‹ Dieu dans la natureChapitre 39 sur 167 · ORGANISATION VITALE DE LA TERRE · texte numérisé non relu

ORGANISATION VITALE DE LA TERRE

se rattacher à la vie des poissons. Et si nous nous bornons à des divisions moins tranchées, il ne semble pas qu'il y ait un rapport immédiat enlro la vie de l'homme et celle des vé'gétaux ou des herbes qui tapissent les prairies et les bois. Cependant en réalité la vie de tous les êtres qui peuplent la terre, hommes, animaux, plantes, est une vie unique, un même système dont Pair est le milieu, dont le sol est la base; et cette vie universelle n'est autre chose qu'un incessant échange de matières. Tous ces êtres sont constitués des mêmes molécules, qui passent successivement et indifféremment de Fun à l'autre, de telle sorte que le corps d'aucun être ne lui appartient en propre. Par la respiration et par Palimentation, nous absorbons chaque jour une certaine quantité d'aliments. Par la digestion, les sécrétions et les excrétions, nous en perdons une même quantité. Notre corps se renouvelle ainsi, et après un certain temps, nous ne possédons plus un seul gramme du corps matériel que nous possédions auparavant : il est entièrement renouvelé. C'est par cet échange que s'entretient la vie. En même temps que ce mouvement de rénovation s'opère en chacun de nous, il s'opère également en chacun des animaux et en chacune des plantes. Les millions et les milliards d'êtres qui vivent à la surface du globe sont par conséqyent en mutuel échange d'organismes. Tel atome d'oxygène que vous respirez présentement fut hier peut-être expiré par l'un de ces arbres qui bordent la lisière du bois. Tel atome d'hydrogène qui

n LIVRE II. — LA \1E.

humecte à présent Toeil inspecteur d'un lion du boulevard, mouillait peut-être il y a quelque temps les lèvres de la plus virginale des vierges de la prude Albion. Tel atome de carbone qui brûle actuellement dans mon poumon brûlait peut-être aussi dans la chandelle dont se servit Newton pour ses expériences d'optique; et peut-être que le phosphore qui formait les fibres les plus précieuses du cerveau de Newton gît présentement sous la coquille d'un huître où dans Tune de ces myriades d'animalcules microscopiques qui peuplent la mer phosphorescente. L'atome de carbone qui s'échappe actuellement de la combustion de votre cigare est peut-être sorti, il y a quelques années, du tombeau de Christophe Colomb, qui repose, comme vous savez, dans la cathédrale de la Havane. La vie terrestre tout entière n'est qu'un immense échange de matières. Physiquement rien ne nous appartient en propre. Notre être pensant seul est à nous, est nous. Lui seul nous constitue véritablement, immuablement . Quant à la substance qui forme notre cerveau nos nerfs, nos muscles, nos os, nos membres, notre chair, elle ne nous reste pas, elle vient, elle va, elle passe d'un être à l'autre. Sans mélaphorcy les plantes sont nos racines, par elles nous puisons dans les champs l'albumine de notre sang et le phosphate de chaux de nos os ; l'oxygène que leur respiration nous envoie nous donne notre force et notre beauté, et réciproquement l'acide carbonique que notre respiration envoie dans l'air pare de verdure les collines et les vallées.

ORGANISATION VlTALIi; DE LA TERUE. %1

Lorsqu'on possède lo sentiment profond de cet* échange universel de matière, qui rend frères, au point de vue de la composition organique, Toiseau et l'arbre, le poisson et le rivage, Thorame et le lion, on considère la nature sous l'impression de la grande unité qui préside à la marche des choses ; elle se trouve ainsi entière'^^-^int transfigurée. C'est avec un intérêt plus intiiu. que l'on se représente le système général de la vie terrestre. A. de Uuînboldt nous en a tracé la physionomie dans une cs« quisse à grands traits, qui mérite d'ouvrir des considérations spéciales sur la Tie. «Lorsque Thomme interroge la nature avec sa curiosité pénétrante, dit-il S ou mesure dans son imagination les vastes espaces de la création organique, de toutes les émotions qu'il éprouve, la plus puissante et la plus profonde est le sentiment que lui inspire la pléni- (ude de la vie universellement répandue. Partout et jusqu'auprès des pôles glacés, l'air retentit du chant des oiseaux et du bourdonnement des insectes. La vie respire non-seulement dans les couches inférieures de l'air où flottent des vapeurs épaisses, mais dans les régions sereines et éthérées. Toutes les fois que l'on a gravi, soit le dos des Cordillères du Pérou, soit, sur la rive méridionale du lac de Genève, la cime du mont Blanc, on a trouvé dans ces solitudes des êtres animés. Nous avons vu sur le Chimborazo , à des hauteurs qui dépassent de près de 2,600 mètres le sommet de l'Etna, des

* Tableaux de la nature, IW. lY.

papillons et d'autres insectes ailés* En supposant même qu'ils eussent été entraînés par des courants d'air ascendants, et qu'ils errassent en étrangers dans ces lieux où l'ardeur de connaître conduit les pas timides de l'homme, leur présence proute néanmoins que, plus flexible, Torganisation aifiimale résiste bien au delà des limites où expire la végétation. Nous avons vu soutent le géant des vautours, le oondor, planer au-dessus de nos têtes, plus haut que la croupe neigeuse des P jrénéea que surmonterait le pic de Ténériffô, plus haut que toutes les cimes des Indes. Ce puissant oiseau était attiré par sa rapacité à la poursuite des vigognes au lainage soyeux, qui, réunis en troupeaux, errent, comme les chamois, dans les pâturages couverts de

neige. »

Cette vie, que l'œil aperçoit répandue dans toute l'atmosphère, n'est qu'une faible image de la ?ie plus compacte révélée par le microscopei Le^ vents enlèvent de la surface des eaux qui s'évapdrent une multitude d'animalcules invisibles, immobiles, et offrant toutes les appaf^enoes de la mort^ œs êtres flottent suspendus dans les airs jusqu'à ce que la rosée les ramène à la terre nourrissante, dissolve l'enveloppe qui enferme leur corps, et^ grâce sans doute à Toxygène que l'eau contient toujours, communique à leurs organes une nou^velle irritabilité. Des nuées d'organismes microscopiques traversent les régions aériennes de l'Atlantique et transportent la vie d'un continent à l'autre.

Nous pouvons ajouter, avec l'auteur du Cosmos^

VIE APPARENTE ET VIE INVISIBLE. ft5

qu*indépenda!nment de ces existences, ratfnosphère contient encore des gerrties innombrables de vie future, des œuft d'insectes et des œufe de plantes, qui, soutenus par des couronnes de poils ou de plumes, partent pour les longues pérégrina* lions de Fatilomne. La poussière fécondante que sèment les fleufs masculines dans les espèces où les sexes sont séparés, est portée elle-même par les vents et par des insectes ailés, à travers là terre et les mers, jusqu'aux plantes féminines qui Vivent dans la solitude. Partout où Tobsêrvatcur de là nature plonge ses regards, il rencontre ou la Vîé ou un germe prêt à la recevoir.

Les fbrme^ organiques pénétrent dans le sein dé la terre à de grandes profondeurs, partout où les eaux répandues à la surface s'infiltrent à travers les cavités provenant de la nature, ou creusées par le travail des hommes.

On ne peut dire d'une manière certaine quel est le milieu où la vie est répatidue avec le plus de proftision. Elle remplît l'Océan depuis les mers tropicales jusqu'aux glaces fixes ou flottantes du pôle antarctique. L'air est peuplé de germes invisibles, et le sol est fouillé par des myriades d'espèces, tant anirtïalcs que végétales.

Les végétaux tendent incessamment à disposer dans des combinaisons harmonieuses la matière brute de la terre ; ils ont pour office de préparer et de mélanger, en vertu de leur force vitale, les substances qui, après d'innombrables modifications^ seront élevées à Tétat de fibres nerveuses.

96 MVnE II. — LA VIE.

Le même regani, en embrassant la couche végétale qui recouvre la terre, nous dévoile la plénitude de la vie animale, nourrie et conservée par les plantes.

C'est par Tinlcrmédiaire de Tair que s'opèrent ces incessantes et universelles transformations, et les éléments ne peuvent passer d'un corps dans un autre sans tia verser ce grand médium. Cette proposition est si exacte que les physiologistes disent depuis longtemps que tout être vivant sur la terre est de l'air organisé. Comment s'opère cette organisation? On sait depuis Lavoisier que la respiration de Phomme et des animaux est un acte analogue aux combustions par lesquelles nous nous chauffons et nous nous éclairons. Insistons un instant sur ce point. La respiration, disait M. Riche à Tune des soirées scientifiques de la Sorbonne, est le résultat de l'élément actif de Tair, de Toxygène, avec le carbone et l'hydrogène des aliments, comme la combustion est le résultat de l'union de ce même oxygène avec le carbone et l'hydrogène de la bougie, du bois et des autres combustibles. La respiration se déclare sous Tinfluence de la vie, tandis que la combustion pro« promeut dite a lieu sous Tinfluence d'une chaleur intense. L'un et l'autre de ces actes ont pour effet une production de chaleur, c'est la chaleur dégagée par la respiration qui entretient notre corps à une température de 37 degrés, nécessaire au maintien de la vie.

Lavoisier, Licbig, ont montré depuis longtemps

RESPIRATION ET ALIMENTAIION M

que loul animal est un foyer, (oui aliment un cornbuslible. Si la respiration ne s'accompagne pas, comme la combustion , de lueurs d'incandescence, c'est parce qu'elle est une combustion moins active que l'autre, une combustion lenle. Toute lente qu'elle est, elle équivaut cependant à celle d'une assez forte dose de charbon. Un homme brûle de 10 à 12 gr. de carbone par heure, 250 gr. environ par jour, plus une certaine quantilé d'hydrogène.

La combustion et la respiration vicient l'atmosphère en détruisant son principe salubre, Toxygène, et en le remplaçant par un gaz méphitique, l'acide carbonique, et d'autres causes déversent encore d'une façon permanente ce produit insalubre dans les couches d'air que nous habitons. Desexpériences laites sur la vapeur d'eau condensée sur des fenêtres dans les théâtres de Paris, montrent en elle une combinaison particulièrement méphitique et insalubre.

La race humaine enlève à Tair chaque année 160 milliards de mètres cubes d'oxygène et les remplace par le môme volume d'acide carbonique. L;i respiration des animaux quadruple ce résultat. La houille seule qu'on retire du sol fournit environ lUO milliards de mètres cubes d'acide carbonique, el les autres combustibles augmentent considéra* blement ce nombre. Les décompositions augment(înt encore ce chiffre; cependant ce gaz ne s'y rencontre que dans la très-minime proportion de 4 à 5 litres pour 100 hectolitres. L'acide carbonique est solubled'msTeau. La pluie dissout ce gaz en tra«

versant Tair ellentraîne dans les ruisseaux, puis dans les fleuves et enfin dans les mers. Là, ce gaz carbonique s'unit à la chaux ;- il en résuHe du carhonate de chaux, pierres calcaires, marbres, albâtre, onyx, polypiers, etc.

Les végétaux remplissent, sur une échelle immense, une fonction inverse de la respiration des animaux, fonction très-essentielle à la conservation de l'harmonie de la nature, car non-seulement elle fixe l'hydrogène de Teau, soustrait Facide carbonique à l'air, mais encore elle lui restitue Foxygène. (Une feuille de nénuphar donne en dix heures, quinze fois son volume d'oxygène.)

Quelles transformations les végétaux font- ils subir au carbone, à l'hydrogène, à l'azote, dont ils ont débarrassé Tair ? Ils en façonnent mille produits divers. La nature, en unissant cinq molécules de charbon et quatre molécules d'hydrogène, forme dans le citron et dans le sapin deux essences qui tout en diflérant si radicalement d'odeur, ont cependant la même composition. La nature ajoute souvent de l'oxygène à ces deux éléments. Ainsi elle soude douze molécules de charbon et dix molécules d'hydrogène et d'oxygène, et elle forme à son gré, soit le principe du bois, soit le principe de la pomme de terre. D'autres fois, son travail est plus complexe encore ; elle réunit les quatre éléments : charbon, hydrogène, oxygène, azote; et il en résulte les produits les plus différents, d'excellents aliments comme le blé, des poisons très-actifs comme la strychnine*

SOLIDARITÉ ENTaE LES PLANTES ET LES ANIMAUX. 99

S'explique-t-on, par exemple, qu'en ajoutant un équivalent d'eau à la substance caractéristique du bois, la cellulose (C"H*^, la nature forme du sucre (C«H'*0") ?

La nature produit en silence ces merveilleuses synthèses sous Tinfluence de la vie.

Le règne végétal est une usine immense. Sous Faction de la chaleur solaire tous les rouages se mettent en mouvement. Comme le mécanicien alimente sa locomotive, la nature renou< velle le charbon et les principes de l'air, et cd sont ces principes qui se changent en bois ou en amidon, en sucre ou en poison, qui forment la chai? savoureuse des fruits, le parfum subtil des fleurs, la dentelle des feuilles, le tissu coriace du bois. Les animaux se nourrissent des végétaux ; ils gazéifient cet air solidiûé et le ra* mènent à Tatmosphëre, où il recommence ce cercle de transformations, que Tair, ce lien universel, ce premier agent de la vie ne laisse jamais interrompre.

La comparaison de la combustion animale par la respiration à celle des combustibles dans un fourneau, soutenue pour la première fois par Liebig ^ est exacte si Ton ne s'en forme pas une image matérielle rappelant le feu de cet appareil. Dans ranimai, le corps entier brûle peu à peu ; or, on sait que le fourneau ne brûle pas ; dans Fappareil humain, combustibles et enveloppe, tout l>rûle

« Liebig, Chemmhe BrUfe, 400.

ensemble. Il est plus juste de prendre la bougie ou la lampe pour point de comparaison.

La chaleur est la mesure de la vie. Descartes avait anticipé sur le progrès de Texpérience en écrivant cette pensée significative : « Il ne faut concevoir dans les machines humaines aucune autre âme végétative ni sensitive, ni aucun autre principe de mouvement et de vie que son sang et ses esprits agités par la chaleur du feu qui brûle continuellement dans son cœur et qui n'est point dune autre nature que tous les feux qui sont dans les corps inanimés. » (On sait que Descartes, comme Platon, considérait Fâme humaine comme retirée dans son sanctuaire au fond de nousmêmes et comme en opposition avec la matière. La vie et la fonction organique dépendaient entièrement du corps; la pensée seule restait Tatlribution de Fesprit.)

Tel est sommairement le rôle de Tair dans la nature ; tels sont les végétaux, physiciens et chimistes habiles, qui nous préparent à la fois l'alimentation, la respiration, le vêtement, le combustible et les éléments matériels de notre terrestre existence. Aussi, au point de vue de notre sentiment personnel à Tégard de la nature, concluons avecTorateur de la Sorbonne cité plus haut, que désormais, lorsque nous regarderons dans nos jardins l'herbe naissante, nous n'admirerons pas seulementla teinte fraîchede ce riant tapis de veidure et lagrâcedes fleurs dont il est émaillé. Nous élèverons plus haut nos pensées, nous songerons que chacun

SOLIDARITÉ ENTRE LES PLANTES ET LES ANIMAUX. iOi

de ces brins d'herbe que nous foulons aux pieds est un bienfaiteur silencieux, car si d*une part nous contribuons à Fembellir en lui fournissant Tacide carbonique sans lequel il s'étiolerait, lui, de son côté nous donne bénévolement tout ce qui est nécessaire à notre vie matérielle ; nous songerons que cette harmonie est d'une perfection sublime, car si des contrées sont plongées pendant de longs mois dans les rigueurs de l'hiver, les vents établissent entre ces pays déshérités et les nôtres un échange incessant qui amène dans nos bois, sur nos prairies, l'acide carbonique produit par la respiration du Lapon et de l'Esquimau, et qui rapporte à cet habitant du pôle Toxygéne qu'exhalent les milliers de bouches de nos végétaux.

Si nous suivons Félévation graduelle de la matière, nous reconnaissons avec les physiologistes en général et avec Moleschoit en particulier le procédé suivant de l'échange de matières:* L'am* moniaque, l'acide carbonique, l'eau et quelques sels, voilà toute la série des matières avec lesquelles la plante construit son propre corps, dit judicieusement ce dernier. L*albumine et la dextrine se forment aux dépens de ces combinaisons simples par l'effet d'une déperdition continue d'oxygène. Ces deux substances se dissolvent dans les sucs de la plante, qui par ce fait deviennent capables de les porter dans les régions les plus différentes, à travers la tige, les feuilles et les fruits. Aux dépens de l'albumine prennent naissance

d'autres corps albuminoïdes, la Icgnminc, le glu-

102 LIVRE h. « U VIE.

len et Talbuinine végétale coagulée ; ces deux dernières substances se déposent à Tétat insoluble dans la graine. L'albumine, le sucre et la graisse sont les matériaux organiques qui servent à construire l'animal. Le sang de l'animal estunesolution d'albumine, de graisse, de sucre et de sels. Une absorption d'oxygène, qui devient de plus en plusforle change l'albumine en fibrine des muscles, en principes réductibles, en colle des cartilages et des os, en la substance de la peau et des poils. Ces substances, avec de la graisse, des sels et de Teau, forment la totalité du corps do l'animal. — Au môme titre que la recomposition progressive , la désassimilation elle-même est un phénomène d'une évolution graduelle. Dans la plante, l'albumine, le sucre et la graisse se décomposent en alcaloïdes, en acides, en matières colorantes, en huiles volatiles, en résine, en azole^ en acide carbonique et en eau. Dans l'animal les mômes substances se résolvent en leucine, syrosine, créatine, créatinine, hypoxanthine, acide urique, acide formique, acide oxalique, urée, ammoniaque, acide carbonique et en eau. Hors du corps, l'urée se décompose en acide carbonique et en ammoniaque, »

Ainsi, gi*âce à la vie elle-même, les plantes et les animaux retournent à leur source. Après la mort, la désassimilation est encore une évolution non moins régulière que pendant la vie. La matière glisse seulement sur d'autres degrés, jusqu'à ce qu^cnfin elle arrive au terme de la décomposition.

Ll CORPS YIYAHT. 103

La pulréfaolion n'est pas autre chose qu'une combustion lente des matiàres organiques, qui se passe en dehors du corps vivant. Elle continue une sorte de respiration après la mort; et chaque atome retourne à la formation ou à Tentrelien d'autres corps.

Telle est Tesquisse chimique de l'échange de la vie dans les deux règnes organiques ; abordons maintenant le sujet particulier de l'existence dans le règne animal. Dans ces nouveaux faits d'observa* tiens, comme dans les précédents, nous sommes d'accord avec nos adversaires. Mais attendons les conséquences. Voici, d'après l'auteur delà Circula" lion delà vie lui-même, qui se base sur les récents travaux des physiologistes allemands, le procédé général de la désassimilationdans l'animal, ou pour parler plus intelligiblement, les phénomènes principaux de réchange de matières qui constitue la vie. Il s'agit particulièrement ici du corps humain, qui nous intéresse davantage*.

On sait aujourd'hui que l'histoire de révolution des aliments et des matières rejetées au dehors après avoir servi à l'assimilation, est l'essence même de la physiologie de l'échange des matières. La digestion et la formation des tissus sont comprises entre deux limites : les substances ali* mentairos et les parties constitutives des sécrétions.

C'est ainsi que touales éléments anatomiques du

* Kreislaufdes Lebensp Brief xn.

i04 LIVRE II. — LA VIE.

corps se décomposent pour se rajeunir sans relâche. L'oxygène que nous inspirons passe de la bouche dans la trachée artère, celle-ci se ramifie et ses derniers ramuscules déliés sont pourvus de vésicules latérales et terminales qui ne communiquent entre elles que par l'intermédiaire du ramuscule du tube aérien qui les porte. De ce tube Foxygène passe dans les vésicules pulmonaires, de celles-ci il passe dans le sang à travers la double paroi des vésicules et des vaisseaux capillaires, puis avec le sang il entre dans le cœur. Ensuite le cœur pousse le sang imprégné d'oxygène dans toutes les parties du corps, à travers les artères de la grande circulation qui tient le corps entier sous sa dépendance. Enfin Toxygène pénètre dans les tissus à travers les parois des vaisseaux capillaires qui terminent les artères.

Dans le même temps, s'exécute un phénomène inverse. L'acide carbonique provenant du sang, et l'air atmosphérique inspiré s'échangent d'après les lois générales de réchange des gaz, dans les cavités des poumons, des bronches et du tronc aérien lui-même. Puis les mouvements de la respiration produisant le rétrécissement de la poitrine, une colonne d'air chargée d'acide carbonique est expulsée; puis après une courte pause, une inspiration suit celte expiration, la poitrine s'élargit, un air riche en oxygène remplace l'air expulsé qui avait perdu une partie du sien, et le phénomène recommence de nouveau.

On peut considérer les poumons comme une ban-

COMMENT LE CORPS VIT. i05

que. L'acide carbpnique estlivré au monde extérieur pour servir d'aliment aux plantes, L*oxygène est échangé contre l'acide carbonique. Le sang approvisionné d'oxygène s'écoule des poumons vers l'oreillette gauche du cœur, et delà dans toutes les régions ducorps. Alors recommence lacombustion générale qui, ici sous forme de nutrition, là sous celle de désassimilation, met en jeu les fonctions principales.

On peut mesurer l'intensité de l'échange des matières qui s'est opéré dans un homme, par la quantité d'acide carbonique, d'eau et d'urée qu'il élimine dans un temps donné. La rapidité de Téchange des matières est la mesure de la vie. L'intensité la plus forte de cet échange se place dans la période de la vie qui va de 50 à 40 ans. C'est à cet âge en moyenne que l'activité créatrice de l'homme atteint son apogée.

Les poumons et les reins ne sont pas les seuls organes qui éliminent les produits de désassimila* lion ; il faut leur adjoindre la peau et le rectum. Les .cheveux qui tombent, l'épiderme qui se desquame à l'intérieur du corps aussi bien qu'à Textérieur, les ongles que nous coupons multiplient les points d'élimination des principes azotés.

L'activité éliminatrice des poumons et des reins s*élèye au quinzième du poids total des excrétions et surpasse de beaucoup celle des intestins.

Plus l'activité est grande, plus la désassimilation est prompte. Les hommes occupés à des mouve^

ments corporels éliminent par la peau, en 9 heures, autant d'acide carbonique qu'à l'état de repos en 34 heures. Dans un cheval au trot, l'élimination est 117 fois plus grande que celle du repos. Un coureur anglais qui avait parcouru en 100 heures un chemin qui en aurait exigé 500 pour une marche ordinaire, n'avait pas perdu après cet effort moins de 14 kilogrammes du poids de son corps.

L'exercice de la pensée fatigue autant et plus que Teffort corporel. L'expression dont on se sert quand on parle des hommes à pensée ardente est juste. Un accroissement du travail de l'esprit produit une augmentation de l'appétit tout comme le ferait un mouvement musculaire intense. L'appétit n'est qu'un symptôme d'un appauvrissement du sang et des tissus, apprécié au moyen d'une sensation. L'activité cérébrale, comme le travail des membres, augmente l'élimination par la peau, les poumons et les reins.

Le sang abandonne constamment ses propres parties constitutives aux organes du corps. L'activité des tissus décompose ces éléments en acide carbonique, en urée et en eau. Enfin les matières excrémentielles traversent constamment le courant de la circulation pour gagner les poumons, les reins, la peau et le rectum d'où elles sont rejetées hors du corps. Il est donc nécessaire que les tissus et le sang subissent par la marche régulière de la vie une déperdition de substance, qui ne trouve de compensation que dans le dédommagement fourni par les aliments

Page 1