RAPPORTS ENTRE L'ALIMENTATION ET L'INTELLIGEKCE
tiennent un peu au régime d'herbes dont ils\ivent; — que le philosophe Ualler ait eu à se plaindre d'une certaine inertie lorsqu'il s'était limité pendant quelques jours au régime végétal; — que, par un effet contraire, une division de Tarmée à la* quelle appartenait Villermé pendant la guerre d'Espagne ait été atteinte de... diarrhée (pardon de rimage I mais je cite), d'amaigrissement et de faiblesse, parce qu'elle avait été forcée, pendant huit jours, de ne vivre que de viande. Nous accordons encore que les Indiens de l'Orégon ne mangent guère pendant une grande partie de Tannée que des racines, dont vingt espèces des plus savoureuses sont indigènes — ce qui nous cause un sensible plaisir — et que les habitants se transportent d'uiie contrée à l'autre pour brouter lesdites racines, qui ne mûrissent que successivement. Nous croyons vol<Hitiers que la croyance à la métempsycose existe encore au Malabar, qu'il y ait des hôpitaux pour les bêtes et qu'on y nourrisse dans les temples des rats qu'il est défendu de tuer. Nous savons encore que les Islandais, les Eamtschadales, les Lapons, les Samoyèdes ne peuvent vivre que de poissons pendant une partie de Tannée, tandis que les chasseurs des prairies de l'Amérique ne se nourrissent que de chair de bison. Enfm nous ao* cordons, sans scrupule et sans demander de preuves, qu'il suffise qu'un homme « mange de la marmelade de pommes pour rendre alcaline son urine acide,» que les Français évacuent moins d'urée que les Allemands dans le cours d'une journée, et que
518 LITRE m. — LAME.
ceux-ci sont laisses de beaucoup <;n arrière par les Anglais — ce qui prouve qu'il se consomme à Londres six fois plus de viande qu'à Paris — et pour finir, nous ne voulons pas voir d'inconvénient à ce que les jolies promeneuses sentent plus fréquemment que les passants vulgaires l'avantage qu'il y aurait à augmenter les petits monuments publics de Paris, ou du moins à leur adjoindre une variété. Oui, messieurs, nous vous donnons, ou plutôt nous vous laissons prendre à pleines mains tout ce que vous demandez en physiologie. Mais en vérité qu'est-ce que tout cela prouve sur la personnalité de Tâme humaine? Franchement, quelle lumière ces expériences jettent-elles sur ce sujet? Quel rapport y a-t-il? où voyez-vous que cette chimie démontre la non-existence de Tâme? Que faites-vous donc de la méthode scientifique qui recommande de ne procéder que par inductions ou déductions? Comment vous mésalliez-vous ainsi à la scolastique de nos aïeules ? Certes, nousnesavonslequelestleplussurprenantde l'audace de ces physiologistes ou de leur erreur! Ils nous conduisent au bord d'un abime et nous disent : Sautez I Croient-ils donc avoir jeté un pont avec quelque toiles d'araignées"? Vraiment, il faut qu'ils regardent l'esprit humain comme un aveugle-né, pour prétendre l'endormir sur de pareils procédés. Et, en effet, qui ne s'étonnera de savoir que, comme conclusion des faits plus ou moins incomplets qui précèdent, on nous présente pompeusement la déclaration suivante :