CARACTÈRE PERSONNEL ET DYNAMIQUE DE L'AME
liser toutes les causes qui tendent à nous retenir dans rinertie et r ignorance , telles que les exigences de la vie sociale, les besoins du corps, les passions, le défaut d'aptilude, les difficultés pro* près de Tétude. Cet effort préliminaire ne s'arrête pas au seuil même de Tétude, au contraire, son énergie se maintient et s'accroit dans la période d'acquisition* 11 faut une attention soutenue et persistante pour se bien pénétrer des notions auxquelles on aspire. Cette attention est nécessaire au plus grand génie comme à Técolier. Newton ne trouva Ta ttraction universelle, que par sa permanente tension d'esprit. Archimède occupé à la recherche d'un problème ne s'aperçoit pas de la prise de Syracuse, et meurt percé du glaive, victime de la dynamique de l'âme. Descartes voit en toutes choses un sujet de méditation. Et ne savonsnous pas tous que le savoir ne s'acquiert qu'au prix de persévérants efforts et de la longue et rude contention de l'esprit sur le sujet d'étude?
Il y a plus : la même énergie dont l'esprit eut besoin pour acquérir le savoir, lui est encore indispensable pour le conserver. Le plus sûr artifice pour retenir la science par le souvenir, c'est de s'arrêter sur chaque idée et sur chaque fait avec une attention recueillie; de se rendre compte, autant que possible, des procédés de découverte qu'ont dû suivre les inventeurs, d'en dégager la méthode, de fixer en quelque sorte l'idée même de l'étude dans le cerveau. Ces faits attestent que le sujet pensant, dans l'acquisition de ses
connaissances, se les assimile par un travail qui lui est propre, se comporte comme une force individuelle. Maintenant, le mode fondamental d'action de la cause intelligente prouve péremptoirement que cette force est individuelle, et non pas un ensemble de forces distinctes.
Toutes les opérations de l'intelligence humaine sont des analyses synthétiques, ou des synthèses analytiques, c'est-à-dire consistent essentiellement dans la décomposition d'un tout donné, ou dans la coordination d'éléments distincts, dont chacun intervient pour sa part, et prend sa place logique. — Quelle que soit la science que l'on considère, c'est là la loi de l'esprit humain, loi sans laquelle* il n'y aurait aucune relation entre les différents objets de nos connaissances, sans laquelle la science n'existerait pas. 11 n'est pas nécessaire d'en donner ici des exemples ; nos lecteurs sont assez accoutumés aux procédés intimes de l'intelligence pour les comprendre au simple énoncé dans leur profondeur et dans leur universalité»
Eh bien, si nous jugeons l'âme d'après le mode même de son action intellectuelle, nous reconnaîtrons, sans hésiter, que la force pensante ne saurait être un agrégat de forces élémentaires. A quelle condition l'âme peut-elle rapporter à un même centre d'idées toutes les observations qui s'y rattachent, grouper les syllogismes auxiliaires autour du principal, associer les jugements suivant les règles de la logique, percevoir le rapport des termes dont elle énonce les convenances, coordonner dans une
CARACTÈRE PËRSONiNEL ET DY^ÂM1QUË DE L AME. 505
même intuition les phénomènes étudiés, former des hypothèses, comparer les résultats; à quelle condition enfin l'âme peut-elle abstraire et généraliser, si ce n'est à la condition d'être une force absolument simple, absolument indivisible, et d'être douée de la faculté de tout rapporter à soi comme à un seul juge, comme à une seule conscience?
Les partisans de la sécrétion cérébrale répèteront-ils une dernière feis que cette âme personnelle n'est que la résultante de toutes les forces élaborées par chaque organe du cerveau, et que toutes ces forces s'accordent dans un dynamisme si bien réglé, qu'elles établissent ainsi Funilë et l'harmonie du travail intellectuel. Mais cet accord singulier de toutes ces petites âmes pour en former une grande est une hypothèse bien plus compliquée, et par conséqueht moins rapprochée de la vérité naturelle que la nôtre. Loin d'établir l'unité de l'âme, d'ailleurs, elle la détruit. En localisant les facultés de l'intelligence dans les divers organes du cerveau, Gall déclarait que toutes les facultés intellectuelles sont douées de la faculté de perception, d'attention, de souvenir, de mémoire, de jugement et d'imagination! Quelle charmante république! Lorsque telle faculté dominera ses voisines (comme l'observation le démontre en chaque individu), celles-ci supporteront-elles avec soumission son despotisme? Lorsque deux facultés seront en désaccord, soit par exemple le n* 5 (penchant au meurtre) et le n** 24 (bienveillance), qui dominera cet antagonisme? Il faudra bien vite imaginer un
général en chef, et dans ce cas les ofilciers subalternes et les soldats deviendront inutiles, et notre général sera tout simplement l'esprit lui-même; car, nous venons de le voir, en vertu du mode intellectuel de l'action de l'âme aussi bien qu'en témoignage du sentiment de la conscience, cette âme est une, identique, indivisible.
Le caractère dynamique de l'âme est facile à reconnaître sous toutes les manifestations de cette âme. Si nous considérons les esprits cultivés, nous observons en eux un insatiable besoin de connaître. Ici la force virtuelle de l'âme se traduit en œuvres éloquentes. Si nous descendons aux rangs vulgaires de la société, dans ces zones de pénombre où le flambeau de l'instruction ne rayonne pas encore, nous voyons, non plus dans l'exercice de la pensée, mais dans les tendances de la passion, un mode d'activité psychologique universel. A la tendance passionnelle des individus s'ajoute encore l'énergie d'une passion dominante, et à cette passion la volonté qui la combat ou qui la dirige. La faculté de vaincre ou de diriger ses passions est donc encore une forme dynamique de Fessence de notre âme. Si enfin nous descendons de nos volontés particulières aux habitudes qu'elles forment et maintiennent en nous, nous arrivons à reconnaître que tous nos actes, depuis l'œuvre créatrice de la pensée jusqu'au mouvement le plus simple de nos membres, dénotent la force intime qui nous gouverne et qui se traduit en action matérielle par l'intermédiaire des centres nerveux, des
PEliSOI^NÂLITÉ DE L'AME 307
nerfs et des muscles. Nous savons que la source de tout mouvement corporel réside dans l'esprit. Nul n'osera nier que mon bi:as ou ma janike ne se meuvent qu'au commandement de ma volonté, tout aussi bien que la locomotive sous Faction de la vapeur dirigée par le mécanicien. Mon corps réduit à lui seul est inerte. Descartes et Locke sont ici d'accord avec Leibnitz. La pensée est l'action de Tâme : en faut-il davantage pour soutenir queTàme est une force? Cabanis lui-môme est bien près de l'avouer lorsqu'il dit que : « Pour se faire, une idée juste des opérations dont résulte la pensée, il faut considérer le cerveau comme un organe particulier, destiné spécialement à la produire; de même que l'estomac et les intestins à opérer la digestion, le foie à filtrer la bile, les parotides et les glandes maxillaires et sublingales à préparer les sucssalivaires. Les impressions, enarrivantau cerveau, le font entrer en activité, sa fonction propre est de percevoir chaque impression particulière, d'y attacher des signes, de combiner les différentes impressions, de les comparer entre elles, d'en tirer des jugements et des déterminations, comme la fonction de l'autre est d'agir sur les substances nutritives dont la présence le stimule, de les dis^ soudre, d'en assimiler les sucô à notre nature, n Cabanis ajoute que cette manière de voir lève « la difficulté élevée par ceux qui, considérant la sensibilité comme une faculté passive, ne conçoivent pas comment juger, raisonner, imaginer, n'est autre chose que sentir. La difficulté n'existe plus quand
on reconnaît dans ces diverses opérations Taclion du cerveau sur les impressions qui lui sont Irans* mises.» Conséquemmenl, remarquerons-nous avec M. Magy, selon les physiologistes les moins spiritualistes, le cerveau est un système dont la fonction est de produire et d'élaborer la pensée, qui en est littéralement la résultante. Ils s'arrêtent là, sans s'apercevoir que pour tout expliquer il ne leur reste plus qu'un mot à ajouter.
Ceux qui, devant la corrélation remarquable qui unit l'âme au corps dans toutes les manifestations de ces deux principes, affirment Tidentité substantielle de la force pensante et de l'énergie cérébrale, ressemblent à ceux qui donnent à la matière les attributs de Dieu. Us transportent au cerveau les facultés qui appartiennent au sujet pensant .et que la conscience révèle au fond de notre activité intime.
Toutes vos prétentions s'évanouissent en fumée, ô Contempteurs de Tintelligence; la voix de Thumanité tout entière vous impose ce nom impérissable : VAme; et chaque être pensant affirme en particulier Je Moi, qui règne au point central de sa vie. En vain cherchez-vous à rattacher cette personnalité à un mouvement matériel de la moelle épinière, je vous oppose victorieusement ma puissance intellectuelle qui dit : je pense, je juge, je veux ; celte inattaquable puissance qui pense nonseulement le visible, mais l'invisible, non-seulement le matériel mais Timniatériel, non-seulement Tactuel, mais le passe et l'avenir; cette puissance
l'EUSONNALlTE DE L'AME. 309
qui ne peut 6tre fille de la matière, puisque sa vie et son action s'accomplissent dans le monde moral. Je vous oppose enfin ma Pensée, qui se dresse frémissante devant votre attentat, et qui, par cette parole même que vous entendez dans ces lignes, proteste de son existence individuelle et vous affirme sa personnalité I Prétendrez-vous que cette protestation vieni d'un lobe de mon cerveau? Non, Messieurs, cessez la plaisanterie ; je sais (et vous savez aussi) que c'est moi qui vous parle, et non pas un nerf ou une fibre...
Nous pourrions ajouter pour clore ce chapitre de la personnalité humaine quelques réflexions sur certains sujets d'étude encore mystérieux, mais non insigniflants.Le somnambulisme naturel, le magnétisme, le spiritisme, offrent aux expérimentateurs sérieux qui savent les examiner scientifiquement des faits caractéristiques qui suffiraient pour montrer rinsufiîsance des théories matérialistes. Il est triste, nous Tavouons, pour lobservatenr consciencieux, de voir le charlatanisme éhonté glisser son avidité perfide en des causes qui devraient être respectées ; il est triste de constater que quatre-vingt-dix-neuf faits sur cent peuvent être faux ou imités. Mais un seul fait bien constaté déjoue toutes les explications. Or quel parti prennent certains doctes personnages devant ces faits? Ils les nient simplement. « La science ne doute point , dit en particulier Bûchner, que tous les cas de prétendue clairvoyance ne soient des effets de jonglerie et de collusion. La lucidité est, par des raisons naturellesi
310 UYRE 111. — I/AttC.
une impossibilité. Il est dans les lois de la nature que les effets des sens soient bornés à certaines limites de Fespace qu'ils ne peuvent franchir. Personne n'a la faculté de deviner les pensées ni de voir avec les yeux fermés ce qui se passe autour de lui. Ces vérités sont basées sur des lois naturelles qui sont immuables et sans exception. x> Eh! monsieur le juge, vous les connaissez donc bien les lois naturelles ? La création n'a donc plus rien de caché pour vous? Heureux homme I que ne succombez-vous sous l'excès de votre science ! Mais quoi? je tourne deux pages, et voici ce que je lis : « Le somnambulisme est un phénomène dont malheureusement nous n'avons que des observations trèsinexactes, quoiqu'il fût à désirer que nous en eussions des notions précises, à cause de son importance pour la science. Cependant, sans en avoir des données cei'taincs (écoutez!) on peut reléguer parmi les fables tous les fails merveilleux et extraordinaires qu'on raconte des somnam* bules. Il n'est pas donné à un somnambule d'escalader les murs, etc. » Ahl monsieur, que vous raisonnez donc sagement ! et que vous auriez bien fait, avant d'écrire, de savoir un peu ce que vous pensez I
Les observateurs philosophes qui nous entendent, savent que certains faits de la vie de l'âme sont complètement inexplicables dans l'hypothèse matérialiste, et que ces faits, rigoureusement constatés, peuvent à eux seuls renverser son gros- ^er échafoudage. Sans qu'il soit nécessaire d'in-