‹ Dieu dans la natureChapitre 88 sur 167 · SI NOUS EXISTONS RÉKLLEMENT · texte numérisé non relu

SI NOUS EXISTONS RÉKLLEMENT

molécules cérébrales. Les langues ne connaissaient pas ce nouveau mot, et devront désormais l'adjoindre à leur dictionnaire. L*homme ne s'était jamais douté qu'il y avait en lui plusieurs personnes, car les Grecs eux-mêmes avec leur ^^x^j leur ôpe-rcmcv, leur vsvvYîTtxY) SuvaiAtç, leur afoO/jTtxcv, leur èpe^mov, leur çavTaaia, leur voîjç luaa/^^j ^^^^ ^^^^ wcMQTabç et toules leurs voy; possibles, n'avaient encore imaginé là que diverses facultés, diverses manières d'ôlre d^une seule âme. Mais chaque molécule est ellemême un agrégat d'atomes, de corps simples, divers, et diversement combinés. Sera-ce chaque atome qui pensera maintenant? Nous voilà tombés dans l'hypothèse la plus absurde qu'on puisse ima* giner. Cette contradiction entre l'unité incontestable de la personne pensante et la multiplicité nonmoins incontestable des éléments cérébraux , réduit à néant l'idée de faire de la conscience personnelle une propriété de l'encéphale.

Remarque curieuse, ces messieurs ne s'aperçoivent pas qu'en raisonnant ainsi, ils reviennent aux archées de Van Helmont, sous prétexte de progrès. Il ne leur manque plus que les esprits animaux du temps de Descartes et de Malebranche, et nous nous trouverons reculés de plus de deux siècles, avant l'origine même de la physiologie.

N'avons-nous pas au fond de notre conscience la certitude de notre unité? Votre pensée s'aperçoitelle comme un mécanisme composé de plusieurs pièces ou comme un être simple? Tous les faits de l'activité de notre âme témoignent en faveur de

cette unité personnelle, car dans leur variété et dans leur multiplicité ils sont les uns et les autres groupés autour d'une perception intime unique, d'un jugement unique, d'une faculté de généralisation unique. Nous sentons en nous-mêmes celte unité de notre personne, sans laquelle nos pensées eomme nos actions ne seraient plus rattachées par aucun lien, sans laquelle nos déterminations n'auraient aucune valeur. Et ce fait est si fermement avéré dans la conscience et si inattaquable que les contradictions apparentes que l'on pourrait lui opposer, tournent en définitive à son avantage. Si, par exemple, certaine faculté de notre âme se trompe dans son appréciation, il semble qu'on pourrait en conclure qu'il y a complexité dans le mode d'action'deresprit. Mais en allant au fond de ce phénomène si fréquent de Terreur, on reconnaît que c'est bien le même être, la même personne, qui se trompe et reconnaît sa méprise, et que dans Thomme qui commet une erreur et la redresse, il est clair que c'est la même raison qui juge et le corrige. Les contradictions mêmes de la nature humaine servent donc aussi bien que notre propre conscience à affirmer la personnalité de notre être mental.

Quoique l'affirmation du moi personnel prouve l'existence del'âme, il ne s'ensuit pas qu'il la constitue. Nous pensons quel'âme/est le sujet pensant, tandis que le moi n'est qu'une conception qui donne pour phénomènes internes le caractère de fait de conscience. L'âme pourrait exister san?

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