L'ORGANISME
mais démontrée par ces mêmes transformations. Mais avant d'entrer dans la discussion, il nous plail de poser d*abord une simple remarque à TailCrmation si positive de nos adversaires, qui proclament avec tant d'assurance, comme une vérité incontestable, que les molécules matérielles existent seules, et qu'elles seules constituent Tètre vivant, de sa naissance à sa virilité, et de sa virilité à sa mort. Vous affirmez, d'une part, que le corps vivant n'est autre chose qu'un ensemble de molécules ; d'autre part, vous dites que le corps tout entier se rajeunit tous les mois* Or, il nous semble qu'il est difficile de concilier ces deux propositions. Comment expliquez-vous que le corps vieillisse ? ce corps matériel, en tant que molécules chimiques, n'a jamais plus d'un mois d'âge. Le tourbillon vital, comme l'appelle Cuvier, qui se succède incessamment sous et dans notre peau, notre chair même, notre sang, nos os, nos cheveux, nos visages, notre corps entier, est comme un vêtement qui redeviendrait neuf de lui-même. Le corps du sexagénaire ou de l'octogénaire n'a qu'un mois, tout aussi bien que celui de l'enfant qui commence à marcher. Les corps sont donc toujours neufs, et certes, nous ne pouvons nous empêcher d'admirer cette loi ingénieuse de la nature. Cependant, il est incontestable qu'il y a sur la terre des gens de tout âge, depuis ^e berceau jusqu'à la tombe. Vous, monsieur Moleschotl, vous avez quarante-cinq ans, je crois. Vous, monsieur A. Comte, vous compteriez soixante-dix* neuf hivers. Vous, monsieur Vogt, vous êtes ne
Tan de grâce 1817. Nous sommes chacun de différents âges. Moi, je suppose, j'ai moins de vingt lustres sur la tête. Monsieur Schopenhauer les aurait bientôt. Or, s'il est vrai que notre corps se rajeunisse ainsi mensuellement — ou annuellement si Ton préfère — qu'est-ce qui vieillit en nous?
Encore une fois, ce ne sont pas les molécules constitutives de notre corps, qui, il y a quelque temps, ne nous appartenaient pas encore, qui faisaient partie du poulet, de la perdrix, du grain de blé, du sel, du bœuf, de la volaille, du mouton, du vin, du café que nous avons absorbés, molécules qui, du reste, sont immuables, et qui, chose morte, ne vieillissent pas. Donc, il y a en nous autre chose que ces molécules. Notre organisme a vieilli.
Continuons, et entrons maintenant dans le sujet même de la discussion. Permettez-nous d'abord de remarquer qu'à chaque instant, la faiblesse de votre système se traduit dans l'inconséquence forcée de vos expressions.
Vous appelez vous-même la vieillesse un manque d'équilibre entre la recomposition et la désassimilation. Vous appelez la vie pleine et normale IV^ilibre entre les fonctions. Tant que l'équilibre existe entre la sanguifîcation et Pélimination, enseignezvous, le corps ne souffre aucune altération dans sa provision générale de matière. Cet équilibre se maintient dans rechange de matières de l'adulte. On peut peser le corps d'un homme de trente à qua* rante ans, successivement et à de longs intervalles, sans coîîçtater une augmentation ou une diminu-