‹ Dieu dans la natureChapitre 44 sur 167 · U DIRECTION DANS L'ORGANISME · texte numérisé non relu

U DIRECTION DANS L'ORGANISME

être assimilés aux zéros de Tordre décimal ; poui parler plus galamment, ce sont des chefs de dizaines et de centaines; mais leur personnalité ne compte guère plus que celle du voltigeur. Les colonels eux-mômes changent sans que le régiment cesse pour cela d'exister dans sa forme identique, les généraux subissent également ces transmutations qui ne mettent pas en danger l'existence des brigades et des divisions. La hiérarchie militaire est une unité. C'est là ce qui fait sa force. Quant aux parties constitutives de cette unité, on ne les connaît pas. Il est incontestable qu'un colonel à la tête de son régiment, ou un général non retraité ont plus d'importance au point de vue du service, qu'un simple grenadier, de même qu'un atome de graisse cérébrale a plus d'importance qu'une rognure d'ongle. Mais ce qui constitue le tronc ou le nœud d'embranchement d'un arbre aux branchés étendues ne constitue pas pour cela l'arbre tout entier. La comparaison de nos aaversaires convient donc mieux à notre thèse qu a la leur. /

Quel est l'homme instruit, quel est Tobserva- \1J' ^^ teur de bonne foi qui osera contester que notre A^ corps ne soit pas un organisme formé par une^ force spéciale? En quoi diffèrent un cadavre et un i^^*'^ * corps vivant? U y a deux heures que le cœur de -v^ *' , cet homme a cessé de battre. Le voilà étendu sur '^ ' *"* sa couche funéraire. La vie s'est échappée sans t^^ qu'une seule lésion, sans qu'aucun trouble ne se soit manifesté dans l'organisme. Son état défie l'au- ' ) ' * topsie la plus minutieuse. Chimiquemmt parlant, ,^,^^'

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il n'y a aucune différence entre ce corps et ce môme corps de ce matin. Or, en quoi diffère, je le répète, un.cadavre d'un corps vivant? Diaprés \otre théorie ils né diffèrent pas. C'est exactement le même poids, la môme mesure, la même forme. Ce sont les mêmes atomes, les mêmes molécules, les , . mêmes propriétés physico-chimiques : vous ensei-

^ ^ .; / . i g"^2 vous-mêmes que ces propriétés sont invio- I ^ ^^/i ^r^' '^^^®™^'^t attachées aux atomes. C'est djmc-exactep-v 4^ /u^ 1 meuL le jnême être I

tu^ i4 *^^*^ Mais ne sentez-vous pas qu'une telle conséquence tLlJJ est la condamnation formelle de votre système? Sn être vivant diffère très-sensiblement d'un être mort. C'est vraiment là un fait trop populaire I pour que vous puissiez le nier. Avouez donc qu'une ' hypothèse qui enseigne que la vie n'est autre chose que Tensemble des propriétés chimiques des atomes tombe à la fois par sa base et par son couronnement, car la naissance et la mort, l'alpha et Toméga de toute existence, protestent invinciblement contre les assertions de cette hypothèse.

Il est presque outrageant pour l'intelligence humaine d'être obligé desoutenir qu'un être vivantdiffèred'un cadavre, etquela force anima tri ce n'existe plus dans celui-ci. Affirmer que la vie est quelque clïose, c'est à peu près affirmer qu'il fait jour en plein midi. Mais il est de notre devoir de consentir à mettre les points sur les i à nos adversaires d'outre-Rhin.

Il faut bien que la force qui ronslilue la vie soit une force spéciale, puisqu'en sa présence les mo-

LA VIE EST UNE FORCE. i«l

lécules corporelles se distiibuent harmoniquementi dans une unité féconde, tandis qu'en son absence ces mêmes molécules se séparent, se méconnaissent, se combattent, et laissent rapidement subir une dissolution entière à cet orijanisme qui bientôti tombe en poussière.

Il faut bien que cette même force existe particulièrement, puisque d'un côté tous les corps de la nature n'étant pas vivants, et d'un autre côté les corps vivants étant composés des mêmes matériaux que les corps inorganiques, ces corps vivants diffèrent cependant des premiers par les propriétés spéciales et admirables de la vie. * \u*^ ALmLJt^

Il faut bien que la vie soit une force souveraine,; ZZSJn puisque le corps vivant n'est qu'un tourbillon d'é-i ^.{j^U^Ji JU lémeiits transitoires, que toutes ses parties sont en\a>^^i(4^ .^ mutation incessante, et que, tandis que la matière J^ ji^^^îL^ passe j la vie demeure. ^ ^.^^^ V/ f

Pensera-t-on avec Buffon qu'il y a dans le monde [^ deux genres de molécules : les organiques et les inorganiques? Que les premières sont des cellules vivantes, douées de sensibilité et dirrilabililé, qu'elles passent d'un être vivant dans un autie être vivant, et ne se mésallient pas aux corps inorganiques, tandis que les dernières n'entrent pas dans la constitution générale de la vie? Mais la chimie organique a trop magnifiquement démontré que les éléments de la matière vivifiée sont les mêmes que ceux du monde minéral ou aérien : élémentairement, l'oxygène, l'hydrogène, l'azote, le carbone, le fer, la chaux, etc.

Dira-t-on avec le bolanisle Dulrochet et avec Tanatomiste Bichat, que la vie est une exception temporaire aux lois générales de la matière, une suspension accidentelle des lois physico-chimiques, qui finissent toujours par terrasser l'être et gouverner la matière? Mais nous ne craignons pas d'appeler cette idée une erreur, la vie étant le but le plus élevé et le plus brillant de la création, et se perpétuant, par les espèces, du premier au dernier jour du monde.

Au surplus, on aura beau penser et beau dire, on ne fera jamais que la \ie ne soit pas une force,' supérieure aux affinités élémentaires de la matière. Jx/vLctuh»-'

Ce qui caractérise les êtres vivants, c'est la force organique qui groupe ces molécules suivant la forme respective des individus, suivant le type des espèces. « Les vrais ressorts de notre organisation, disait Buffon, ne sont pas ces muscles, ces artères, ces veines ; ce sont des forces intérieures qui ne suivent point du tout les lois de la mécanique grossière que nous avons imaginée* et à laquelle nous voudrions tout réduire. Au lieu de chercher à connaître les forces par leurs effets, on a tâché d'en écarter jusqu'à l'idée, on a voulu les bannir de la philosophie. Elles ont reparu cependant, et avec

* Buffon, qui n'était pas mécanicien, se trompe ici, et nous savons aujourd'hui que la mécanique, comme la chimie , joue un rôle important dans la construction du corps. Mais cette erreur n empêche pas les paroles du grand naturaliste d'être vraies en ce qui concerne la prépondérance de la force.

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plus d'éclat que jamais. » Cuvier déclare plus explicitement, car il Tavait observé plus directement^ que la matière est simplement n dépositaire de la force qui contraindra la matière future à marchef dans le même sens qu'elle, et que la forme des corps leur est plus essentielle que leur matière, puisque celle-ci change tandis que Tautre se conserve. » Les expériences de Flourens ont surtout mis en évidence ce fait de la mutabilité de la matière à Topposé de la permanence de la force qui, à vrai dire, constitue essentiellement l'être. L'une de ces expériences consiste à soumettre pendant un mois un animal au régime de la garance, substance qui, comme on le sait, colore en rouge les objets qui en sont imprégnés. Au bout d'un mois de ce régime, l'animal possède un squelette coloré en rouge. Si ensuite on rend à l'animal son alimentation habituelle, les os redeviennent blancs à partir du centre. Car le renouvellement incessant des os comme de la chair s'opère de rintérieur à Vexîérieur. Dans une autre expérience, on dépouille de sa chair un os que Ton entoure d'un anneau de fil de platine. Peu à peu l'anneau, recouvert de couches successivement formées, finit par se trouver dans l'intérieur de l'os. Les os se renouvellent ainsi ; les chairs et les parties molles subissent une rénovation plus rapide. Constatons-le encore avec de Quatrefages, « dans les profondeurs les plus cachées des êtres vivants, régnent deux courants contraires : l'un, enlevant sans cesse, molécule à molécule, quelque chose à l'organisme, l'autre

réparant au fur el à mesure des brèches qui, Irop élargies, entraîneraient la mort. x> La force organique qui constitue notre être se cache sous le vêlement variable de la chair ; mais on la sent palpiter Idans son ardenle vigueur. Elle forme, elle dirige, elle gouverne. Voyez ces représentants des degrés primitifs de Téchelle zoologique, ces crustacés, qu'une carapace protégeait contre les bouleversements de Pécorce terrestre, ces annelés et ces vers qui, brisés par morceaux, continuent de vivre. Brisez la patle d'une écrevisse : elle se reproduit dans tout son caractère. Coupez celle d'une salamandre, elle se reformera dans toutes ses parties. Cassez la queue d'un lézard, elle repoussera. Divisez un ver en plusieurs fragments, chacun d'eux reformera ce qui lui manque. La fleur du corai) séparée de sa mère, s'en va à travers les ondes reformer un nouvel arbre. Est-ce que la matière seule opère de pareilles choses? Est-ce que ces faits ne révèlent pas l'action incessante de la force typique qui constitue les êtres chacun selon son espèce, et qui est certainement plus essentielle à leur existence que les molécules mêmes de leuis corps et leurs propriétés chimiques?

Et que conclure des métamorphoses des insectes, formes transitoires sous lesquelles la force seule persiste à travers les phases de la léthargie et de la résurrection? Le papillon qui s'envole vers la lumière n'est-il pas le même être qui animait la chenille ou la larve?

Il est clair, il est incontestable, d'après ces faits,

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