‹ Dieu dans la natureChapitre 81 sur 167 · SOLIDARITÉ ENTRE LE CERVEVU ET LA PENSÉE · texte numérisé non relu

SOLIDARITÉ ENTRE LE CERVEVU ET LA PENSÉE

de connaissance accompagne-t-elle la syncope. Le cei veau des décapités meurt rapidement par suite de la perte du sang. — L'oxygène étant une condition indispensable du renouvellement de notre sang, quand il fait défaut, Tencéphale est le premier à s'en ressentir ; alors surviennent les maux de tète, le vertige, les hallucinations. — Le thé influe sur le jugement; le café excite la puissance artistique du cerveau. L'absorption de Talcool amène l'ivresse et ses conséquences*.

Toutes les impressions que reçoivent Toreille et l'œil sont des influences matérielles, qui se transmettent au cerveau par le système nerveux, et entraînent des modificatioas matérielles correspondantes. Un ami qui éveille notre sympathie, change le cours de nos idées. Quand un pauvre habitant des vallées marécageuses gravit les Alpes, il est ravi par ses nouvelles irppressions. La musique excite à la rêverie; la vanille, les œufs, le vin chaud éveillent les désirs ; un ciel lumineux nous égayé, un ciel sombre nous attriste. A partir du moment où nous sommes engendrés, nous entrons dans un océan de matière en circulation. Ce que nous sommes, nous le devons un peu à nos aïeux, à notre nourrice, à notre pays, à notre éducation, à l'air, au temps, au son, à la lumière, à noire régime, à nos vêtements*.

Tels sont les faits positifs, constalcs par les

* Molcschott, II, 151.

• Ijoc, cit., p. 194.

150 LIVRE m. — L'AME.

sciences physiologiques et invoqués par Técole maférialîsle, pour déclarer que les facultés intel- Iccluellcs sont un produit de la substancecérébrale. Nous avons présenté l'esquisse à la fois pour mettre sur pied rcnnemi que nous combattons et pour donner matière à réfléchir aux spiritualistes trop naïfs qui croient toujours les problèmes résolus.

Dans notre chapitre suivant, nous infligerons à messieurs les matérialistes trois questions solidaires auxquelles nous les défions de répondre, et qui renversent de fond en comble tout leur échafaudage. En attendant, il nous intéresse de les inquiéter d'abord surla solidité de leurs prétendues explications.

Remarquons avant tout qu'il n'y a aucime loi exclusive sur la correspondance du cerveau et de la pensée. 11 n'est pas rigoureusement démontré loque le poids du cerveau augmente jusqu'à l'âge mûr et diminue ensuite (Sœmmering place le maximum à trois ans, Wenzel à sept, Tiedemannà huit, Gratiolet àla vieillesse, etc.) ; 2** que l'intelligence de l'homme soit en rapport avec le poids (les crânes de Napoléon, Voltaire, Raphaël, ne sont pas au-dessus de la moyenne) ; 3** qu'un large front soit l'indice du génie (M. Lélut a montré que les idiots ont ordinairement le front très-développé, et qu'il est impossible d'établir des rapports exacts entre l'intelligence et la mesure du crâne ;) 4* que la folie soit toujours causée par une lésion au cerveau : elle paraît être au contraire une affection psychologique (Esquirol, Lélut, Leuret, Georget, Ferrus ont constaté que la folie a'esl aQ^

DIFFICULTES ET COiNTHADlCTlOSS. 257

compagnëe de lésions que dans le cas où elle est compliquée de maladies organiques). Nos adversaires ont conscience de la difficulté de la question et ont cherché ailleurs la cause matérielle de Tintelligence, par exemple dans le phosphore, dont nous avons parlé. On a cru trouver 4 pour 400 de phosphore dans le cerveau des aliénés, 2,50 pour 400 dans le cerveau ordinaire, i, 50 et 1 pour 100 dans celui des imbéciles. Mais esl-il besoin défaire remarquer qu'il n'y a pas de loi absolue, que toutes ces explications ne sont pas satisfaisantes, et qu'en jsomme ces différences n'existent pas ?

Voyons maintenant si les faits exposés plus haut prouvent aussi clairement et aussi péremptoirement qu'on le suppose, que la pensée n'est qu'une fonction physiologique du cerveau, et que l'âme est un attribut de la matière.

Le nœud du problème est de décider si le cerveau est un organe au service de Tintelligence, ou si l'intelligence est une création du cerveau, fille et esclave de la substance cérébrale.

C'est toujours, sous un autre aspect, la môme question de la force et de la matière : la force domine-t-elle la matière, ou lui obéit-elle?

Ces messieurs déclarent, sans autre forme do procès, qu'il est évident que la force est un attribut de la déesse matière, et que l'âme n'est qu'une illusion d'elle-même, qui croit à sa personnalité, tandis qu'elle n'est que la résultante passagère d'un certain mouvement du pliosphore ou de l'albumine dans les lobes cérébraux.

Si celte grossière explication est si bien démontrée et si évidente pour nos adversaires, nous avouons franchement qu'elle est pleine d'obscurité pour nous, et qu'il nous paraît actuellement imposr sible de rien prouver à cet égard. Non-seulement la physiologie du cerveau est encore dans l'enfance, mais de l'avis même des plus éminents physiologistes, les rapports du cerveau et de la pensée sont profondément inconnus.

Sans doute l'état de Tàme est lié à l'état du cerveau; sans doute l'affaiblissement du second entraîne la défaillance de la première; sans doute l'enfant et le vieillard (quoiqu'il y ait de nombreuses exceptions pour celui-ci) raisonnent avec moins de lucidité, moins de rigueur que l'homme mûr; sans doute une lésion au cerveau entraîne la perle de la faculté correspondante... mais qu'estce que cela prouve, si le cerveau est l'instrument nécessaire ici-bas et sine qua non de la manifestation de l'âme? — si, au lieu d'être la cause^ il n'est que la condition?

Si le meilleur musicien du monde n'avait à sa disposition qu'un piano où plusieurs touches manqueraient, ou bien un insfrument défectueux dans sa construction, serait-il légitime de nier l'existence de son talent musical, par la raison que l'instrument lui ferait défaut, surtout lorsque à côté de lui d'autres artistes doués d'instruments en parfait rapport avec l'ordre de leurs facultés font admirer ces facultés à qui veut les entendre?

Broussais a beau se moquer du pclit musicien

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