‹ Dieu et diableChapitre 10 sur 17 · LE LAISSEZ-PASSER · texte numérisé non relu

LE LAISSEZ-PASSER

Après s'être assurée qu'elle était seule à l'enlrée de la forêt, Mariette lut ce qui suit :

« J'ai voulu t'écrire cetle lettre tout entière de ma main, ma chère Mariette, qv\e\^\ie ^^\î(^ ^^ v^i. ^^5»^^^ avoir à la lire; car il y a des cYvosç;^ ^\^fe\îi ^''s^k ^^^^ "^

loi et qui ne peuvent point passer par la plume d'on aoire. »

Et, en effet, ces quelques lignes, comme les suivantes, étaient presque illisibles, les lettres s'enchevêtrant les unes dans les autres et les lignes se brouillant sans cesse.

~ Ah! pauvre Conscience, murmura Mariette qui, à la vue de ce triste désordre, devina tout.

Et, poussant un soupir, elle continua :

« Mariette, je n'ai point osé récrire à ma mère, parce que c'est trop malheureux : Mariette, je suis aveugle! »

JMariette jeta un cri, les larmes jaillirent de ses yeux, et quoiqu'elle les essuyât avec une espèce d'acharnement pour arriver à la suite de la lettre, elles coulaient avec tant d'abondance, qu'elle ne pouvait lire à travers le voile humide qui se renouvelait sans cesse devant ses yeux.

Cependant, grâce à la puissance de sa volonté, elle parvint, sinon à tarir, du moins à suspendre ses larmes, et continua :

« Mariette, l'explosion a brûlé mes yeux. Je suis aveugle pour la vie. Je ne vous verrai plus jamais avec les regards du corps, ni toi, ni mère Madeleine, ni dame Marie^ ni le grand-père, ni l'enfanti ni personne de ceux gai m'aimeni.

» Âh! Mariette, Mariette, j'en mourrai bien sûr. t

Mariette ne s'apercevait pas qu'elle lisait tout haut et qu'elle sanglotait en Hsant.

<x Inutilement je veux appeler à moi cette résignation qne je croyais trouver au fond de mon âme dans les grands malheurs; mais c'est impossible; je me répète sans cesse : Malheureux, lu es aveugle! malheureux, lu ne la verras plus! Plus jamais! jamais! jamais!...

» Mais ne crois pas par tout ce que je te dis là que je sois assez égoïste pour exiger^que tu penses encore à moi et que tu te croies encore liée à moi. Non, Mariette; voilà le printemps qui revient, quoique je ne voie plus les petites feuilles vertes des arbres, les légers nuages roses dn ciel; non, je sens seulement qne le vent s'est adouci, que l'air est doux et parfumé, et qu'il m'apporte parfois des senteurs champêtres, comme il m'en apportait lorsque tu venais au-devant de moi avec un gros bouquet de fleurs des prés ou des bois.

9 Et avec les feuilles des arbres, avec les nuages roses, avec l'air plus doux vont revenir les fêtes de nos villages, les fêtes de Longpré, de Taille-Fontaine, de Largent et de Vivières, Mariette, elles sont faites pour toi encore, ces jolies fêtes où tu dansais si joyeusement; tu iras à ces fêtes, Mariette, et tu profiteras de ton beau et jeune temps, car si tu devais souffrir et te priver pour moi, je préférerais qu'une balle m'eût tra^^^ ^w ^«.xi^ ^\. ^^'^ m'eût, moi aussi, couché dans ceVV» %^^^^^ ^^'^'^'^ ^^"^

tandis qae Ton m*emportait encore à moitié évanoui, j'ai entendu jeter tant de mes pauvres camarades.

»Mais, IMariette, j'ai une prière à te faire; et c'est pour cela surtout et non pour te faire de la peine que je t'écris; Mariette, prépare peu à peu ma pauvre mère au malheur qui nous arrive, et veille à ce qu'elle ne tombe pas dans le désespoir. 0 ma bien-aimée Mariette!

» Ton pauvre coNscisNCBy

» Qui te rend ton amour, mais qui gardera le sien jusqu'à la mort.

» P. S, Si tu trouves une occasion, envoie-moi Bernard, j'aurai bien besoin de lui, lorsque je commencerai à sortir. »

— 0 mon Dieu! c'est trop de douleur, s'écria la jeune fille; mon Dieu! mon Dieu! ayez pitié de nous!

Et elle essaya de tomber à genoux, mais les forces lui manquèrent et elle s'affaissa les bras pendants et la tête renversée sur le brancard de sa brouette.

Elle resta un instant ainsi inanimée, presque évanouie.

Mais l'air chaud et caressant du printemps, les rayons

matinals du soleil du mois de mai la ranimèrent; le sang

circula de nouveau dans ses veines; elle leva la tête,

chercha à rassembler ses idées, se souvint de l'horrible

malheur, ramassa /a lettre lom\>éepY^s^'ft\\^,\^VC\^^\^

remit dans sa poitrine après l'avoir baisée, puis se redressant comme mue par une force supérieure, elle prit sa faucille et, coupant et arrachant Fherbe à la fois, elle en eut en moins de dix minutes empli sa brouette.

Alors elle revint rapidement à la maison; son œil était fixe, son sourcil demi-froncé, sa lèvre entr'ouverle; elle partagea Therbe en deux parts, en jeta une part dans le râtelier de la vache noire, et, faisant le tour de la maison du père Cadet, elle alla porter Fautre à Tardif.

Puis elle rentra dans la chaumière de gauche par la porte de la cour.

Tout le monde était encore, chacun ou chacune, où elle l'avait laissé, excepté le petit Pierre qui avait déjà oublié le chagrin des autres et le sien et faisait voler un hanneton au bout d'un ûl.

— Ma mère, dit Mariette en entrant à dame Marie, je pars demain pour aller voir Conscience.

Dame Marie tressaillit.

— Que dis-tu là, mon enfant? demanda-t-elle. Madeleine crut avoir mal entendu; elle tendit l'oreille. Le père Cadet reparut hors du lit.

— Je dis, ma mère, reprit Mariette avec la même fermeté, que demain matin Je pars pour aller voir Conscience. — Mais, mon enfant, s'écria dame Marie, c'est très-loin, Laon; au bout du département, à ce que l'on dit. ~ Ma mère, fût-ce au bout du monde, j'irai. — Mais tu ne sais pas le chemin. — Je dirai sur ma route à tous

ceux que je rencontrerai : Je vais voir un pauvre aveugle qui est à l'hôpital de Laon, indiquez-moi mon chemin. Et ils me l'indiqueront. — Mais il est donc aveugle! s'écria Madeleine avec désespoir. — Oui, dit Mariette presque égarée, il Test.

Madeleine vint s'agenouiller devant la jeune fille, et les deux mains jointes :

— O Mariette! dit-elle, si tu fais cela pour mon enfant, je m'en souviendrai jusque sur mon lit de mort. — Si je le ferai! s'écria Mariette, si je le ferai! oh! oui! car j'en ai fait le serment à Dieu! Mère Madeleine, je reverrai Conscience, je tous le ramènerai, ou je mourrai à la pein^! — Et tu lui porteras ma bénédiction qu'il demande, sainte enfant, dit le père Cadet en étendant, par un effort suprême, ses deux mains vers la jeune fille.

C'était la première fois depuis qu'il avait été frappé de paralysie, que le bras gauche du père Cadet retrouvait la vie et le mouvement.

Une fois le voyage de Mariette décidé, et il l'était, la première chose qu'il fallait se procurer, c'était un laissezpasser russe.

Les routes étaient couvertes de troupes alliées, et même avec un laissez-passer une jeune fille de l'âge et de la beauté de Mariette avait bien encore quelque danger à courir.

// e3i vrai qu'elle avait avec e\\e mtîi ^^fewseur qui, certes, ne permettrait pas que qw\^\3Leçfc\\v\\^\a>is3çwV

da bout du doigt.

C'était Bernard.

Mais Bernard, qui pouvait quelque chose contre un on même contre deux hommes sur une grande route, dans un chemin de traverse ou au coin d'un bois, ne pouvait rien contre une sentinelle gardant un poste, contre la consigne veillant aux barrières d'une ville, contre un régiment rangé en bataille et fermant un passage.

Ce qui pouvait quelque chose contre de pareils obstatacles, nous l'avons dit, c'était on laissez-passer russe.

Par bonheur, le général en chef Sacken, était à Vil- Icrs-Cotterets, où il venait de passer une grande revue, et demeurait chez Tinspecteur de la forêt, une des bonnes pratiques de Mariette.

Il était quatre heures de l'après-midi; Mariette fit signe à Bernard de la suivre et partit pour Villers-Gotterets.

Trois quarts d'heure après, elle sonnait à la porte de l'inspecteur.

Tout le monde connaissait et aimait la belle laitière, et, comme depuis plus d'un mois on ne l'avait pas vue, on lui fit grande fête à elle et à son chien.

Mais elle, aprèsavoir répondu à toutes ces avances par un triste sourire et de doux signes de tète, elle demanda à parler au général russe.

La demande parut si étrange, que les domestiques se regardèrent entre eux, et se mettant à rire, lui demandèrent quelles affaires elle avait à régler avec Son Excellence moscovite.

— Une affaire d'où dépend ma vie, répondit si sérieu- £emeot Marielte, que les rires cessèrent aussitôt, et que Tun des serviteurs dit : -^ Eb bien! il faudrait prévenir madame. — IMais, répondit la cuisinière, Madame est à table avec Son Excellence et tout Télat -major : Madame ne se lèvera certainement pas de table pour mademoiselle Mariette.

La cuisinière était de mauvaise humeur; on lui avait fait faire, par le domestique qui servait à table, des reproches sur un sauté de lapin dont la sauce était mai liée.

— Si fait, dit le même domestique qui avait pris Mariette sous sa protection, madame se lèvera quand on lui dira qui la demande, car madame aime beaucoup la jolie laitière, comme elle dit, et hier elle demandait encore de ses nouvelles. — Alors, monsieur, je vous en prie... dit Mariette. — Oui, mon enfant, oui, répliqua le domestique, j'y vais, et il ne sera pas dit qu'au risque d'une rebuffade, je n'aurai pas fait ce qu'une si jolie bouche m'a si gentiment demandé. — Flatteur! dit la cuisinière en tournant le dos et en haussant les épaules pour veillera une omelette soufflée.

Mais, Sans faire attention à l'apostrophe, le domestique entra dans la salle à manger, dit deux mots tout bas à sa maîtresse, qui se leva et sortit.

— Commenil c'est loi, mai ^eWV^^wveWft? dit-elle en apercera ni la jeune fiUe,tu nows «is ^otk^ w^Ax^-s» vaoxws^

lepuis un mois? — Vous voyez bien, madame, que je ne ^ous ai poinl oubliée, tout au contraire, répondit Ma- 'ielte, puisque, dans notre grand chagrin, jeviensà vous.

— El quel est ce grand chagrin? demanda Tinspectrice.

— Oh! madame, ce serait bien long à vous raconter, ;ar il faut que je parte ce soir ou demain matin au plus lard pour un voyage qui va me conduire tout au bout du département; mais, si vous voulez bien me faire parler au général russe, comme je serai forcée de lui dire tout, ayant une grâce à lui demander, alors vous saurez combien nous sommes malheureux. — Au général russe! toi, mon enfant! dit la femnne de l'inspecteur tout étonnée. — Oui) madame, répondit fermement Mariette, au général russe; au reste, si je ne puis lui parler en ce moment, permettez-moi de rester soit dans la cuisine, soit dans la cour, soit dans le jardin, j'attendrai. — Non, mon enfant, non, dit la femme de Tinspecteur étonnée de celte gravité mélancolique; si TafiTaire dont lu as à parler au général est si pressée, non, il faut lui parler tout de suite. Viens avec moi. — Oh! Madame, que vous éles bonne et que je vous remercie! s'écria la jeune fille eo s'élançant vivement sur les pas de son introductrice.

La femme de Tinspecteur passa la première et ouvril la porte d'une salle à manger où achevaient de dîner une dizaine d'officiers russes.

Mariette le suivit; le dévouement chei e.VV^ -^^v ya'iDCu la limidité.

— Général, dil la œaUresse de la maison en s'adressant à Tofficier qui tenait le milieu de la table, vofei ooe jeune fille qui a une grâce à demander à Votre Excelieoce et que je me permets de vous recommander. — Eh! donc, recommandée par vous, dil le général avec ce léger aceeol qui indique un Russe parlant français, reconumandée par vous, elle est la bienvenue.

Puis, reculant sa chaise et la faisant pivoter de manière à s'isoler de ses deux voisins en se reportant en arrière :

— Venez ici, ma belle enfant, dit-ii.

Marietle s'approcha les ^eux baissés, tout émue de paraître devant cet homme, qui, pour elle^ était le représentant de la Providence, puisqu'il allait lui ouvrir le chemin qui conduisait à Conscience.

— Me voici, dil la jeune fille. — Gomment vous appelez-vous? — Marielte, monsieur. — Mais c'est qu'elle est vraiment charmante^ dit le général en caressant le menton de la jeune fille avec sa main.

Mais Marielle, avec une dignilé incroyable, prit avec sa main celle main trop familière et la baisa respeetueuse* menl comme fait devant un puissant une jeune fiUe humble, mais qui veut être respectée.

Le général senlil cette nuance pleine de délicatesse, el reliranl sa main :

— Ah! mademoiselle, c'est autre chose, que désirezvous? — Monsieur, dit-elle, je désirerais un laissez-passer pour aller à Laon. — Comme cela, loule seule? — Oli!

Don^ monsieur, pas toute seule, avec Bernard. — Qu'estce que Bernard? demanda le général.

En ce moment Bernard, qui était respectueusement resté en dehors de la porte, entendant prononcer son nom deux fois, pensa qu'il ne serait point indiscret à lui de se présenter, et pesant sur la porte poussée seulement, entra et vint se ranger près de Mariette.

— Voilà ce que c'est que Bernard, dit la jeune fille. Le général regarda ce magnifique animal qui fixait sur

lui des yeux ardents, prêts à franchir sur un mot de sa maîtresse toutes les nuances intermédiaires entre la douceur et la colère.

— Peste! dit-il, c'est en effet un bon compagnon de route^ mon enfant; mais qu'allez-vous faire à Laon? — Je vais chercher un pauvre soldai qui est à l'hôpital. — Blessé dans une. bataille? — Aveugle par un caisson qui a sauté. — Et ce soldat est votre frère, votre cousin, votre parent? — Ce soldat, c'est Conscience. — Ah! et Conscience est votre amoureux, alors, puisqu'il n'est ni votce parent, ni voire cousin, ni votre frère, puisqu'il est Conscience tout court? — Ce soldat est l'homme que j'aime et que je dois épouser. — Gomment! vous si jeune et si jolie, vous allez épouser un soldat infirme, aveugle, impotent? allons donc! — Je croyais vous avoir dit que je l'aimais, monsieur. —Oui, mais avant son malheur. — Oh! monsieur! s'écria Mariette en pleurant, depuis son malheur, je l'aime bien

davantage. — Mais, en vérité, dit le général, moitié riant, moitié attendri, c'est intéressant comme une idylle de TriloiT^ j'ai bien envie non-seulement de donner à celte belle enfant le laissez-passer qu'elle me demande, mais encore ma voiture, avec une escorte de Cosaques. — Monsieur, dit Mariette, ne vous moquez pas de moi, je vous prie, car je parle au nom du Seigneur, qui m'a dit de quitter mon village et ma mère pour aller chercher Conscience. Je n'ai pas besoin de voiture, car je marche bien; je n'ai pas besoin d'escorte, car j'ai Bernard qui m'accompagne. Je n'ai besoin que d'un laissez-passer, pour que sur le chemin personne ne m'insulte ou ne m'ar- rête. — C'est bien, mon enfant, dit le général, toute fait touché de celte simplicité; je ne veux point ôterà votre dévouement une parcelle de son mérite oa de sa grandeur. Je ferai donc pour vous ce que vou3 demandez, rien de plus, rien de moins.

Puis se tournant vers un jeune homme qui lui servait d'aide de camp : — Elim, lui dil~il, préparez pour celte jeune fille un laissez-passeren trois langues, russe, prussienne et française; mettez-y mon cachet et apportez-lemoi à s'gner. — Merci! monsieur; j'espère que Dieu vous récompensera de votre bonlé, dit Mariette en se reculant et en allant attendre contre la muraille le retour de l'aide de camp.

Au bout de cinq minutes, celui-ci revint; il apportait Je laisseZ'passer (oui écriv, eV uiv^ ^\\jLW\^v\^TCi^^^«^^^\M^

dans rencre, afin que le général n'eût plus qu'à bigner. Celui-ci prit le papier de la main gaueiie et la plunie de la main droite et lut :

c II est ordonné aux officiers, soldats et autorités russes on françaises, de laisser circuler dans toute l'étendue du département de l'Aisne la jeune fille, porteur du présent laissez-passer, et même de lui accorder aide et protection en cas de besoin. »

Âpres avoir lu, le général fit un signe de tête équivalant à une approbation, écrivit au-dessous du triple laissez-passer russe, prussien et français-:

< Le général commandant en chef le département de

l'Aisne.

» Sagken. »

Puis II présenta le papier d la jeune fille.

Celle-ci voulut de nouveau lui baiser la main, mais sô levant et l'attirant à lui, le général russe l'embrassa paternellement au front en Jui disant :

— Va, mon enfant, et que saint Newski te protège.

Mariette devint rouge comme une cerise, et cependant elle avait compris toute lacbasteté du baiser qu'elle venait de recevoir.

Puis, se jetant sur la main de la femme de l'inspecteur, qu'elle baisa malgré elle :

DIEV ET DIABLE, T. 2. ^

— Oh*, madame/ madame! s'écria-t-elle^ 'combien je vous remercie du fond de mon cœart

Et elle s'élança hors de la salle.

Bernard, joyeux de sa joie, bondit derrière elle et disparut en même temps qu'elle.

Et l'on se remit au dîner dont la fin tout entière fut consacrée aux explications que donnèrent sur Conscience, Mariette, le père Cadet et le reste de la famille, l'inspecteur et sa femme, tant l'impression qu'avait faite l'apparition de la jeune fille avait été vive sur le général et les officiers russes.

Trois quarts d'heure après, précédée de Bernard qui annonçait son retour, Mariette, triomphante, traversait le village d'Haramont et rentrait dans la chaumière de gauche, sou laissez-passer à la main.

Ainsi, rien ne s'opposait plus au départ de Mariette.

Le père Cadet se retourna dans son lit et tira de sa caclielle son vieux sac de cuir.

Hélas! dans, son vieux sac de cuir il ne restait plus qu'une pièce d'or.

— Tiens, ma fille, dit-il avec un soupir en offrant l'unique pièce d'or à Mariette, prends, et ramène-nous Conscience.

Mais celle-ci, qui n'ignorait pas la gêne qu était tombée la famille du père Cadet depuis la maladie du vieillard et depuis le départ du jeune homme, secouait la tête en disant :

— Mercit grand-père, gardez votre pièce d'or, j'ai tout ce qu'il me faut.

Puis se retournant vers dame Marie :

— Mère, dit-elle tout bas, n'est-ce pas, que tu permets qu'en passant demain à Villers-Cotterets, je prenne chez le boucher les trente francs qu'il nous doit pour le veau que nous lui avons vendu il y a deux mois? — Fais ce que tu voudras, mon enfant, dit dame Marie. Estce que ce n'est pas le Seigneur qui t'inspire? Ce serait fâcher Dieu que te contrarier.

LA PATACflE DE HARTINEAU, LA CHARRETTE ET LA FEMME

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