DANS LA JOURNÉE DU 13 JUILLET
... Die Civitatibui Juda : Ecct Deus vester.,, in fortitudine. Isn. 40.
LE WMTa
Il est multiple, et chacun de ses éléments est unique, et d’une unité, d’une éloquence, d’un éclat, à part.
Il s’est opéré sur le Chemin de la Révolte qui apporta déjà, Treize années juste auparavant, la couronne... ou la mort aux ducs d’Orléans alors si heureux !
Le prince tomba raide mort(l)j La TÊTE ,
Sur le Pavé;
Dans la plus belle Avenue des environs de la capilale (* *) ;
(1) Foy, cette Note à la fin du volume à cause de son étendue. (*) « C’est dans la Plaine très-unie des Sablons, que tous les ans, aux premiers jours du mois de Mai , le Roi fait la revue de ses gardes françaises et suisses. Le Roi, les pr nces,
et les belles voitures de la cour, les manœuvres des troupes,
attirent une foule dont l’ensemble offre le plus brillant coup d'œil. » ( Tableau des environs de Paris , par Duaure)... Quantum mut atus! ...
DIEU
Par le plus beau temps et à la plus belle heure du monde ;
Au milieu des circonstances de sécurité les plus inouïes (*) ;
(*) Les Débals constatent parfaitement ce point :
« C’est ce malheur sans remède et sans compensation, ce grand deslin rompu sans retour, cette royale tête qui n’avait entretenu que de généreuses pensées, brisée sur le pavé d'une grande route , ce noble cœur qui n’avait battu que pour sa famille et sa pairie, glacé pour jamais...
« On l’aimait à Paris. Paris n’avait pas oublié que le jeune colonel du 1er régiment de hussards avait, en août 1830, amené dans ses murs le premier régiment qui eût arboré la cocarde tricolore.
<c Le prince royal était parti des Tuileries dans la voiture dont nous avons donné hier la description minutieuse, et il est si peu vrai que l’emportement des chevaux eût résulté du dérangement d’une caisse de l’avant-train, que cette voiture n’a aucune espèce de caisse de ce genre. L’avanttrain était dans un état parfait de conservation , et la voilure avait été visitée le malin même, comme on prenait soin de le faire chaque fois que S. A. R. devait s’en servir. Les chevaux ne se sont vraisemblablement pas emportés tout à coup, comme cela aurait eu lieu à la suite d’un choc soudain. Mais voici ce qui est arrivé : M. le duc d’Orléans avait l’habitude, quand il revenait de Paris, de prendre l’avenue qui est perpendiculaire à la porte Maillot et qui est si tristement célèbre aujourd’hui.
« Leprince suivaitordinairement cette route, parce qu’elle conduit plus directement à Viliiers où était la résidence de S. A. R. } il entrait alors dans le grand parc de Neuilly
DEVAIS T PAHlSu
Conduit par le plus habile écuyer de Paris ;
par la grille qui fait face à cette avenue. Mais, le 13 juillet, quand le prince royal arriva de Paris, comme il vse rendait chez le roi, il devait sc diriger par la route transversale qui va de la porte Maillot, en traversant Sahlonville, jusqu’à la vieille route de Ncuilly, et de là jusqu’à V entrée d'honneur du parc. Cependant les chevaux, échauffés par une marche assez rapide depuis le départ des Tuileries, avaient commencé à s’animer outre mesure au moment où le prince arrivait devant la porte Maillot.
« Déjà le postillon ne les maîtrisait plus qu’avec peine, quoique son porteur eût seul pris le galop, et, naturellement, entre les deux roules , l’une perpendiculaire, l’aulre diagonale, qui s’offraient à eux, ils prirent celle qu^ils avaient l'habitude de suivre; et à ce moment, comme cela arrive souvent aux chevaux qui sentent les approches de leur écurie, leur vitesse augmenta. Le porteur donna même quelques ruades dans son palonnier. Attaché très-court, ainsi que c’est l’usage, particulièrement dans les attelages à la daumont , le cheval sc sentit gêné, et c’est alors qu’il s’emporta avec une rapidité qui entraîna le cheval sous-' main, lequel était resté jusqu’alors fort tranquille.
« Le prince cria au postillon : « Tu n’es plus maître de tes chevaux? — Non, monseigneur; mais je les dirige encore. » Et en effet, il n’avait perdu ni les arçons, ni les étriers; il tenait vigoureusement les guides, et il pouvait espérer détourner ses chevaux par la gauche dans la vieille roule deNeuilly qui lui offrait carrière. « Mais tu ne peux donc pas les retenir? cria de nouveau S. A. LE, qui s’élait levée debout dans sa voilure. — Non , monseigneur. » Alors 1c prince, qui était fort agile et d’une adresse ex-
DIEU
Malgré l’habileté du prince en gymnastique;
Sans que la voiture, les chevaux, les harnais, les domestiques..., la plage elle-même , intacts, aient présenté la trace d’un simple mouvement extraordinaire ;
traordinaire, se confiant dans la solidité et le peu d’élévation de son marchepied, sauta à pieds joints sur la route, et retomba violemment sur le pavé, poussé par la puissance d’impulsion qui, de la voiture, s’était communiquée à sa personne. Quelques secondes plus tard, les chevaux se calmaient, la voiture s’arrêtait, et nous avons dit que le postillon était revenu se mettre à la disposition du prince, qu’il trouva étendu sans connaissance au milieu du chemin.
« Que conclure de ce récit? Deux choses. Que le prince prévit, et avec raison , que, si la course des chevaux continuait, il serait impossible de garantir la voiture d'un choc violent à l'approche des fossés et des amas de pierres qui obstruent en ce moment le chemin de la Révolte à l'entrée du parc de Neuilly. En second lieu, que S. A. R. ne vit aucun inconvénient sérieux à sauter à bas d'une voilure très -basse et dont le marchepied est tout près du sol; ce que le prince avait déjà essayé plusieurs fois, et avec succès (*), dans des circonstances à la vérité moins critiques. Telle est la vérité sur cet affreux incident.
«Ce soir et pendant toute la journée, une file non interrompue de voitures a couvert la route de Neuilly.
« Presque toutes les voitures passaient par l’avenue qui conduit au chemin de la Révolte, et s’arrêtaient sur le lieu
(*) Le plus habile maître de gymnastique de Paris, Durier, qui fut présenté au château par M Rotschild pour apprendre son art au jeune prince, reconnaît que celui-ci était passé maître.
Relevé par un porteur du Parisien , sorte de journal officiel, ou l’on s’abonne chez tous les Epiciers (2) ;
Aidé de deux ouvriers des forts détachés ;
A la porte des écuries d’un Anglais fameux (* *);
Porté par les ouvriers et accueilli dans l’arrièreboutique du plus pauvre épicier de Sablonville, comme jadis Louis XYI fut vendu à Yarennes chez un autre 5
Se croisant avec son père venant aux Tuileries... et empêché de dépasser Neuilly ; lorsqu’il allait, lui, à Neuilly, et empêché de rentrer dans son palais de famille,.... à leur insu réciproque-,
N’ayant pas même ouvert une fois les yeux pour voir, tour à tour ou ensemble, tant de tendres objets de tendresse ;
de la catastrophe, où, vers huit heures du soir, la foule était considérable. » — Elle y est encore le 6 août comme atterrée !
(2) Voy. à la fin.
(*) « On raconte que, voyant le prince sans connaissance, les ouvriers qui l’avaient relevé sur le chemin hésitèrent un instant, ne sachant où déposer le corps. — « Portons-le à la maison voisine, disait l’un. — Non, il y serait trop mal ; déposons-le plutôt ici près, chez lord Seymour, où du moins tous les soins nécessaires lui seront prodigués. » Un troisième interrompit alors: « Gardons-nous-en bien, dit-il; peut-être n’en reviendra-t-il pas, et il ne faut pas qu’un prince de France meure chez un Anglais! »
. Mais ne voilà-t-il pas que l’un au moins des chevaux,
le porteur, venait de l'Anglais, et avait voulu y retourner!
DIEU
Se trouvant seul, celte fois, dans sa voilure, sans personne de sa nombreuse famille, de sa cour, de scs amis (*) encore plus nombreux, les uns si près de lui, les autres si éloignés sur des horizons opposés ;
Sans aumônier de sa maison ou de celle du roi , sans le curé même (il était en campagne) de leur paroisse, courageusement relevée par eux de ses débris révolutionnaires : Sainl-Gcrmain-rAuxcrrois ;
Tous les parents et amis, gardcs-du-corps et de lame du Prince, par une suite de fatalités incidentes accessoires, ne pouvant être avertis et venir à lui que l’unaprès l’autre, séparés, comme pour multiplier les angoisses, les terribles et salutaires influences du malheur, et pour lui et pour eux !
Ayant à peine pu ouvrir les oreilles pour les entendre;
Mais plus heureux sans doute pour avoir entendu
(*) El surtout les plus importants ou les plus aimes: M. Thiers, — M. Lamartine, qui n'a eu, lui, que (le loin celle consolation providentielle : « Nous ne voulons pas envisager l’horizon politique : nous nous confions à votre vie, que nous demandons à Dieu de prolonger; nous nous confions à cet instinct de conservation, qui fait que les peuples ne meurent pas même du coup dont ils sont frappés dans leurs princes; nous nous confions surtout en celle Providence qui gouverne, parce qu’elle relire comme parce qu’elle accorde aux nations. Remettez, sire, votre cœur saignant dans scs mains, comme nous lui remettons noire destinée . »
DEVANT VAÏlIS. 44
et accepté le prêtre qui lui donna l'extrême-onction , que malheureux pour tout le reste ;
Ne trouvant que deux mots h dire , échappés au feu de la douleur, et encore â son jockei, et en allemand (la langue la plus hostile à la France) : « Eteignez le feu ; fermez les portes Que la France entière aurait voulu ouvertes... pour voir mourir si pauvrement et si royalement un roi... ;
Mourant entre les bras du même homme du Parisien qui avait eu le bonheur de le relever... -,
Expirant enfin après quatre longues, quatre mortelles heures de la plus terrible agonie;
Dans la force et à la fleur de l’âge ;
Déjà riche de réalités et d’espérances de sa propre famille... ;
Le lendemain des élections générales, plus que jamais, quoi qu’on en dise, amies de sa dynastie;
Riche surtout d’avenir aux yeux de sa famille ellemême (*) ;
Le jour, et presqu’à l’heure de son départ pour une suite de fêtes royales et de triomphes militaires dans les provinces;
Au mois le plus brillant , le plus brûlant, le plus
(*) La veille, la princesse Clémentine lui parlait des Chances glorieuses de son avenir ; et le Roi a dit le 26 juillet : Ce fils chéri que j’avais cru destiné à me remplacer sur le trône, cl qui était la gloire de mes vieux jours.
DIETJ
historique peut-être de tous les mois de l’année : Juillet j
Le Treize, jour le plus fatal du mois, aux yeux des peuples, et même de plus d’un philosophe, le plus fatal en tout cas au premier et au dernier Bourbon malheureux : Henri IV et le duc de Berry ;
La veille même (et cela est avéré) de sa proclamation de roi (*), par l’abdication prévoyante et habile de son royal père *,
A qui il allait dire un autre à Dieu que celui auquel ils étaient réservés , lui, le prince royal, l’héritier présomptifd’une dynastie nouvelle, qui semblait appelé à tous les avantages d’une couronne innocente, cellelà, aux yeux de tous, des passions de 1850, et qui a valu à son père et à sa mère plus que la leur : les larmes et les condoléances intérieures et extérieures de leurs amis et même de leurs ennemis !
Une telle magnanimité (**), une telle douleur seu-
(*) « Le bruit, recueilli hier par un journal, que Louis- Philippe voulait abdiquer en faveur de son fils, le faire proclamer par les Chambres et le faire reconnaître au camp de quarante mille hommes, a pris de la consistance dans Paris. Le Courrier dit ce matin que la mesure a été comblée par la manière brusque et terrible dont Louis-Philippe a été privé du prince, qu'il avait depuis plusieurs années initié à tous les secrets, à toutes les difficultés de la situation de la France. » ( Gazette de France .)
(**) La Presse : « D'un côté du corps, la reine, baignée
lement, devant une telle catastrophe, suffirait à faire redevenir Bourbon..., le Bourbon même qui aurait pu, un moment, cesser de l’être.
de larmes, à genoux sur les carreaux d'une boutique ; de l’autre côté, le roi, ému, mais non troublé, dans Tatiitude calme et résignée du chrétien pour qui toute douleur nouvelle est un degré de plus qui l’élève à la hauteur des cieux.
« Rien ne saurait donner l’idée d’une plus grande majesté dans une plus grande douleur. »
Et le Globe :
« La reine a demande un prêtre, et M. le curé de Neuilly s’est empressé d’accourir. Il a essayé de parler au prince, qui paraissait tout voir et tout comprendre, mais qui n’a jamais répondu. Ses souffrances ont semblé extrêmes en ce moment, et le vénérable pasteur s’est préparé à lui donner l’extrême-onction.
« Alors la pauvre chambre où se trouvait M. le duc d’Orléans a présenté un spectacle déchirant et sublime. Le roi, la reine, les princes et les princesses étaient à genoux, par terre, autour du moribond, poussant des sanglots, et le prêtre lui administrait le dernier sacrement et recommandait son âme à Dieu. »
La Gazette des Tribunaux , la première :
« La reine vit que tout était consommé ; alors la mère fit place «à la chrétienne, et, joignant les mains, elle dit au prêtre d’une voix déchirante : « Par pitié, priez encore
pour mon fils! . Dites-moi qu'il est au ciel!....»