‹ Dieu dans la natureChapitre 56 sur 167 · ÊPIGURE AU XIX» SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÊPIGURE AU XIX» SIÈCLE

monde, furent produits les animaux protolypes. C'est ce qu Épicure n'explique pas, ou du moins n'explique pas par des raisons particulières.

C'est sous les auspices de celte philosophie qu'osent se placer MM, les matérialistes du dixneuvième siècle^ A la faveur du langage captieux de Lucrèce, et de la doctrine à la fois indolente et stoïque d'Épicure, ce mode facile de création compta toujours un grand nombre de partisans. Mais malgré son aspect, il n'est rien moins que scientifique. Voyez-vous un matin une bande de volatiles s'élever d'une bulle de terre glaise qui crève ! le baron de Mùnchausen pose sa main sur une motte de terre au beau milieu d'un champ labouré, et voici que toute une couvée de merles blancs, accompagnée d'une suite de gibier de toute * espèce, se met à filer le long du sillon . Jusqu'ici il n'y a qu'un seul homme qui ail été témoin de la naissance d'un de nos frères de cette façon : c'est Cyrano de Bergerac, dans son voyage au Soleil, accompli comme on sait, le 50 février de Tan 1649, au moment d'arriver sur l'astre du jour et en s'arrêtant pour prendre haleine sur l'une des petites terres qui gravitent alentour*.

* V. en particulier la Libre Pensée^ et son poêm3 de Natura reruniy dans lequel le Soleil fait jaillir nos ancêtres du limon nourricier.

■ Cette aventure est digne d'être offerte à nos adversaires. Cyrano rencontre un petit homme qui lui tient à peu près ce langage : c Regardez bien la terre où nous marchons ! Elle était, il n'y a guère, une masse indigeste et brouillée, un chaos de matière confuse, ime crasse noire et gluante, dont le soleil s'était purgé. Or, après que, par la vigueur des rayons qu'il dardait contre, ii a eu

Remarquons néanmoins que le matérialisme de Lucrèce n'est pas aussi grossier qu'on l'interprète. L'âme du poète divinise les forces de la nature. D'Holbach, au contraire, n'a pas d'âme, méconnaît la force, et ne voit que la matière.

Des êtres vivants peuvent-ils naître spontané-

mêlé, pressé et rendu compactes ces nombreux nuages d'atomes ; après, di^je, que par une longue et puissante coction, il a eu séparé dans cette boule les corps les plus contraires et réuni les plus semblables, cette masse, outrée de chaleur, a tellement sué, qu'elle a fait un déluge qui l'a couverte plus de quarante jours.

c De ces torrents d'humeur assemblés, il s'est formé la mer, qui témoigne encore par son sel que ce doit être un amas de sueur, toute sueur étant salée. Ensuite, de la retraite des eaux, il est demeuré sur la terre une bourbe grasse et féconde où, quand le soleil eut rayonné, il s'éleva comme une ampoule, qui ne put, à cause du froid, pousser son germe dehors. Elle reçut donc une autre coction, qui, la perfectionnant par un mélange plus exact, rendit le germe qui n'était en puissance que de végéter. Le soleil la recuisit encore une fois; et, après une troisième digestion, cette matrice étant si fortement échauffée, que le froid n'apportait plus d'obstacle à son accouchement, elle s'ouvrit et enfanta un homme, lequel a retenu dans le foie, qui est le siège de l'âme végétative et l'endroit de la première coction, la puissance de croître ; dans le cœur, qui est le siège de l'activité et la place de la seconde coction, la puissance vitale; et dans lecerteAu, qui est le siège de l'intellectuelle et le lieu de la troisième coctioni la puissance de raisonner. »

11 acheva son récit de cette sorte, continue Cyrano, mais, après une conférence encore plus particulière de secrets fort cachés qu'il me révéla, dont je veux taire une partie et dont l'autre m'est échappée de la mémoire, il me dit qu'il n'y avait pas encore trois semaines qu'une motte de terre engrossée par le soleil avait accouché de lui. « Regardez bien cette tumeur 1 m Alors il me fit remarquer, sur de la bourbe, je ne sais quoi d'enflé comme une paupière : a C'est, dit-il, un aposthume, ou, pour mieux parler, une matrice qui recèle depuis neuf mois l'embryon d'un de mes frères. J'attends ici à dessein de lui servir de sage-femme. i>

U aurait continué, s'il n'eût aperçu à Tentour de ce gazon d'argile le terrain qui palpitait. Gela lui fit juger, avec la grosseur du bubon, que la terre était en travail et que cette secousse était déjà retfort des tranchées de l'accouchement.

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