ÉPILOGUE. — LA PRIÈRE UNIVERSELLE
rougissantes. Le crépuscule descendit des cieux. Les flols s'assoupirent, car le vent qui les portait sur la grève s'était abattu. Les petits êtres ailés s'endormirent. Et l'étoile avant-courière du soir s'alluma dans rélher.
« 0 mystérieux Inconnu! m'écriai-je, Être grand ! Être immense! qui sommes-nous donc? Suprême auteur de Tharmonie I qui donc es-tu, si ton œuvre est si grande ? Pauvres mites humaines qui croient te connaître ! ô Dieu ! ô Dieu ! atomes, riens ! que nous sommes petits 1 que nous sommes petits !
« Que tu es grand ! Qui donc osa te nommer pour la première fois 1 Quel est donc Torgueilleux insensé qui pour la première fois prétendit te définir! ODieu! ô mon Dieu! toute-puissance et toute tendresse ! immensité sublime et inconnaissable !
« Et quel nom donner à ceux qui vous ont nié, à ceux qui ne croient pas en vous, à ceux qui vivent hors de votre pensée, à ceux qui n'ont jamais senti votre présence, ô Père de la nature !
« Oh I je t'aime ! je t'aime ! Cause souveraine et inconnue. Être que nulle parole humaine ne peut nommer, je vous aime, ô divin Principe ! mais je suis si petit que je ne sais si vous m'entendez... »
Comme ces pensées se précipitaient hors de mon âme pour s'unir à l'alfirmation grandiose delà nature entière, des nuées s'écartèrent du couchant et le rayonnement d'or des régions éclairées inonda la montagne.
« Oui! tu m'entends, ô Créateur! toi qui donne à la petite fleur des champs sa beauté et son parfum! La voix de POcéan ne couvre pas la mienne, et ma pensée monte à toi, ô mou Dieu ! avec la prière de lous. »
Du haut du cap, ma vue s'étendait au sud comme à l'occident, et sur la plaine comme sur la mer. En me retournant je vis les villes humaines à demi couchées sur la plage.
Au Havre, les rues marchandes s'illuminaient, et plus loin, sur la côte opposée, à Trouville, le char du plaisir allumait ses flambeaux.
Et tandis que la nature s'était reconnue devant Dieu pour saluer la mission de Tun de ses astres fidèles, tandis que tous les êtres s'étaient communiqué leurs prières, et que le flot grondant des mers unissait à la brise du soir son action de grâces à la fin de ce beau jour ; tandis que l'œuvre créée, unanime et recueillie, s'était offerte au Créateur ; la créature douée d'une âme immortelle et responsable, — l'être privilégié de la création, — le représentant de la pensée, — MHomme^ vivait à côté, insouciant de ces splendeurs, et se préparait à l'enivrement voluptueux de la nuit prochaine.
FJH