L'ORIGINE DES ÊTRES
lia création selon le matérialisme antique, et selon nos modernes.
— Histoire scientifique des générations spontanées. — Gomment rhypotlièse des générations spontanées ne touclie pas à la personne de Dieu. — Erreur et danger de ceux qui se permettent défaire entrer Dieu dans leurs discussions. — Que l'apparition successive des espèces peut être le résultat des forces naturelles sans que l'athéisme gagne rien à cette hypothèse. — Si la Bible est athée? ^ Origine et transformation des êtres. — Règne végétal; règne animal; genre humain. — Antiquité de l'homme.
— Que tous les faits de la géologie, de la zoologie ou de l'archéologie n'inquiètent pas la théologie naturelle.
« A la chaleur du premier printemps, les volatiles de toute espèce, les oiseaux variés, libres s'éiancèrent de l'œuf natal. Telle nous voyons, pendant les beaux jours d'été, la cigale s'affranchir de sa frôle enveloppe, avide de vie et d'aliments. Alors la terre enfanta la race des hommes ; l'onde et le feu que le sol recelait, fermentèrent et firent croître, dans les lieux les plus propices, des germes fécondés dont les vivanles racines pion-
MATERIALISME ANCIEN ET MODERNE. IGi
geaient dans la terre. Quand le temps eut amené leur maturité et déchiré l'enveloppe qui les emprisonnait , chaque embryon lassé de l'humide sein de la terre, s'échappe et s'empare de l'air et du jour. Vers eux se dirigent les pores sinueux de la terre, et, rasseçnblés dans ses veines entr'ouvertes, s'écoulent des flots laiteux. Ainsi nous voyons encore après Tenfantement les mères se remplir d'un lait savoureux, parce que les aliments, convertis en sucs nourriciers, remplissent leurs douces mamelles. La terre nourrit donc ses premiers enfants : la chaleur fut leur vêtement, Pherbe abondante et molle fut leur berceau.
a Ainsi que le jeune oiseau se revêt en naissant de plumes ou de soyeux duvet, ainsi la terre récente environna sa surface nouvelle d'herbes molles et de flexibles arbrisseaux. Bientôt elle enfanta les espèces animées avec des combinaisons et des variétés innombrables : la terre enfanta ses habitants, car ils ne sont ni descendus des cieux ni sortis des gouffres amers. C'est donc une juste reconnaissance qui lui décerna le surnom de mère : tout ce qui respire fut conçu dans son sein ; et si nous voyons encore quelques êlres vivants naître dans son limon, lorsque gonflé par la pluie il fermente aux rayons du jour, est-il étonnant que des êtres plus robustes et plus nombreux sortissent de ses flancs quand la terre et l'essence éthérée bouillaient encore du feu de la jeunesse *? j>
* Lucrèce, de Natura rerum, lib. V. Ed. de Pongenille.
Ainsi s'exprime le coryphée da matérialisme antique. Il n'est là que l'interprète fidèle de son maître Épicure, dont voici en quelques mots le système physique*.
Les atomes, à force de parcourir rapidement et au hasard Timmensité, se sont rencontrés, accrochés, réunis, combinés. De là des masses encore informes et inorganiques, mais déjà* remarquables parce fait, la composition. A la longue, ces parties, différentes de poids, se trouvèrent entraînées dans des directions ou avec des vitesses différentes : les unes tombèrent peu à peu ; les autres, au contraire, s'élevèrent.
Une fois que l'eau exista, elle se dirigea, à cause de sa fluidité, dans les lieux les plus bas, dans les creux les plus propres à la contenir, et quelquefois elle prépara les localités qui devaient la recevoir. Les pierres, les métaux, et en général les minéraux, se produisirent à l'intérieuT delà sphère terrestre, d'après les diverses espèces d'atomes ou de germes qu'elle contenait dans son sein, lorsqu'elle fut constituée terre par la séparation de l'atmosphère et du ciel. De là ces collines, ces montagnes, ces aspérités nombreuses qui varient la surface de la terre et qui donnent lieu à d'âpres sommets, à de profondes vallées, à de vastes plateaux, couverts d'arbres, d'herbes et de plantes de toute espèce . parure brillante de la Terre, comme la soie, les plumes, la laine sont la parure des corps ? Reste
^ Résumé d'A. de Grandsagnc, d'après les travaux de Gassendi les d^couvertef d'Uerculanum, eic.