‹ Dieu dans la natureChapitre 70 sur 167 · DE L'ORIGINE DES ÊTHES · texte numérisé non relu

DE L'ORIGINE DES ÊTHES

recours à l'idée d'une génération spontanée (Gèneratio œquivoca spontanea aut primaria) . « Si les anges ou les chasseurs des continents, dît ce Père de rÉglise, n*ont point transporté d'animaux dans les îles éloignées, il faut bien admettre que la terre les a engendrés ; mais alors on se demande à quoi bon renfermer dans l'arche des animaux de toute espèce. » Deux siècles avant Tévôque d'ilippone, nous trouvons déjà établie, dans l'abrégé de Trogue- Pompée, entre le dessèchement primitif de l'ancien monde, du plateau asiatique, et la génération spontanée, une connexion semblable à celle qu'on retrouve dans la théorie de Linné sur le Paradis terrestre et dans les récherches du dix-huitième siècle sur l'Atlantide fabuleuse.

Au surplus, malgré leur péroraison fougueuse, ces Mirabeaux de la tribune positiviste sont au fond dans une ignorance et dans une indécision absolues sur l'origine de la vie. En vain jettent-ils sur ce mystère le voile des peut-être ; en vain s'exercent-ils à supposer mille métamorphoses, lorsqu'on regarde au fond du vase, on s'aperçoit que la limpidité n'est pas aussi claire qu'on le suppose. De temps en temps, et sans trop s'en vanter, ils laissent percer des aveux qu'il nous est permis défaire ressortir ici pour l'édification du parterre. « Une énigme insoluble, dit.B. Cotta, dont nous ne pouvons appeler qu'à la puissance impénétrable d'un Créateur, est toujours l'origine première de la matière terrestre, ainsi que la naissance des êtres organiques. » Voilà un aveu digne d'un spîritualiste.

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« Il faut accorder à la génération spontanée, dit d'une part Bûchner, un plus grand rôle dans le temps primordial que de nos jours, et on ne peut nier qu'elle n ait donné à cette époque l'existence à des organismes plus parfaits. » Puis il ajoute immédiatement : « Il est vrai que nous manquons de preuves et même de conjectures plausibles du détail de ces rapports, et nous sommes bien loin de le nier. » Et revenant à son idée dominante, il déclare encore immédiatement que <x quelle que soit notre ignorance, nous devons dire avec certitude que la création organique a pu et a dû avoir lieu sans l'intervention d'une force extérieure. »

Cari Vogt reconnaît comme les précédents que l'origine des organismes est inexplicable par les seules forces physico-chimiques connues. Tout être vivant, végétal ou animal, a pour origine essentielle a cellule organique, ou l'œuf. Il faut d'abord admettre que cette origine essentielle fut créée on ne sait comment. C'est après cette admission seulement que les démonstrations physico-chimiques commencent. « Si nous admettons qu*une fois il ail été possible^ dit l'auteur des Leçons sur Vhomme^ que, par une action simultanée de différentes circonstances que nous ne connaissons pas, il ait pu se former une cellule organique aux dépens des éléments chimiques, il est évident que la plus légère modification dans l'action a dû déterminer immédiatement une modification dans l'objet produit, c'est-àdire dans la cellule. Mais, comme nous ne pouvons pas admettre que sur toute la surfecc terrestre

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les mômes causes aient agi ou agissent encore exactement dans les mêmes conditions et avec la même énergie dans la création de la cellule primitive, qu'en outre la création organique a dû s^étendre sur toute la terre, il en résulte la conclusion nécessaire que les cellules primitives dont se sont développés les organismes, devaient posséder des aptitudes de développement différentes. »

Virchow n'explique pas mieux Torigine. « A une certaine époque du développement delà Terre, ditil, sont survenues des conditions inaccoutumées, sous lesquelles les éléments entrant dans de nouvelles combinaisons ont reçu le mouvement vital, et où les conditions ordinairessont devenues vitales.»

Quant à Charles Darwin , nous avons en vain cherché son opinion sur Torigine même des espèces. Il se contente d'expliquer la variabilité possible d'un certain nombre de types primitifs, et c'est une remarque au moins singulière que dans un gros et riche ouvrage sur Vorigine des êtres, il ne soit même pas question de cette origine !

Le problème est obscur : il y a plus loin de rien à quelque chose que de quelque chose à tout. Quel que soit le système auquel se rattachent nos croyances intimes, spiritualistes ou matérialistes, nous sommes tous dominés par le mystère inexpliqué de l'origine de la vie. Pourquoi ne pas reconnaître franchement l'ignorance absolue dans laquelle nous sommes sur ce point particulier? Celte ignorance devrait pourtant un peu tempérer Tar* deur négali-e des athées et les engager à trancher

de moins haut le mot de l'énigme. Il semble que lorsqu'on se trouve dans une telle incertitude sur la manière dont une chose s'est opérée, on n'est pas autorisé à crier victoire ; si nous voulions retourner la question, il nous serait facile de mettre tous les avantages de notre côté, et nous pourrions imposer Dieu à nos adversaires, sans qu'ils puissent se soustraire à sa domination. La science ne démontrant pas que les affinités de la matière puissent créer la vie, le rôle du Créateur reste ici tout entier comme du temps d'Adam et même des préadamites. Et lors môme qu'elle le démontrerait, lorigine et Tenlretien de la vie laissent clairement voir l'existence d'une force créatrice^ en d'autres termes, d'un Dieu caché.

Mais, telle est la force de notre tactique, que nous ne voulons jamais abuser d'une position privilégiée, et que nous préférons toujours combattre à armes égales, à terrain égal. Nous nous contentons seulement de faire remarquer cette supériorité à nos adversaires, pour leur édification momentanée, puis nous descendons des hauteurs où les châinces favorables du combat nous avaient élcr vés pour revenir sur le terrain de l'organisation de la vie, sans nous renforcer des arguments fournis par le problème de l'origine de cette vie.

Or, au Sieul point de vue de l'organisation, l'existence d'un êlre intelligent est souverainement démontrée. Lors même qu'en vertu de forces encore inconnues de nous, la vie pourrait apparaître spontanément en certaines conditions de la matièrOy

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lors même que les êtres primitifs se seraient for* mes d'une cellule primordiale èclose sous la puissance d'un ensemble de circonstances particulières, l'organisation des êtres vivants serait encore une preuve irréfragable en faveur de la souveraineté ordonnée de la force. Ce serait toujours en vertu de certaines lois supérieures que la vie apparaîtrait et s'organiserait, de certaines lois qui ne démontrent pas une cause aveugle ou idiote, mais une cause qui doit au moins savoir ce qu'elle fait. De même, si l'homme arrive jamais à découvrir la naissance spontanée des infusoires ou des vers intestinaux, là même il ne créera pas ces êtres infimes, mais il constatera seulement ce que la nature opère sans lui, par une puissance supérieure à la sienne, par des procédés que, malgré son intelligence, il ftit des siècles à découvrir (si jamais même il en vient là) : et finalement la cause de la raison divine n'en sera que mieux éclairée.

Dans le mystère qui voile encore l'origine de la vie sur la terre, nul n*est autorisé, du reste, à déclarer hors la loi l'action du Créateur. Que Ton suppose que les premiers êtres vivants naquirent à Télat rudimentairederanimalilé et que les variétés successives furent la souche des espèces aujourd'hui si distinctes, ou que les premiers parents de chaque famille s'éveillèrent au commandement d'un grand magicien, ces suppositions n'inquiètent pas plus la base de la théologie naturelle que si l'on admettait que ces espèces furent apportées des autres mondes sur Taile de quelque messager céleste. Quant à la

formation ou à la Iransformalion des espèces, elle n'est pas mieux connue que TorigiDe de la vie ellemôme, comme lavoue Cli. Lyell : « Ce que nous savons en paléontologie n'est rien en comparaison de ce que nous avons encore à apprendre. »

Examinons maintenant avec cet éminent géologue ^ quels sont les principaux caractères de la théorie de Lamarck et d*Ét. Geoffroy Saint-Hilaire sur Idi progression et la transformation des espèces. Les hommes superficiels s'imaginent volontiers que la science est organisée sur des règles absolues et que nulle difficulté ne trouble sa voie ascendante. Il est loin d'en être ainsi. Les grandes définitions ellesmêmes ne sont pas absolues. Les zoologistes, par exemple, ne peuvent s'entendre surles lermesespèce eirace. Ce que Lamarck avait prédit est arrivé, dit Lyell; plus les formes nouvelles se sont multipliées, moins nous avons été capables de préciser ce que nous entendions par une variété et par une espèce. En réalité, les zoologistes et les botanistes sont nonseulementplusembarrassésque jamais pour définir YespècCy mais même pour déterminer si elle existe réellement dans la nature ou si elle n'est pas une simple abstraction derinlelligence humaine; les uns prétendent qu'elle est constante en de certaines limites étroites et infranchissables de variabilité ; les autres la veulent susceptible de modifications

* Sïr Charles Lyell, The Antiquity of Man.., l'Ancienneté de rhomme prouvée par la géologie, et remarques sur l'origine des espèces par variation, ISOi.

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