‹ Dieu dans la natureChapitre 50 sur 167 · LA VIE, FORCE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

LA VIE, FORCE SPÉCIALE

matières alimentaires : au contact des tissus ces matières se putréfieront, elles qui, dans l'animal vivant se seraient changées en sang et lui auraient entretenu la vie. On demandera aux chimistes comment, dans l'organisme, agissent Topium, le quinquina^ la noix vomique, le kousso, le soufre, riodure de potassium, etc.? quelle est Taction chimique de la nicotine, de Tacide prussique, de tous les poisons végétaux qui ne laissent aucune trace? Comment le curare agit-il dans le tétanos? Pourquoi Tipéca, mis dans Testomac, fait-il contracter immédiatement tous les muscles inspirateurs, etc., etc.? «Action de présence, » disent lés physiciens; action de présence, répètent les chimistes ; et ils croient, les graves docteurs, avoir répondu 1 »

Il est contraire à la vérité de prétendre que les phénomènes physiologiques puissent s'expliquer par la physique et la chimie, que les réactions aient lieu dans l'organisme comme au dehors. La physique et la chimie se touchent parce que les mêmes lois président à leurs phénomènes ; mais un immense intervalle les sépare de la science des corps organisés, parce qu'une énorme différence existe entre ces lois et celles de la vie. Dire que la physiologie est la physique des animaux, c'est en donner une idée aussi inexacte que si Ton disait que l'astronomie est la physique des astres. Â cette opinion de Bichat le docteur Cerise ajoute : « Les phénomènes vitaux sont complexes, et les forces physiques^ tout en y prenant une part diffi-

cile à mesurer, mais incontestable, sont soumis à Tempire d'une force supérieure qui les régit, en les faisant servir à ses fins. »

Les anatomisies français, Piorry, Malgaigne,Poggiale, Bouillaud, sont du même avis. « Au-dessus de toutes les sciences, dit celui-ci, comme au-dessus de toutes leurs lois, la vie domine, modifie, neutralise, diminue ou augmente l'intensité des forces physicochimiques. «Notre éminent chimiste Dumas, déclare quelque part que : Loin de diminuer l'importance des faits auxquels la matière morte obéit, la notion de la vie se dégage au. contraire de la connaissance intime de ces lois et le sentiment de son « essence mystérieuse et divine » se purifie et s'agrandit par de fortes études sur la chimie des corps organisés.

Les opérations chimiques qui peuvent s'accomplir dans notre organisme ne doivent pas être confondues avec celles qui appartiennent à la physiologie de notre être ; qu'on le sache bien. Sous le premier point de vue, l'identité des forces qui concourent à la formation des substances organiques et des substances inorganiques est désormais un fait avéré. En se conformant aux lois naturelles, le chimiste compose une multitude de combinaisons, qui se trouvent dans les corps organisés, et, plus fécond que la nature elle-même, il peut à sa fantaisie opérer d*autres combinaisons qui ne se trouvent pas réalisées chez les habitants de la terre, portant peut- être ainsi jusque dans lé domaine des autres mondes Faction de sa science. Il

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sait que la fermentation est un procédé général d'intervention, qui détermine non-seulement les phénomènes de la mort et de la décomposition, mais encore ceux de la naissance et de tous les actes de la vitalité, depuis le grain de blé qui germe, depuis le vin qui travaille, jusqu*à la levure du pain ou de la bière et jusqu'aux phénomènes de nutrition et de digestion. La chimie organique a les mêmes bases que la chimie minérale. Nul, mieux que M. Berthelot> n'exprime ces conquêtes de la science des corps; nul n'exprime mieux aussi ses limites devant le problème de notre être. Écoutons sa déèlaration : « Tout avait concouru, dit-il % à faire regarder par la plupart des esprits la barrière entre les deux chimies comme infranchissable. Pour expliquer notre impuissance, on tirait une raison spécieuse de l'intervention de la force vitale, seule apte jusque-là à composer des substances organiques. Celait, disait-on, une force mystérieuse déterminant exclusivement les phénomènes chimiques observés dans les êtres vivants; agissant en vertu de lois essentiellement distinctes de celles qui règlent les mouvements de la matière purement mobile et quiescible. Telle était l'explication au moyen de laquelle on justifiait l'imperfection de la chimie organique, et on la déclarait pour ainsi dire sans remède. En proclamantainsinotreimpuissance absolue dans la production des matières organiques,

• Chimie organique fondée êur la synlhèêe.

deux choses avaient été confondues : la formation des substances chimiques dont l'assemblage constitue les êtres organisés, et la formation des organes eux-mêmes. Ce dernier problème n'est point du domaine de la chimie. Jamais le chimisle ne prétendra former dans son laboratoire une feuille, un fruit, un muscle, un organe. Ce sont la des questions qui relèvent de la physiologie; c'est à elle qu'il appartient d'en discuter les termes, de dévoiler les lois du développement des êtres vivants tout entiers, sans lesquels aucun organe isolé n'aurait ni sa raison d*êire, ni le milieu nécessaire à sa formation. Mais ce que la chimie ne peut faire dans Tordre de l'organisation, elle peut l'entreprendre dans la fabrication dés substances renfermées dans les êtres vivants. Si la structure même des végétaux et des animaux échappe à ses applications, elle a le droit de prétendre former les principes immédiats, c'est-à-dire les matériaux chimiques qui constituent les organes indépendamment de la structure spéciale en fibres et en cellules que ces matériaux affectent dans les animaux et dans les végétaux. Cette formation même et Texplication des métamorphoses pondérales que la matière éprouve dans les êtres vivants constituent un champ assez vaste, assez beau; la synthèse chimique doit le revendiquer tout entier. »

Cette déclaration, dans laquelle nos adversaires prétendent voir le triomphe définitif du matérialisme, nous propose de croire deux points fondamentaux, le premier : que la formation des sub-

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stances organiques peut être due aux mêmes lois qui règlent Tétat du monde inorganique; le second : que la formation des organes mêmes appartient à une force qui n'est pas du domaine de la chimie. Sur le premier point, le spiritualisme triomphe déjà , comme nous l'avons vu ; les forces qui régissent le monde inanimé révélant Texistence d'un architecte intelligent. Sur le second, il triomphe plus brillamment ^encore, puisque la chimie organique se récuse devant l'explication de Têlre vital. Comme le remarque judicieusement M. Laugel, cette chimie étudie et compose seulement les matériaux de la vie, sans s'occuper de l'être vivant lui-même, elle broie les couleurs du tableau, mais il faut une autre main pour employer ces couleurs et pour créer l'œuvre où elles se fondent en une harmonieuse unité.

Lorsque la chimie a laissé deviner un alambic dans l'être humain, où l'acide cherche la base, où les molécules se groupent d'après les lois dont nous avons parlé au premier livre ; lorsqu'on a fait voir que l'animal vivant n'est qu'un vase à réactions, que les forces chimiques et physiques s'y livrent un perpétuel combat en champ clos, lorsqu'on a montré que les phénomènes de la fécondation, ceux de la nutrition, la mortelle-même, ne sont que des fermentations ordinaires, on ne sait bientôt plus où résident ces forces plus mystérieuses qui se nomment la vie, Tinstinct, et quand on arrive à l'homme, la conscience. Nous entrerons bientôt dans le cœur même de ce grave sujet. Quant à

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présent, avouons-le avec M. Laugel *, « la science peut se laisser entraînera des doutes, à des négations qui nous épouvantent ; mais elle a également ses propres mystères, que Tœil humain ne peut sonder, Elle se contente aussi de mots toutes les fois qu'il est impossible de pénétrer Tessence même des phénomènes. De quoi parle sans cesse la chimie é D'affinité : n'est-ce pas là une force hypothétique, une entité aussi peu tangible que la vie ou que l'âme? La chimie renvoie à la physiologie ridée de la vie, et refuse de s'en occuper ; mais l'idée autour de laquelle la chimie se déroule a-t-elle quelque chose de plus réel? Celle idée est souvent insaisissable, non- seulement dans son essence, mais encore dans ses effets. Peuton méditer, par exemple, un instant sur les lois connues sous le nom de lois de Berthollet sans comprendre qu'on est en face d'un mystère impénétrable? Dans le simple phénomène d'une combinaison, dans cet entraînement qui précipite l'un vers l'autre des atomes qui se cherchent, se joignent en échappant aux composés qui les emprisonnaient, n'y a-t-il pas de quoi confondre l'esprit ? Plus on étudie les sciences dans leur métaphysique, plus on peut se convaincre que celle-ci n'a rien d'inconciliable avec la philosophie la plus idéaliste : les sciences analysent des rapports, elles prennent des mesures, elles découvrent les lois qui règlent le monde phénoménal ; mais il n'y a aucuu plié-

* Science et Philosophie»

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