IDÉES ANCIENNES SUR L'APPARITION DES ÊTRES
ranimai ait existé sans principe, mais qu'il a un principe de sa production, qui fait subir à la ma* tière sa première transformation et lui communique une faculté générative; au lieu que l'œui est une superfétation qui, comme le lait et le sang, survient à Tanimal après qu'il a fait la coction de ses aliments. On n'a jamais vu Tœuf produit du limon de la terre; il ne se forme que dans l'animal. Mais il naît dans le limon un nombre infini d'animaux. Sans en citer d'autres exemples, parmi cette multitude d'anguilles qu'on prend tous les jours, on n'en voit aucune qui ait un germe ou un œuf. Mais on a beau épuiser l'eau et Ater tout le limon d'un étang, s'il y revient de l'eau, il s'y engendre de nouveau des anguilles. II faut donc nécessairement que ce qui a besoin d^un autre pour exister lui soit postérieur, et au contraire, que ce qui existe sans le secours d'un autre ait une priorité de génération; car c'est celle-là dont il s'agit. Ainsi l'on peut croire que la première production vient de la Terre, et qu'elle a été la suite de la propriété qu'elle a de produire par elle-même, sans avoir eu besoin des organes et des vaisseaux que la nature a depuis imaginésr pour suppléer à la faiblesse des êtres générateurs. »
Ces raisonnements qui nous étonnent aujourd'hui ne sont pas particuliers à Plutarque. Tous les auteurs de l'antiquité s'accordent sur ce point, et il n'est pas rare d'en rencontrer qui poussent la hardiesse jusqu'à représenter Minerve
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frappant du pied pour faire sortir du sol des couples de chevaux et de troupeaux. Le récit que nous fait Virgile dans les Géorgiques sur Aristée n'est pas une fantaisie de poète, mais Texpression de la croyance générale que les abeilles naissaient delà chair en putréfaction. Le berger Aristée avait perdu ses chères abeilles, il invoque sa divine mère, i) apprend à reformer de nouvelles ruche9 en immolant de jeunes taureaux :
Hic vero (subitum ac dictu mirabile monstnim) Aspiciunt liquefacta boum per viscera toto Stridere apes iiteroS etc.
Cette antique querelle des générations équivoques fut récemment résumée p^r M. Milne-Edwards, sous son aspect le p^us intéressant. Après çivoir nioptré que dans le règne mipér?il las corp^ se foriïient par une simple sidhérence da molécples : « Cliacunsait, ^joute-t-il •, que lorsqu'il s'agit
* Elle dit ; le berger dans ses nombreux troupeaux Va choisir à l'instant quatre jeunes taureaux ; Immole un nombre égal de génisses superbes Qqi des prés émaillés foulaient en paix les berbçs. Pour la première fois quand l'aurore parut,
Au malheureux Orphée il offrit son tribut, Et rentra plein d'espoir dans la forêt profonde. 0 i«*odigel le sang, par sa chaleur féconde, Dahb le flanc des taureaux forme un nombreux essaim ; Des peuples bourdonnantSi$'échappei)t de leur seip, Comme im nuage épais dans les airs se répandent Et sur Farbre voisin en grappes se suspendent.
• Cours de la Faculté des sciences. V. Ufievuedeê Cours scieu' ti figues f 5 décembre 1863.
LES GBNËRÀTI0N8 SPONTANEES. m
de la formation d^un chêne, d'un cheval, la matière qui constitue ce chêne, ce cheval, serait impuissante à constituer cet animal, ce végétal, si elle n'était mise en œuvre par un corps déjà vivant, un animal de Tespèce de celui qui prend naissance, ou un végétal de même nature. Ainsi, chez le chêne, comme chez le cheval, cette propriété particulièra que Ton appelle la vie se transmet évidemment^ l'être nouveau est engendré par un parent qui produit uq être semblable à lui ; il y a donc une sorte de succession, de transmission de la force vitale non interrompue entre les individus qui forment dans l'espace des temps une chaîne dont chaque espèce se compose. Voilà donc une diffcrence fondamentale, essentielle, entre les corps bruts et les corps vivants : ce que l'on vient de dire du chêne et du cheval est applicable à tous les végétaux et à tous les animaux que nous avons d'ordinaire sous les yeux. Cependant, dans diverses cnrconstances, cette espèce de filiation n'est pas aussi facile à constater ; elle a échappé à des observations peu attentives, quelquefois même elle n'a pas été saisie par les observateurs les plus habiles. Ainsi, quand le cadavre d'un animal quelconque est abandonné à l'action de l'air, à l'humidité, avec une température convenable, en été par exemple, ce cadavre éprouve une modification particulière appelée putréfaction ; on voit alors se manifester dans la profondeur de cette substance des corps vermiformes, jouissant de toutes les propriétés par4iculières aux êtres
animés ; ce sont des animaux. Des millions d'êtres vivants naissent dans ce cadavre, tandis que pendant la vie le corps de l'animal ainsi exposé à la putréfaction n'offrait rien d'analogue. La filiation génératrice semble donc être interrompue au moins au premier abord. Il n'est pas rare de voir dans les campagnes des flaques d'eau formées par les pluies se couvrir assez promptement d'insectes, de certains crustacés; souvent on voit également au voisinage des lieux humides la terre se peupler de petits reptiles. Dans la plupart de ces cas, il est difficile, au premier abord, d'expliquer par la voie de la génération normale l'apparition de ces êtres nouveaux. Ces difficultés ont paru si considérables aux naturalistes de l'antiquité, qu'ils ont cru nécessaire d'avoir recours à une hypothèse particulière pour expliquer l'origine de ces animaux. Ils ont cru devoir admettre que la nature ne suit pas la même marche quand il s'agit de la constitution des animaux supérieurs et quand il s'agit de la formation des petites espèces, telles que les insectes, les souris, les rats, et même certains poissons. Le rôle de la génération spontanée était considéré comme immense chez les philosophes de l'antiquité. Les naturalistes et les philosophes du moyen âge suivirent aveuglément les opinions de leurs prédécesseurs, et il en résulta que pendant quatorze siècles, celte opinion régna sans conteste dans les écoles. On admettait comme chose bien prouvée que les animaux naissaient de deux façons :