‹ Dieu dans la natureChapitre 61 sur 167 · LES GÉNÉRATIONS SPONTANÉES · texte numérisé non relu

LES GÉNÉRATIONS SPONTANÉES

et de plusieurs autres physiologistes de celle époque sur les fruits et les galles, firent justice de celle croyance. On reconnut que tous ces parasites n'étaient autre chose que le résultat de dépôt d'œufs pondus par des insectes.

Il en fut de même des infusoires, des animalcules qui semblent formés par des principes en dissolution dans Teau. Leuwenhoeck examina un jour au microscope de Teau de pluie, tombée sur sa fenêtre et restée au contact de l'air pendant longtemps : cette eau lui parut d'abord pure ; au bout de quelques jours, il l'examina de nouveau, et aperçut un nombre incalculable de petits êtres, d une ténuité extrême, se mouvant avec vivacité, et offrant tous les caractères de véritables animaux. Cette découverte eut un grand retentissement et fut confirmée par d'autres observateurs. Leuwenhoeck constata que toutes les fois que Ton expose à Tair de Teau contenant du foin, du papier, des matières organiques, il nait une multitude de petits êtres dont Tanimalité est bien caractérisée. Pour expliquer cette population nouvelle il fallait donc ou supposer que ces animalcules, provenant d'animauxprécédents, sont charriés par l'air atmosphérique et déposés à l'état de germe, ou bien admettre l'hypothèse des anciens, c'est-à-dire la génération spontanée. La première théorie parut généralement se révéler aux observations les plus rigoureuses et les plus complètes.

Depuis cette époque, pendant le siècle dernier et dans le cours du nôtre, le siget des générations

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spontanées fut plusieurs fois repris et suspendu : — repris, k la suite de nouvelles découvertes du microscope; — suspendu, lorsque Tobsenration arrivait à démontrer l'origine animale ou végétale des germes éclos. De nos jours, la même question vient d'être passionnément traitée par divers observateurs expérimentés, à la tête desquels nous citerons MM. Pouchet et Pasteur : le premier pour, le second contre. Elle est actuellement de nouveau suspendue pour une raison qui paraîtra sans doute enfantine à nos descendants ; c'est que les deux camps ne parviennent pas à s'entendre, attendu qu'ik se reprochent avec une égale légitimité l'un et l'autre de combattre désormais dans le vide.

Les expériences qui viennent d'être réalisées en ces dernières années et qui ont reculé la question sans la résoudre, peuvent être comparées aux précédentes, tant pour la forme que pour les résultats obtenus. Sommairement, voici Tune de ces expériences. « Introduisons dans un tube de verre à parois très-minces et trës-plates, dit l'un des hétérogénistes, M. Joly, un peu d'eau, un peu d'air et quelques fragments de tissu cellulaire végétal. Fermons à la lampe le bout du tube et observons ce qui va se passer. Nous verrons se former d'abord un amas de fines granulations provenant, sans nul doute, du tissu végétal qui déjà se désorganise. Peu à peu, sur les bords irréguliers de cet amas granuleux, se détacheront de petites excroissances d'une transparence parfaite, mais encore immo*

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biles. C'est le bacterium terma en voie de formation. Attendons trois ou quatre heures encore et les animalcules, devenus libres, s'agiteront sous nos yeux comme s'ils s'essayaient à rexislence; pui^ils s'êlanceront avec la rapidité d'un trait au sein du liquide ; d'autres viendront se joindre à eux, et bientôt le nombre en sera si considérable que vous ne pourrez plus les compter. Après seize heures d'observation continue, vos yeux vous refuseront sans doute d'obéir : vous serez brisé de fatigue, comme l'était Mantegazza; mais, comme lui, vous serez ravi d'avoir surpris la vie à son berceau.»

D'où viennent ces êtres vivants, formés de toute pièce sur cette matière organique, sans parents antérieurs? Les adversaires répondent que l'air est peuplé de myriades de germes microscopiques en suspension, et que ces êtres viennent de ces germes. Sans le démontrer, ils vont chercher de l'air au Bommet du Montanvert, font bouillir les substances organiques, et il parait que ladite génération spon* tanée ne se produit plus.

C'est en ces termes que se résume le débat. Pour nous, sans parti pris ni pour ni contre cette doctrine, nous pensons qu'il est un fait auquel on n'a pas assez songé, auquel on n'a peut-être pas songé du tout, et qui nous parait digne de recevoir un rôle dans cette pièce à microscopique spectacle.

La vie est universellement répandue dans la nature; la Terre est une coupe trop étroite pour la contenir, elle en déborde de toutes parts, et non contente de peupler les eaux et la terre inorgani^*

que, elle s'enlasse encore sur elle-même, vit à ses propres dépens, couvre de parasites les animaux et les plantes, déploie d'invisibles forêts sur le dos d'un éléphant, ou mène des troupeaux inconnus pâturer sur une feuille d'arbre. Or cette vie multiple, insaisissable, innombrable, peuple d'animalcules chaque espèce d'êtres, chaque espèce de substances. Lors donc que nous voyons des mites grossir dans l'intérieur d'un fromage, des vers surgir d un cadavre, des infusoires apparaître dans un liquide, ne sont-ce pas là des animalcules qui existaient déjà en germe ou sousune formeinférieure dans le lait, dans l'animal vivant, dans le liquide, et qui subissent une métamorphose sous l'influence des conditions dans lesquelles ils se trouvent actuellement placés? Savons-nous combien d'espèces d'animaux et de végétaux vivent dans notre corps? L'œuf du ténia est semé avec profusion ; dans les tissus du porc et du mouton, il est humble cyslicerque, et ce n'est que dans l'intestin qu'il commence à déployer ses innombrables anneaux ^ deux hôtelleries se partagent son existence : l'animal et l'homme. Nous l'aspirons en même temps qu'une côtelette de porc frais ou une tranche de gigot, et désormais il habitera notre demeure sans plus de souci qu'un premier locataire. La mouche de la graine du chou et celle de la farine descendent dans notre estomac avec leur résidence. La majorité de nos intimes sont inoffensifs; quelques-uns soni perâdes et causent la mort de leur bienfaiteur. Qui n'a suivi le récent débat sur les trichines ? Depuis

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