‹ Dieu dans la natureChapitre 9 sur 167 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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pour en extraire l'essence et la quintessence, et déclarant que la présence de Dieu ne se manifeste jamais dans leurs manipulations. D'un autre côté, des théologiens accroupis au milieu des manuscrits poussiéreux des bibliothèques gothiques, feuilletant, compulsant, interrogeant, traduisant, compilant, citant \^ récitant sans cesse de dogmatiques versets, et déclarant avec l'ange Rafiel que de la prunelle gauche à la prunelle droite du Père éternel il y a trente mille lieues de un million d'aunes de quatre longueurs et demie de main . Nous voulons croire que des deux côtés il y a la bonne foi, et que les seconds comme les premiers sont animés du sincère désir de connaître la vérité. Les premiers croient représenter la philosophie du vingtième siècle ; les seconds gardent respectueusement celle du quinzième. Les premiers traversent Dieu sans le voir, comme l'aéronaute traverse l'azur céleste ; les seconds regardent à travers un prisme, qui rapetisse et colore l'image. L'observateur étranger et indépendant qui cherche à expliquer leurs tendances contraires, s'étonne de les voir s'obstiner dans leur

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système particulier, et se demande s'il est décidément impossible d'interroger directement le vaste univers, et devoir Dieu dans la nature. Pour nous, qui n'appartenons à aucune secte, nous nous sommes librement posé le même problème. Devant le spectacle de la vie terrestre, au milieu de la nature resplendissante, sous la lumière du soleil, au bord des mers courroucées ou des limpides fontainesi parmi les paysages d'automne ou les bosquets

d'avril, et pendant le silence des nuits étoilées, nous avons cherché Dieu. La nature expliquée par la science nous Ta montré dans un caractère particulier. Il est là, visible comme la force intime de toute chose.

Nous avons considéré dans la nature les rapports harmoniques qui constituent la' beauté réelle du monde, et dans l'esthétique des choses nous avons trouvé la manifestation " glorieuse de la pensée suprême. Nulle poésie humaine ne nous a paru comparable à la vérité naturelle, et le Verbe éternel nous a parlé • avec plus d'éloquence dans les œuvres les plus ' modestes de la nature que l'homme dans ses ; chants les plus pompeux.

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Quelle que soit l'opportunité des études qui sont l'objet de ce travail, nous n'espérons pas qu'elles plaisent à tous, car il en est qu'elles ne réveilleront pas de leur sommeil, et d'autres dont elles seront loin de satisfaire les inclinations.

On accuse notre époque d'indifférence, et elle mérite cette accusation. Où sont en effet les cœurs qui battent pour l'amour pur de la vérité? En quelle âme la foi règne-t-elle encore? Non pas même la foi chrétienne, mais une croyance sincère en quelque objet que ce soit? Qu'est devenu le temps où les forces de la nature divinisées recevaient les hommages universels, où l'homme contemplatif et admirateur saluait avec ferveur la puissance éternelle manifestée dans la création? Qu'est devenu le temps où les hommes étaient capables de verser leur sang pour un principe, où les républiques avaient à leur tète une idée et non pas un ambitieux? Qu'est devenu le temps où le génie d'un peuple, sculpté dans Notre-Dame ou dans Saint-Pierre de Rome, s'agenouillait et priait, prosterné immobile en son manteau de pierre? Qu'est devenue la vertu patriotique

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de nos pères ouvrant les portes du Panthéon aux cendres des héros de la pensée, et refoulant dans la nuit de l'oubli la fausse gloire de l'oisiveté et de l'épée? N'ayons pas honte de l'avouer, puisque nous avons la faiblesse de subir un tel abaissement : enveloppés d*égoisme, nos esprits n'ont plus d'ambition que pour l'intérêt personnel. Des richesses dont la source reste équivoque, des lauriers surpris plutôt que gagnés, une douce quiétude, une profonde indifférence pour les principes, n'est-ce pas là notre lot ? Us vivent à l'écart, en dehors du monde éclatant, ceux qui ne consentent pas à baisser leur front devant l'hypocrisie; ils travaillent dans la solitude, ils creusent dans le silence de la méditation les abîmes de la philosophie, et s'ils restent forts, c'est parce qu'ils ne s'atrophient pas tu contact des ombres. C'est en vérité un contraste pénible à constater, de voir que le progrès magnifique et sans précédent des sciences positives, que la conquête successive de l'homme sur la nature, en même temps qu'ils ont élevé si haut notre esprit, ont laissé tomber notre cœur dans un si profond abaisse-

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ment. Il est douloureux de sentir que, tandis que d'une part Tintelligence affirme de plus en plus son pouvoir, d'autre part le sentiment s'éteint et la vie intime de l'âme s'oublie de plus en plus sous l'anticipation de la ^air.

La cause de notre décadence sociale (décadence passagère, car l'histoire ne peut se mentir à elle-même) est dans notre manque de foi. La première heure de notre siècle a sonné le dernier soupir de la religion de nos pères. En vain s'efforcera-t-on de restaurer et de reconstruire : ce ne sont plus maintenant que des simulacres ; ce qui est mort ne saurait ressusciter. Le souffle d'une immense révolution a passé sur nos têtes, couchant sur le sol nos antiques croyances, mais fécondant un monde nouveau. Nous traversons en cet âge l'époque critique qui précède toute rénovation. Le monde marche. En vain les gens politiques comme les gens d'Église s'imaginent-ils, chacun de leur côté, continuer la représentation du passé sur une scène pavée de ruines ; ils ne feront pas que le progrès ne nous emporte tous vers une foi

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supérieure, que nous n'avons pas encore, mais à laquelle nous marchons. Et cette foi, c'est la croyance au vrai Dieu parles sciences, c'est l'ascension vers 4a vérité par la connaissance de la création.

Il faut être aveugle ou avoir quelque intérêt à se tromper soi-même et à tromper les autres (hélas! beaucoup en sont là) pour ne pas voir et pour ne pas s'expliquer l'état actuel de la société pensante. C'est parce que la superstition a tué le culte religieux, que nous l'avons abandonnée et méprisée ; c'est parce que le caractère du vrai s'est plus clairement révélé à nos âmes qu'elles aspirent vers un culte pur; c'est parce que le sentiment de la justice s'est affirmé devant nous, que nous réprouvons aujourd'hui les institutions barbares qui, telle que la guerre, recevaient naguère les hommages des hommes; c'est parce que la pensée s'est affranchie des entraves qui la retenaient au sol, qu'elle n'admet plus volontiers les tentatives faites f our la rapprocher de quelque esclavage. Sans contredit, il y a là progrès. Mais dans l'incertitude où nous sommes encore, parmi les troubles qui nous

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agitent, la plupart des hommes s'apercevant que leurs Impressions et leurs tendances les plus généreuses se heurtent encore fatalement contre Tinertie du passé, se retirent dans le silence s'ils en ont le moyen et la force, ou se laissent aller au courant général vers la grande attraction de la fortune.

C'est aux époques critiques que les luttes se réveillent, luttes intermittentes sur des problèmes éternels, dont la forme varie suivant l'esprit des temps et revêt successivement un mode caractéristique. En notre époque d'observation et d'expérimentation, les matérialistes ont le bon esprit de s'appuyer sur les travaux scientifiques et de paraître déduire leur système de la science positive. Les spiritualistes croient au contraire en général pouvoir planer au-dessus de la sphère de T expérience et dominer encore dans les hauteurs de la raison pure. A notre avis,le spiritualisme doit, pour vaincre, se mesurer aujourd'hui sur le même terrain que son adversaire et le combattre par les mêmes armes. Il ne perdra rien de son caractère en consentant à descendre dans l'arène, et n'a rien à redouter de

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tenter une épreuve avec la science cxpériniontale. Les luttes engagées, les erreurs qu'il doit combattre, sont loin d'être dangereuses pour la cause de la vérité : elles servent au contraire à examiner plus rigoureusement les questions, à les serrer de plus près et à préparer une victoire plus absolue. La science n'est point matérialiste, et ne peut servir Terreur. Pourquoi le spiritualisme, pourquoi la religion pure la craindraient-ils? Deux vérités ne peuvent être opposées Tune à l'autre. Si Dieu existé, son existence ne saurait être mise en suspicion ni combattue par la science. Nous avons l'intime conviction, au contraire, que l'établissement des connaissances précises sur la construction de l'univers, sur la vie et sur 'a pensée, est actuellement la seule méthode îiïîcace pour nous éclairer sur le problème, pur nous apprendre si la matière règne seule ans l'univers, ou si nous devons reconnaître dns la nature une intelligence organisatrice, n\ plan et une destinée des êtres.

Telle est du moins la forme sous laquelle la iiscussion s'est présentée à notre esprit amleux et imposée à notre travail. Nous avons

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l'espérance que cette tentative de traiter la question de l'existence de Dieu parla méthode expérimentale servira au progrès de notre époque, parce qu'elle est en rapport avec ses tendances caractéristiques. Nous serons satisfait si la lecture de ce livre laisse tomber un rayon de lumière dans les pensées indécises, et si après s'être silencieusement penché sur nos études, quelque front se relève avec le sentiment de sa véritable dignité.

Si, en général, les idéologues français n'ont pas appliqué la méthode scientifique aux problèmes de la philosophie naturelle, en revanche, certains savants ont traité les objets de notre connaissance au point de vue dei rapports généraux qui se manifestent dans b monde et des forces qui en constituent la vvante unité. Nous signalons avec bonheu , parmi les œuvres de ce caractère, les différerts travaux de M. A. Laugel, que nous avons à plusieurs reprises utilisés dans cet ouvrsçe. Les problèmes de la nature et les problènes de la vie ne conduisent-ils pas en effet au premier des problèmes, et examiner les frces en action dans l'organisme de l'univers, l'est-

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ce pas examiner les divers modes de la force essentielle et originelle? Les recherches qui ont pour but l'étude de la nature peuvent servir la philosophie plus sûrement parfois que les traités ou les dithyrambes spécialement consacrés à la métaphysique.

Les écrits de MM. Moleschott et Bûchner nous ont fourni eux-mêmes les éléments de leur propre réfutation. La circulation de la vie, exposée parle premier professeur, nous montre dans la vie une force indépendante et transmissible, dirigeant les atomes suivant des lois déterminées et selon le type des espèces. L'examen de la force et de la matière, établit d'autre part la souveraineté de la force et l'inertie de la matière.

Les premiers principes de la connaissance étant la force et Tétendue,^ et la philosophie première étant la science des premiers principes, le présent ouvrage pourrait être considéré comme une étude de philosophie première, si nous n'avions résolu de nous borner à une discussion purement scientifique. C'est ici, en effet, le but essentiel, et celui qui, à vrai dire, offre le plus de charmes, malgré l'aridité

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