MENS AGITAT MOLEM
que la sensitive, la dionée» la desmodie, une énergie latente correspondant à notre système nerveux. Il est indiscutable néanmoins que la force physico-chimique, la force végétale, la force animale, l'intelligence, ne sont pas une seule forcematière. Qu'on explique alors comment une molécule est animée successivement par des forces si distinctes? Comment se peut-il faire queTalome de fer, qui maintenant fait partie d'un homme, d'un animal ou d'un végétal, constituait, l'instant d'auparavant, la rouille d'une antique statue, par exemple? S'il est tout à la fois matière et force, et si la force est unique, comment se peut-il qu'elle produise des phénomènes aussi distincts ?
Supérieurement à la matière, existe un principe immatériel qui en est absolument distinct. Un es^ prit anime la matière ^ selon l'expression de Virgile.
Devant l'organisation régulière des êtres terrestres, nous ne pouvons que répéter ce que Ton répondait déjà il y a cent ans au Système de la nature. La matière est passive et incapable de s'ordonner elle-même en un tout régulier. Elle est douée de certaines propriétés qui la rendent susceptible d*obéir à des lois. Or comment une matière aveugle peut-elle avoir des desseins et tendre vers un but? Comment, sans intelligence, aura-t-elle produit des êtres intelligents? Comment se gouvernera-t-elle par des lois pleines de sagesse si elle ne connaît pas la sagesse? Comment un jordre majestueux règnera-t-il entre ses parties si elle ne connaît pas l'ordre? Comment enfin une
utilité sensible se fera-t-elle apercevoir dans toutes ses opérations si elle n'a aucun but ?
Ce sont là autant de problèmes auxquels les ma* térialistes d'aujourd'hui vont essayer de répondre dans le détail de leurs discussions K
^ Tout en pro(44i)aant que la force gouverne ]% substance, npus n'allons pas jusqu'à prétendre avec certains métaphysiciens que la substance n'existe pas et que la lorce seule existe. Nous croyons cette exagération aussi fausse que celle des matérialistes. Écoutons un instant une démonstration métaphysique de la non-existence des corps et de l'étendue *. Si on suppose que l'étendue, aussi bien que la force, convient aux objets de l'expérience et en est un élément inséparable, alors, comme les propriétés de la première sont précisément inverses des propriétés de la seconde, on se trouve avjDir admis implicitement que les contradictoires peuvent coexister en un même sujet : erreur qui est le type mêine du faux et de l'absurde Mais si, au contraii^, on reconnaît que la iorce seule est réelle, d'une réalité absolue et substantielle, tandis que l'étendue n'est rien de plus qu'un acte psychologique, qui seulement, pour apparaître sous le regard de la conscience, roquiert certaines conditions physiologiques et physiques, aussitôt la contradiction se dénoue. De sorte que notre répopse à la question de savoir quelle est la réalité objective de la notion d'étendue, qui parait si étrange au premier abord, est au fond la seule vraiment rationnelle, puisqu'on ne saurait la rejeter sans mettre, pour ainsi dire, la raison aux prises avec elle-même.
Mais, objectera-t-on, cette réponse est en contradiction expresse avec l'expérience, car elle réduit l'étendue à une simple apparence psychologique, tandis que la vue et le toucher, relativement à tous les corps auxquels ils peuvent atteindre, nous attestent une éten* due propre à chacun, et njanifestement extérieure à l'âme. Ne sont-ils pas étendus, ces objets avec lesquels je me trouve en relation : ce corps auquel mon âme est qnie ; cette table devant la* quelle je suis assis; cette maison, cette terre, ce soleil qui m'éclaire, enfin tout l'univers? Une illusion si constante et si générale est--elle possible et même concevable?
Cette objection suppose justement ce qui est en question, répond le philosophe. En effet, que nous apprennent la vue et le toucher sur le degré de réalité de l'étendue corporelle t Que l'étendu» est une qualité du corps en expérience ? Pas le moins du monde, car la perception du corps une fois opérée, il est toujours permis
* Magy, Dâ la science et de la nature
nÈGNK UNIYEaSÊL DB U LOI 83
Pour résumer àofic Tétat de la question et les principes 4e notre réfutation au point de vue du inonde inorganique, nous avons établi que dans le Ciel Gomme sur la Terre, la force régit la matière^ que rtiarmonie est constituée par le Nombre, et
de se demander si Timage de l'étendue qui accompagne cette perception, ne serait pas une simple apparence.
J\ en est ici de cet^e apparence, cqmme 4e certains phénomènes astronomiques, tel que le mouvement du soleil, dont il est aussi ^s4 de rendre compte par la rotation du globe que par celle du soîejl ; quant à l'expérience elle-même, qui est littéralement neutre dans 1^ question, son prétendu désaccord avec i)otre thèse procède, non des faits mêmes qu'on invoque, mais du sens arbitraire qu'on leur attribue implicitement!
Lps éléments constitutifs de la matière sont, de toute nécessité, inétendus et purement .dynamiques.
Lef marnes principes qui nous ont conduits & la vraie théorie de rétendue corporelle, nous suggèrent également l'explicalion de l'étendue incorporelle, c'est-à-dire de l'erpace. L'étendue corporelle est un simple phénomène qui accompagne la réaction naturelle de cette force hyperorganique qu'on appelle l'ftme, contre l'action des forces qui constituent les corps bruts, action dont l'ànie est avertie parles forces organiques de notre corps. Mais si les forces organiques dont le corps humain est le système suscitent en nous l'apparence de l'étendue, quand elles agissent comme intermédiaires entre Tâme et la nature extérieure, ces mêmes forces, par leur action incessante sur l'âme même, à laquelle chacune est si intimement unie, pourraient-elles ne pas provoquer un phénomène analogue, dont il serait difficile a priori d'assigner les caractères spécifiques, mais qui doit infailliblement se rencontrer parmi les jàiénomènes psychologiques? Or, c'est précisément ce qui arrive, et dont nous sommes sans cesse informés par la conscience. La réaction permanente de l'âme contre les forces organiques engendre à tout instant un phénomène homogène à celui de l'étendue corporelle. C'est le phénomène de Vétendue incorporelle ou de l'es pace pur, dans lequel nous localisons naturellement tous les corps.
Le mouvement dans l'espace, comme tout autre phénomène sensible, n'est donc rien de plus que le signe visible d'actions invisibles et de changements non moins inaccessibles â nos organes, dans le mode de co-cxistence des forces.
Mais, de toutes les solutions du problème, la plus remarquable sans contredit est celle de Kant. Ce grand penseur, qui avait tant réfléchi sur les conditions primordiales de la pensée, parmi les-
que le Nombre porte partout avec soi son caractère intellectuel. Mais nulle part Tintelligence créatrice n'apparaît avec une évidence aussi manifeste que dans l'organisation de la vie et dans Fexistence de l'homme. C'est ce que nous allons constater dans les livres suivants.
quelles la notion d'espace lui parut avec raison une des principales, soupçonna le premier que l'espace ne saurait être ni un objet extérieur à nous, comme le supposent les physiciens, ni l'ordre de co-existence des choses, comme l'avait prétendu Leibnitz, mais bien un simple mode du sujet pensant. « La géométrie, dit-il , est une science qui détermine les propriétés de l'espace synthétiquement et néanmoins a pr/on. Or, que doit être la représentation de l'espace, pour qu'à son égard une connaissance de cette espèce soit possible? Une intuition primitive.»
L'espace, pour Kant comme pour nous, conclut l'écrivain, est donc essentiellement une affection psychologique.
D'une part, d'après la loi objective de la connaissance, toutes les idées scientifiques se ramènent aux notions de force et d'étendue, seules vraiment primordiales et irréductibles ; et d'autre part, d'après l'examen approfondi que nous venons de faire subir à ces deux notions, la notion de force représente l'élément substantiel des êtres, et celle d'étendue un mode purement subjectif de noire nature.
Ainsi parlent encore les partisans de l'interprétation purement subjective.
On peut à cet égard faire une. remarque assez curieuse et qui sufûrait pour répondre à cette théorie légèrement exagérée : c'est que si l'étendue n'existe pas, les corps ne sauraient en occuper une partie, comme on l'enseigne en physique. 11 suit simplement de là que nous n'occupons pas de place et que nous ne sommes Ja* mais nulle part !
Pour le premier point, avis aux constructeurs de théâtres. Pour le second point, les malfaiteurs pourront, si bon leur semble, l'appliquer à leur justification métaphysique.
Ces arguments ressemblent fort à ceux qu'emploient les pbraséologues modernes qui renouvellent des querelles de mots en croyant discuter des laits. Par exemple, ceux qui répètent avee Broussais que Dieu et l'âme n'existent pas parce que le langage humain les désigne quelquefois sous des termes négatifs! Autant vaudrait dire que la matière n'existe pas parce qu'on la qualifie de la propriété d'être impénétrable, et que ce mot est négatif |
Rn vérité, c'est de la logomachie.