I. Et d’abord le premier
Les deux Prétendants (c’est un fait , et non un droit , Dieu m’en garde ! que je pose), n’ont certes jamais été, depuis dix et même vingt années, Charles X ou le duc d’Orléans, Louis- Antoine ou le Roi des Français, mais bien , et exclusivement, d’abord le duc de Berry et le duc d’Orléans, et depuis, le duc de Bordeaux et le duc de Chartres, Henri Y ou Ferdinand Ier possibles : car les deux couples paternels et filiaux étaient tous deux jeunes, tous deux forts , tous deux riches de présent et surtout d’avenir, et comme égaux depuis quelques années en âge, et je le dirai, moi, en instruction variée, en amabilité , en affection populaire tous les deux en amours reçus ou portés de famille.
De côté et d’autre, il y avait, il y eut, dès le principe, royauté sur la terre.
On dirait qu’il y avait dans le Ciel les mêmes vues et les mêmes affections :
Voyez, en effet, comme le Ciel aussi fait aller de front les deux grandes épreuves de leurs branches, ou plutôt (laissez-moi les identifier désormais) de leur tige unique !
Les deux anciens cousins s alliant à la même famille royale de Naples et des Deux-Siciles; et tous les deux pères de famille heureux. — Le premier, plus aimé de Dieu que des hommes, frappé à mort sous le poignard d’un Louvel , qui dit solennellement dans
(10) Voy. celte Note à la fin.
son procès que Dieu ri était qriun mot, frappé â côté de sa femme..., et mourant en la présence de ses deux cousins (li) et à leur profit politique manifeste. — Le second, élevé jusqu’au trône du premier, et l’occupant au milieu et à la faveur d’une suite incessante de Providences,... jusqu’au Treize juillet inclusivement.— Le duc de Bordeaux, auquel Dieu ôte, en 1820, son père, âgé de quarante-deux ans. — Le duc d'Orléans de 1820, auquel Dieu ôte son fils vingtdeux années après ; — Le duc de Berry nommé Charles-Ferdinand, et nommant le duc de Chartres, etc.
Les deux nouveaux cousins marqués, on peut le dire , encore mieux au cachet de la concurrence et de l'opposition. — Tous deux nés dans le même mois de Septembre. — Celui de la branche aînée échappé au glaive qui pensait le frapper en frappant son père, et venu au monde le plus grand Jour de V Année ecclésiastique et même française , pour parler comme Bossuet : le jour de Saint-Michel; — Celui de la branche cadette, mort dans le mois le plus fatal aux Bourbons : Juillet ; — et le plus fâcheux jour de ce mois dans le préjugé populaire, le Treize , celuilà précisément où avait péri le père de son rival. — Le Bourbon de la branche aînée échappé par deux miracles, l’un de la nature et l’autre de l’art, à la Mort, d’une chute, cent fois mortelle, de cheval 5 — Celui de la branche cadette, échappé, par vingt miracles, à la Vie dont il était plein, à midi, le 13 Juillet;
(il) Voy. cette Note à la fin.
— Lun, failli tué et relevé le jour même si fatal en 1830 à sa famille : le 27 juillet 1840; — L’autre, mort net dans le même mois de juillet deux années apres. — Le duc de Bordeaux, par une suite de bonheurs, remontant à cheval dans le parc de sa mère, à Brundsée, précisément le lendemain de la chute de son infortuné cousin aux portes du parc de son père plus infortuné que lui : — ce qui pourra lui rappeler le vers que nous lui avons appliqué déjà :
....lieu ! fige crudeles terras ! fuge littus avarum !
Le premier (12), remontant d cheval (15) la veille de sa fête ecclésiastique la Saint-Henri ,• le second, tombé la veille de sa fête funéraire de trois jours, dont on persiste à vouloir faire une fête amusante !
Enfin, les deux dernières grandes victimes de la royauté, le duc de Berry et le duc d’Orléans, tombant toutes deux de la façon la plus tragique du monde, le lendemain, au milieu, à la veille des révolutions; mais l’une frappée de main d’homme, la nuit, au centre de Paris, dans la magnifique rue Richelieu, au milieu des courtisans, au lieu de la réunion du plus grand monde; — où vinrent le relever, lui dire, et lui entendre dire de généreuses et héroïques pensées, tous les princes, toutes les princesses, tous les grands du royaume ; — secouru immédiatementpar le grand Dupuytren; — mourant dans les Tuileries, entre les bras de sa femme, de son père, de son frère, de sa sœur, de son aumônier, et transporté dans le Saint-
(12, 13) J'oy.à la fin.
DIEÜ
Denis de Louis XIV. — « Le duc de Berry, dit M. de Chateaubriand, devait périr comme Henri IV, dans une fête. »
La seconde, seule dans sa voiture, frappée en plein midi, entre les Portes de fer des Tuileries et celles de Neuilly , . . . entre la maison d’un riche Anglais et la porte d’un pauvre épicier,... entre un paveur et un fumiste j... deux ouvriers et deux gendarmes...
Le premier des Bourbons s’en allant vivant du château royal de Rambouillet à Cherbourg (*) ; le second conduisant son fils mort de Notre-Dame de Paris à Dreux , précisément le même jour trois Août !
L’un seul (**) susceptible d’une Oraison funèbre sublime...
(*) Dernière coïncidence entre Cherbourg et le malheur, rapportée parle Constitutionnel : « Un horrible accident est arrivé à Cherbourg, le 25 juillet, pendant qu’on tirait le canon de deuil à l’occasion du service funèbre célébré pour le duc d’Orléans. Des canonniers de la 10e compagnie de vétérans chargeaient un canon de 36 au fort du Hommet. La pièce venait de tirer ; mais le pointeur n’avait pas bien bouché la lumière, et, dès lors, le culot de gargousse enflammé qui était resté au fond de l’ânie n’avait point été étouffé en écouvillonnant. La charge fut introduite. Au moment où l'on allait porter à la gargousse le second coup de refouloir, le canon partit, et les nommés Legrand et Clément, premiers servants, qui tenaient la hampe du refou-
loir, ont eu l’un le poignet droit et l’autre le poignet gauche emportés. En outre, ce dernier a eu les côtes enfoncées et la hanche affreusement blessée; il est mort le 27. »
(**) Le Globe a déploré cette fatalité, . oubliant, ne
Le premier, frappé en Roi (14), et mort en Christ (115) ;
Le second, en sujet !... (16).
Dites, à présent, messieursDupin , que les deux branches de ia maison de Bourbon ne sont point solidaires ! et que leur contraste lui-même n’est pas la preuve et le fait même de cette solidarité!
Pour moi, je les admire, je les aime d’un amour égal, et je ne sais même si, ayant à opter autrement que la Providence , je ne donnerais pas aujourd’hui même, aujourd’hui surtout, la préférence à la plus malheureuse : celle qui a le Malheur d’être Roi , comme dit Louis XVI dans son Testament, et qui, frappée au cœur, ne l'est point à la tête, et sait tour à tour assister à l’agonie 1a plus effrayante et veiller au salut de l’empire (17).
C’est donner plus d’un sens et réaliser supérieurement la Maxime antique et française : « Le Roi est mort, vive le Roi ! »
Je ne m’étonne plus que l’Église Romaine ellemême ait appelé Louis-Philippe dans la Bulle d’érection du siège de Cambrai : « son Très-cher fils le Roi Très-Chrétien , le Grand Roi. »
sachant, ou n’osant dire que nul Évêque de Sériez (* *) n’était là pour dire la vérité aux peuples-rors (le nos jours, sans être confondu.
(*) Vo\. la belle Fie de Monseigneur de Beauvais , par l’abbé de Sambuey , et le Prêtre dtvant le Siècle.
(14, 15, 16 et 17) Voy. à la fin.
DIEU
II. Le second Problème, celui de la Religion véritable n’est pas moins bien résolu dans la journée du 15 Juillet.
Le duc d’Orléans avait eu le malheur, nous ne dirons pas de donner, mais de paraître donner, par son alliance, un Otage à la Réforme, que Voltaire luimême considère comme « l’Ennemie née de la France et de l’ordre public », dans le Siècle de Louis XIV. — Et voilà précisément que son auguste épouse est précisément la seule à se trouver loin du lieu de sa catastrophe terrible ^ — et lorsque la nouvelle lui en arrive, et qu’elle se trouve en présence de son cercueil,... elle le trouve scellé... à jamais (18). — Et elle s’est condamnée elle-même à ne pouvoir, à moins d’inconséquence, lui donner une Prière! ~« Ah! puisset-elle comprendre , s’écrie l’éloquent vicomte de Maumigny dans la France du 22 Juillet, qu’un culte sans entrailles pour des morts qui nous sont si chers, n’est pas le culte d’un Dieu tout amour : Deus Charitas est ! Et vous, Fils de saint Louis , dites si , comme naguère à la tribune, vous vous applaudissiez de cette liberté des cultes que vous invoquiez alors $ dites si la Prière d’une épouse, en se mêlant à ses larmes, les rendraient moins douces à votre cœur! »
« Ah ! puisse-t-elle comprendre »... :
Elle a, nous ne craignons pas de le dire,.... elle avait compris déjà-, et l’éloquent Evêque de Montpellier ne lui avait pas dit en vain, au mois de la nais-
(18) Voy. à la fin.
DISANT PARIS
sauce de sou époux, ces belles paroles que nous avons publiées dans le Prêtre devant le Siècle , comme une Prophétie : « Puissent les Prières que répandent aujourd’hui de bons Catholiques dans ce temple, qu’ils doivent en partie aux dons de votre munificence , unies à celles que nous répandons nous -memes chaque jour en présence de Dieu, obtenir pour le roi, votre auguste père, ces grâces que i ’ Auteur et le Consommateur de notre Foi accorde seul aux rois de la terre, et que nous implorons avec ferveur sur sa royale famille, sur Votre Altesse Royale en particulier, Madame, pour laquelle, nous aussi, nous osons former ce vœu de vrai et solide bonheur qui s’échapperait de notre conscience d’Evêque catholique, s’il était possible que notre cœur oubliât en ce moment de nous le dicter, et que le Ciel (nous en avons la douce confiance) exaucera dans un de ces moments qui sont en sa puissance, ET DONT LUI SEUL A LE SECRET. »
. Quoi qu’il en soit, l’humble cadette de la
petite principauté luthérienne de Mecklembourg, qui allait se trouver Reine de la France,... la Fille aînée de l’Église,... n’est plus désormais qu’une veuve à jamais désolée,. .. jusqu’au jour, qui arrivera, oii elle sc fera Catholique : car la Religion catholique seule, exclusivement , est la religion de la consolation (*) et meme de la joie en Dieu dans la plus terrible mort.
(*) Nous ne voudrions, pour décider la conversion de la Filleule de la Mère de Constantin-le-Grand, premier Empe-
DIEU
reur catholique, que la Lettre suivante écrite par un ministre de Bordeaux à Y Indicateur :
« Bordeaux , le 21 juillet 1842.
« Monsieur,
« Voire numéro d’aujourd’hui jeudi annonce que les ministres protestants de Paris ont prié , dimanche, pour feu M. le duc d’Orléans. C’est là une méprise de votre correspondant, qui n’aura pas compris la différence que nous faisons entre un culte d’humiliation et de deuil public, à l'occasion de la mort du prince royal, et une prière pour le repos de son âme. Nous prions pour les vivants, à l’occasion des morts, mais non pour ces derniers , auxquels nous croyons être d'une entière inutilité. Nous n’avons donc pas prié pour M. le duc d’Orléans j nous avons prié, à l'occasion de sa mort, pour le roi, la reine, toute la famille royale, demandant à Dieu de leur envoyer une réelle consolation ) nous avons prié spécialement pour S. A. R. la duchesse d'Orléans , qui a des titres spéciaux à notre sympathie comme noire sœur en la foi ; nous avons prié pour la F rance, notre chère patrie, demandant à Dieu d’y affermir la paix et la piété, en faisant comprendre à la nation tout entière que c'est lui , V Éternel, qui est le maître de notre vie : enfin, nous avons prié pour nous-mêmes, demandant à Dieu de nous préparer, par une sainte vigilance, à la rencontre de l’éternité, que le spectacle d’une mort aussi prématurée que subite, nous fait envisager avec un sérieux retour sur nous-mêmes.
« Vous êtes trop ami de la vérité, Monsieur le rédacteur, pour ne pas rectifier cette petite erreur de fait, qui représente mal ce que nous pratiquons.
« Agréez, etc.
« Alphonse La Harpe, ministre protestant. »