PERSONNALITÉ DE L'AME
sister ici sur cet aspect de la question, il est a\antageux pour notre victoire de faire remarquer qu'il est impossible d'admettre que Tâme soit le produit chimique ou le mouvement mécanique qu'on nous oppose, lorsqu'on sait qu'elle manifeste en certains cas une personnalité distincte, une nature incorporelle et des facultés indépendantes. Donc, pour en revenir lux conclusions précédentes : contradiction entre Tunité de Tâme et la multiplicité des mouvements cérébraux ; contradiction entre l'identité permanente de l'âme et la mutabilité incessante des parties constitutives du cerveau ; contradiction entre l'existence réelle de notre moi et l'assimilation de l'âme à une propriété du cerveau ; contradiction entre le caractère dynamique de Tàme et de prétendues' sécrétions organiques ; contradictions, contradictions toujours I Si nos adversaires trouvent qu'elles ne sont pas suffisantes, rétablissement des faits de la volonté va leur en offrir ua nouveau choix.
lA VOLONTÉ DE t'HOMME
Examen et réfutation de cette proposition : c La matière gouverne rhomiiie, » — S'il est vrai que la volonté et rindividualité ne •oient qu'illusion. — S'il est vrai que la conscience, le jugement dépendent de la nourriture. Exemples historiques des énergiques volontés humaines et des grands caractères. — Du courage, de la persévérance et de la vertu. — Que les facultés intellectuelles et morales n'appartiennent pas à la chimie. — Divagations curieuses débitées sur les bords du Rhin. Influence des légumes sur les progrès spirituels de l'humanité. — De la liberté morale. — Des aspirations et des affections indépendantes de la matière. — L'esprit et le corps.
« Un des principaux obstacles qui empêchent les Allemands en général de parler leur langue aussi facilement et aussi couramment que d'autres nations, disait Zelter à Gœthe *, consiste en une gêne de la langue qui résulte en grande partie de ce qu'ils consomment beaucoup de végétaux et d'aliments gras. Il est vrai que nous n'avons pas autre
* Driefwechsel zwUchen Gœlhe und Zelter, I, W,
KAPPORTS ENTliE L*AUMENTATION ET L'INTELLIGENCE. 313
chose dans ce pays-ci; mais la modération et la prudence peuvent faire et corriger beaucoup de choses. ^
C'est par cette remarque que Moleschott ouvre son grand chapitre intitule fà Matière gouverne rHomme^ sans s'apercevoir que la seconde phrase de ce paragraphe porte en elle la condamnation du système qu'il va élayer sur les rapports de Talimenlation à l'état physique et intellectuel de Thomme. Lorsque le vieux compagnon de Gœlhe lui observe que a la modération et la prudence peuvent faire et corriger beaucoup de choses, » il prouve par cela même qu'à ses propres yeux Thomme n'est pas seulement un composé de matière, mais encore une force mentale capable de tirer de soi des résolutions contraires aux tendances delà matière. Nous allons suivre en effet l'argumentation des matérialistes, qui pèche ici comme partout par sa propre base, et qui ne se soutient que par une sorte d'équilibre instable, qu'une chiquenaude d'enfant suffit pour renverser. L'adversaire de Liebig prétend démontrer que la matière gouverne l'homme, en établissant queTahmentation agit sur lorganisme. Comme objet de pliysiologie, ces faits sont intéressants et instructifs, et nous sommes heureux que Toccasion de les résumer se présente ici; mais comme objet de philosophie, c'est tout ce qu'il y a au monde de plus incomplet. Jugeons-en plutôt.
Le cadre de ce chapitre offrira par sa propre nature un double aspect. Sur le verso, dessiné par la physiologie contemporaine, nous remarquerons
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l'action physique des aliments dans l'organisme humain. Sur le recto, nous observerons que cette action est loin de constituer l'homme tout entier, et que Tétre humain réside en une puissance supérieure aux transformations de la bile et du chyle, laquelle puissance gouverne la matière, loin d'être son esclave.
On invoque d'abord la différence d'action du régime alimentaire, selon qu'il est végétal ou animal. Les légumes, les herbes potagères renferment beaucoup d'eau, peu de graisse, et quarante fois moins d'albumine que la viande. En analysant les sels qui se trouvent dans ces substances opposées, on a trouvé que le régime de la viande fait prédominer les phosphates dans le sang, et qu'au contraire le régime végétal fait dominer les carbonates. De plus, les substances albuminoîdes des parties vertes des plantes ne sont pas de Talbumine ni de la fibrine : il faut donc qu'elles subissent cette première transformation avant de faire partie du sang. De même les graisses végétales ne sont pas de véritables graisses, mais seulement des adipogènes, c'est-à-dire des éléments qui donnent naissance à la graisse : il leur faut également subir une première transformation. On a raison de dire que la différence de l'action de la viande commence à se faire sentir, non pas pour la première fois dans le sang tout formé, mais déjà dans la sanguiûcation, dans la digestion. Ces aliments se digèrent d'autant plus facilement que leurs parties constitutives se rapprochent davantage de celles du sang. 11 résulte