini. — Je n'existais plus et mes yeux se couvrirent d'un voile. Et comme mes joues étaient inondées de pleurs, sans que je sache pourquoi je pleurais, je me sentis précipité à genoux devant le ciel, à genoux et prosterné, la tête confondue dans les herbes. — La mer fuyait à l'infini; et les êtres continuaient leur prière.
Et le Soleil, source de cette lumière et de cette vie, regarda pour la dernière fois par-dessus l'horizon des mers. Et lorsqu'il eut reçu cet hommage de tous les êtres auquel nul d'entre eux n'avait songé à se refuser, il parut satisfait de cette journée et descendit glorieusement vers l'hémisphère des autres peuples.
Alors un grand silence se fit dans la nature. Des nuées de pourpre et d'or, s'envolèrent vers la couche royale et cachèrent les dernières lueurs