IDENTITÉ PERMA!<ENTË DE L'AME
à cei^tains faits de l'ordre social, on arrivée prouver que l'union, matrimoniale n'est en aucun cas un sacrement efficace, qu*au bout d'un mois les deux êtres qui crurent former des nœuds éternels sont corporellement et spirituellement transformés et vivent désormais à l'élat adultère, et mille conclusions aussi édifiantes. Vous ajoutez à la suite de cet enseignement que le phosphore étant la partie constitutive la plus caractérisée du cerveau, c'est de cette substance que vient la pensée, de même que c'est à la potasse que l'on doit les muscles et les facultés de locomotion, que c'est au phosphate de chaux que Ton doit les os et la charpente du corps, etc., et vous comparez l'acte de la pensée (sécrétion du cerveau!) à la sécrétion de la bile par le foie, de l'urine par les reins.
En opposition avec vos prétentions, je remarque que mon être pensant, que ma personne, mon mot, est bien le même qu'il y a cinq, dix, vingt, quarante ans. Et j'espère que vous ne nierez pas que vous ne vous souveniez d'avoir été enfants, d'avoir joué entre les bras de vos mères, de vous être assis sur les bancs deTécole, d'avoir fait (je n'en doute pas) de brillants progrès dans vos études, et plus tard d'être devenus les plus forcenés d'entre les matérialistes. C'est bien vous, n'est-ce pas^ qui avez ainsi vécu? C'est bien sur votre esprit, si ce n'est sur votre front, que toutes ces années ont passé. Si vous avez changé d'opf nions, d'idées, de direction dans vos études, de pays, d'habitudes, d'aliments, ce n'en est pas moins votre même personne qui a grandi.
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vécu €l vieilli, et si quelque audacieux et légitime partisan de vos théories vous avait ravi, il y a dix an», votre honneur ou votre fortune, et, reparaissant aujourd'hui devant vous, prétendait que vous n'êtes plus le même homme, que vous avez été changé bien des fois depuis lors, qu'il ne vous connaît pas, qu'il a changé d'individu lui-même et ne vous doit aucune réparation, vous lui feriez vite comprendre que ce n'est pas ainsi que vous entendez l'application de vos théories. En effet, messieurs, ces théories ne nous paraissent ni plus ni moins qu'absurdes devant ce fait éloquent de Videntité de V esprit. Pouvez-vous les concilier avec lui? Pouvez-vous prétendre qu'une sécrétion de substances passagères qui ne font que traverser l'organisme soit capable de jouir de cette propriété? Oseriez-vous avancer qu'en considérant la pensée comme une propriété d'un certain assemblage de molécules de graisse phosphorée, d'albumine, de cholestérine, de potasse et d'eau ^ molécules apportées à ce laboratoire par la nutrition et la respiration, variabJcs, en mouvement continuel, semblables à des soldats de toutes nations qui arrivent dans un même camp, y dressent leurs tentes et continuent le lendemain leurs voyages séparés pour être remplacés par d'autres; oseriez-vous, dis-je, avancer qu'un pareil système puisse expliquer l'identité, la permanence de la pensée ? Non, non, vous ne Toseï pas : vous ne l'essayez même pas, car j'ai beau
• Moleschott, II, il9t.