‹ Dieu dans la natureChapitre 43 sur 167 · ÉQUILIBRE DES FONCTIONS VITALES · texte numérisé non relu

ÉQUILIBRE DES FONCTIONS VITALES

tion de poids qu on ne puisse expliquer par une recette ou une dépense qui Taurait immédiatement précédée. Fort bien. Mais qui organise cet équili-bre^ je vous prie ? Vous prétendez qu'il n'y a nulle force intérieure présidant en nous à cet incessant renouvellement des molécules. Mais c'est une prétention vaine et insoutenable. L'hypothèse purement matérialiste de la vie, l'assimilation de la circulation des molécules au mouvement de la vapeur dans l'alambic ou de l'électricité dans les tubes de Geissler n'explique ni la naissance, ni l'accroissement, ni la vie, ni la décadence, ni la vieillesse, ni la mort.

Pour qu'il y ait équilibre, pour qu'il y ait organisation dans l'agencement des molécules, il faut qu'il y ait direction. Au surplus, pas plus que Cuvier ou Geoffroy Saint-Hilaire, vous ne niez cette direction. Or, pour qu'il y ait direction, il faut qu'il y ait force directrice. Osérez-vous soutenir le contraire? Cette force directrice n'est pas un amalgame de propriétés confuses; elle est une, elle est souveraine, elle est nécessaire, et c'est elle qui régit le tourbillon vital, comme c'est l'attraction qui régit le tourbillon des sphères planétaires.

S'il n'y avait pas en nous une force directrice, comment se ferait-il que le corps se forme et grandisse, suivant le type organique, de la naissance à la jeunesse? Pourquoi, au delà de la vingtième année, ce corps, qui absorbe autant d'air et de nourriture que précédemment, cesse-t-il de grandir ? Qui distribue harmoniquement toutes les sub-

ilO UYRE II. — LA VIE.

Stances assimilées? Après la croissance en hauteur, qui détermine la croissance en épaisseur? Qui donne la force à Thomme mûr, et qui répare perpétuellement les rouages de la machine animée?

Sans une force organique, typique, vitale (nous ne tenons pas au mot), comment pourrait-on expliquer la construction d'un corps? M. Scheffler nous répond par les forces chimique et physique : « Chacune de ces forces, dit-il, exerce sur les autres une influence par laquelle tout l'organisme reçoit, dans toutes ses parties, une certaine uniformité d'un ordre plus élevé. Les actions spéciales des forces individuelles se réunissent ensuite en un effet total et forment une résistance qui coordonne la multiplicité des parties en un tout unitaire, où se dessine le type fondamental de toute propriété individuelle.» Voilà qui est fort lumineusement expliqué. Seulemafit, comment toutes ces merveilleuses combinaisons peuvent-elles se produire, en l'absence d'une unité virtuelle organisatrice? Qui construit cet organisme ? Comment les propriétés de la matière peuvent-elles travailler sur un plan, d'après une idée qu'elles ne peuvent avoir? Comment l'organisme sait-il si bien choisir les aliments qui lui conviennent? Qui détermine la reproduction fidèle de Tespèce? Est-il donc plus facile d'admettre ' tous ces hasards, remarquerons-nous avec M. Tissol, plutôt que de supposer un principe essentiellement actif, doué d'une puissance organisatrice, ayant la faculté d'exercer cette puissance dans le sens de tel ou tel type spécifique? —

LA Matière seule n explique rien. ii7

« Dans rhomme, répond-on, dans son contenu matériel et dans les substitutions de substances (Stoffwechsd) qui s'opèrent en lui, la fonction cliimique a son rôle ; elle produit les particules corporelles qui sont en état de servir de support ou de substratum à tout l'édifice. La force vitale qui résulte de toutes ces combinaisons Forganise. De cette , organisation résulte la force spirituelle. » Yoilàbien des détours pour ne rien expliquer.

Plusieurs matérialistes, au nombre desquels nous citerons Mulder, sourient de la doctrine de la force vitale et comparent celte force « à une bataillelivrée par des milliers de combattants, comme s'il n'y avait en activité qu'une seule force qui fit tirer les canons, agiter les sabres, etc. L'ensemble de ces résultats, ajoute Mulder, n'est pas le résultat d'une seule force, d'une force de bataille^ mais la somme des forces et des combinaisons innombrables qui sont en activité dans un pareil événement. x> On en conclut que la force vitale n'est pas un principe, mais un résultats

La comparaison ne manque pas de justesse ; elle a, de plus, l'inappréciable finesse de servir non à ceux qui l'imaginent, mais à nous-mêmes, qui n'avons pas eu la peine de la chercher. 11 est clair, en effet, que ce qui constitue la force d'une armée et ce qui gagne la bataille, ce n'est pas seulement le jeu particulier de chaque combattant, mais surtout la direction du combat, Tintelligence du général en chef, le plan de la bataille, Tordre souverain qui, du front de l'organisateur, rayonne sur chacun des

chefs et descend par bataillons jusqu'aux soldats, numéros-machines enrégimentés. A qui persuadera-t-on que ce n'est pas Napoléon qui gagna la victoire d'Austerliti? Demandez à M. Thiers (qui le sait peut-être mieux que Napoléon lui-même) si ces batailles que Ton n'oublie pas, aussi bien celles qui sont gagnées à nombre égal que celles qui sont em* portées par surprise, ne révèlent pas, au-dessus de la valeur personnelle de chaque guerrier, le génie tristement célèbre qui parvient à coucher en un clin d'œil, dans les ténèbres de la tombe, des milliers d'hommes à Tapogée de leur force et de leur activité.

S'il est nécessaire qu'une armée soit gouvernée par un chef et qu'une discipline sévère embrasse Sous la même unité des milliers de soldats, à plus forte raison est-il nécessaire qu'une force gouverne la matière et réduise à l'unité harmonique du corps les milliards de molécules qui le composent successivement. C*est par cette force seule que le corps existe, de même qu'un régiment n'est en quelque sorte qu'un être abstrait, existant en vertu de la loi et non point par l'importance de chaque homme. Les conscrits arrivent, les anciens s'en retournent, et en sept ans, le régiment est renouvelé. Dans l'intervalle, des congés temporaires et des engagements particuliers établissent encore une autre modification dans les molécules constitutives de l'armée. (Pardon du mot) chaque soldat, chaque officier, n'est autre chose qu'un numéro , leur personne ne compte pas ; les officiers peuvent

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