LA GÉOMÉTRIE DAT^S LE MONDE DES ATOMES
elles-mêmes sont composées appartiennent sans métaphore à notre idée de l'infiniment petit.
Or, ces atomes ne changent point; ils sont invariables et immuables ; les molécules des corps composés, dans la formation desquelles ils sont géométriquement associés, ne changent pas davantage, quoique passant incessamment d'un être dans un autre. Par l'échange perpétuel qui s'opère entre tous les êtres de la nature et qui les enchaîne tous sous Tempire d'une communauté de substance, par la communication permanente des choses entre elles, de Tatmosphère avec les plantes et avec tous les êtres qui respirent, des plantes avec les animaux et les hommes, de Teau avec toutes les substances organisées, par la nutrition et l'assimilation qui perpétuent la chaîne des existences, les molécules entrent et sortent sans cesse des corps, changent à chaque instant de propriétaire, mais conservent essentiellement leur nature intrinsèque. Nous le reconnaissons avec nos adversaires : la mx>lécule de fer ne varie point, soit que, incorporée dans la météorite, elle parcoure lunivers, soit qu^elle résonne sur la voie ierrée dans la roue du Ivagon, soit qu'elle jaillisse en globule sanguin aux tempes du poêle. Quel que soit donc le lieu habité transitoirement par les molécules, elles gardent leur nature essentielle et leurs propriétés. Les atomes sont des infiniment petits, toujours séparés les uns des autres, et toutefois enchaînés par cette même force invisible qui relient les sphères sur leurs orbites. La matière entière, organique ou
inorganique (puisque c est la même), obéit d*abord à cette force. Les plus petites parties sont comme des astres dans Tespace ; elles s'attirent Tune l'autre et se repoussent en vertu de leurs mouvements respectifs. Sous le voile de cette matière, qui nous paraît lourde et deiise, nous devons donc saisir la force à laquelle elle obéit, celle qui régit le minéral, qui pèse les éléments, qui ordonne les combinaisons, qui trace des règles absolues, et qui, dirigeant la matière en souveraine, la plie comme une esclave souple et passive aux lois primordiales qui consacrent la stabilité du monde.
Les états de la matière sont réglés par des lois. N*avez-vous jamais admiré les formes caractéristiques de la cristallisation? N'avez-vous jamais examiné au microscope la formation des étoiles de neigeet des molécules cristallines de la glace? Dans ce monde invisible comme dans l'univers visible, chaque mouvement, chaque association s'effectue sous la direction delà loi. Toujours le même angle, toujours les mêmes lignes, toujours les mêmes successions. Jamais les lois humaines n'eurent une obéissance si passive, si absolue. Jamais aucun géomètre ne construisit de figure aussi parfaite que celle naturellement revêtue par la plus humble molécule, de même que nulle rosace parmi les plus élégantes basiliques n'égale la coupe d'une rondelle de tige végétale. Nous ne parlons pas seulement de ses étals physiques. On sait en effet, par exemple, que la fluidité des corps n'est due qu'à la chaleur, et que la vapeur d'eau qui