UNITÉ ET PRUSONNAUTÊ DE L'AME
avoir conscience de sa personnalité, et de fait dans le monde animé, un grand nombre d'âmes en sont encore là.
D'autres répondent que c'est Tensemble du cerveau qui pense, et non chaque molécule ellemême. Mais qu'est-ce que c'est que lensemble du cerveau, sinon la réunion des molécules qui le composent ? Ceux qui font de cette réunion un être idéal, une sorte de société, d'armée, ne peuvent pas faire penser cette société sans faire penser chacun de ses membres. Car en soi, une société, un peuple, ne sont pas des êtres réels, mais un ensemble dont la nature et la valeur ne sont constitués que par celles des membres qui les composent. Supprimez la pensée aux cerveaux du peuple français, que restera-t-il à ce peuple? Imaginez que les molécules de notre cerveau ne pensent pas, que restera-t-il au cerveau? Et si elles pensent, nous retournons à l'image bizarre d'une quantité indéfinie de mois ! (ce mot doit trouver singulier de se voir ainsi au pluriel). Et pour qu'elles s'accordent les unes les autres, nous verrons instituer la hiérarchie militaire et nommer un général que l'on mettra à cheval sur quelque atome crochu de la glande pinéale, ou bien on dira avec Sydenham, a qu'il y a dans l'homme un autre homme intérieur, doué des mêmes facultés, des mêmes affections que l'homme extérieur. 7^ Sous prétexte de science positive, on imaginera mille hypothèses plus difficiles à -expliquer que les mystères si critiqués des religions antiques.
288 UVUE III. — L'AME.
Les matérialistes contemporains sont un peu plus forls. Us déclarent, comme nous Tavons vu, que l'ame est une force sécrétée par le cerveau (?) sans se melire dans Tembarras de décider quelle partie ou quel élément de l'encéphale possède cette merveilleuse faculté. C'est une résultante de l'ensemble des mouvements qui s'opèrent sous diverses iniluences dans Torganc cérébral. Tel est l'avis de Técole matérialiste et même de l'école panthéiste. Cette nouvelle hypothèse est tout aussi simple que les précédentes; elle n'a non plus qu'un léger tort : c'est d'être parfaitement incompréhensible. D'ailleurs on ne se donne même pas la peine de chercher à l'expliquer. Lorsqu'on opposait, en 1827, la simplicité de l'âme à la multiplicité des éléments constitutifs du cerveau, à cette époque où la chimie de la pensée n'avait pas encore le bonheur d'être faite dans les creusets d'outre- Rhin, Broussais répondait loyalement : «Le moi est un fait inexplicable, je ne prétends pas expliquer le moi*. » (Pourtant, aux définitions signalées plus haut il a encore ajouté celle-ci : « Le moi est un phénomène àHnnervation. » ) Aujourd'hui on ne peut pas davantage prouver ni expliquer que notre conscience individuelle soit la résultante de certaines combinaisons opérées dans une machine automate.
Ainsîj Tunité de notre force pensante proteste énergîquement contre l'hypothèse des pensécs-sé-
* B^nse aux cri(ique$i p, 17,