SI NOUS EXISTONS REELLEMENT
nement écrit un spirituel spiritualiste* : « Jusjqu'ici, mes chers amis, nous disent-ils, vous avez cru que vous existiez, et que vous aviez chacun un corps ; détrompez-vous ; vous n'existez pas; ce sont vos corps qui vous ont. Vous n'existez qu'en apparence ; ce que chacun de vous appelle moi n'est qu'un nom en l'air, un fantôme creux, un je ne sais quoi, sans réalité ni consistance; et ce qui existe réellement là-dessous, c'est quelque chose dont vous n'avez pas conscience, et qui n'a pas non plus conscience de vous. »
Selon Broussais, ses maîtres, ses collègues et ses disciples, le moi^ c'est le cerveau. La pensée, tous les phénomènes de la sensibilité, de l'instinct, de Pintelligcnce, sont des « excitations » de la matière cérébrale, ou, pourparlerle langage mêmeplus matériel de Tauteur, des c< condensations o de la môme matière*. Et de quelque nature qu'elle soit, toute perception mentale est dans ce cas. Douleur, joie, souvenir, imagination, jugement, comparaisons, déterminations, désirs, enthousiasme : condensation que tout cela. S'il y a des phénomènes complexes dans ce laboratoire de la pensée, comme une série de raisonnements successifs à partir d'une première impression, même de l'extérieur, jusqu'à un acte de volonté, ce sont alors des condensations de condensations. Ces condensations sont la pensée elle-même. Celle-ci n'en est pas la
* Le duc de Broglie, Écrits et Discours, t. I, de CExislence de fâme.
■ Broussais, de l'Irritation et de la Folie, p. 214.
conséquence, la résultante, elle est la condensa^ tion même des fibres de Tencéphale... Dieu I que la science est une belle chose ! et que M. Broussais avait une imagination bien condensée !
Se sentir sentir , telle est la formule, tel est le seul fait de conscience admis par Broussais. La prétendue âme humaine est tout entière dans ces trois mots. Or quel est l'organe qui sent dans l'organisme humain? C'est incontestablement le cerveau. Donc le cerveau c'est le moi, et toutes les perccplions de la pensée ne sont que des excitations de la substance cérébrale.
Cela paraît bien simple. Il y a pourtant une légère objection.
Nous avons vu que le cerveau est une masse de chair de trois livres, plus ou moins, composée de moelle, de fibres blanches ou grises, de graisse phosphorée, d'eau, d'albumine, elc. Or quelle est la substance qui pense là-dedans? Est-ce Teau? est-ce le phosphore, est-ce l'albumine, est-ce l'oxygène? Si la faculté de penser est attachée à une molécule simple, à un atome réel, vous n avez pas le droit de nier l'immortalité de l'âme, car dans celte hypothèse la faculté de penser partagerait la destinée de l'atome indestructible. Mais il faudrait donc admettre que cet atome est affranchi dès lors du mouvement et reste immobile (au fond de la glande pinéale, peutêtre). Si maintenant chaque molécule cérébrale est capable de sentir, selon la nature des sensations, ce prétendu moi ne sera plus au singulier, mais au pluriel; il y aura autant de mois (!) qu'il y a de