‹ Dieu et diableChapitre 13 sur 17 · LE RÊVE D£ CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LE RÊVE D£ CONSCIENCE

Il était deux heures de l'après-midi. Quoiqu'on fût dans les premiers jours de mai, il faisait une de ces chaleurs de printemps qui parfois dépassent en intensité celles des jours les plus chauds de l'année. Une vapeur ardente qui s'était, le matin, élevée de terre sous la forme d'un léger brouillard, semblait y redescendre en «nages de flamme. Aucun vent n'agitait les branches des arbres; les oiseaux se taisaient dans les buissons; seuls, les lézards, ces joyeux adorateurs du feu pour lesquels le soleil ne répand jamais assez de rayons, glissaient au milieu des herbes par mouvements rapides et saccadés, tandis que

\e$ mouches à miel, laborieuses méoagères, bourdonnaient en sillonnant Taîr, portant à leurs ruches civilisées ou à leurs troncs d'arbres sauvages la récolte de miel el de cire que Tbomme a trouvé moyeu de leur faire faire à son profit.

A part ces deux bruits, qui, d'ailleurs, étaient plutôt des frissonnements que des bruits, toutes les voix de la nature gardaient le silence: aussi loin quela vue pouvait s'étendre, on n'apercevait point unie seule âme vivante; la création tout entière, déshabituée depuis longtemps de la chaleur, semblait assoupie.

A cent pas de l'étang de Salmoussy, sur la lisière du petit bois qui porte le même nom, Conscience dormait, la tête appuyée sur son portemanteau. Les branches rap- 1 prochées de deux jeunes chênes lui faisaient au-dessus de la tête une voûte de feuillage, tandis que, à genoux près de lui, Mariette le regardait avec une compassion pleine d'amour, en écartant, à l'aide d'une branche de bruyère aux fleurs roses, les mouches qui temdaient incessamment, dans leur importune ténacité, à se reposer sur son visage.

Et tout autour de lui, non pas à la brise de Fair, car, nous l'avons dit, toute brise était morte, mais au vent que faisait Mariette en agitant sa branche fleurie, la gentiane azurée inclinait ses calices et la campanelle frissonnait en secouant ses mille clochettes.

C'était le lendemain du jour où les deux enfants avaient

fait leur station et leur prière dans.Pëglise de Notre- Dame^ de-Liesse,

Après cette station et cette prière, ils étaient rentrés à Tauberge des pèlerins; pauvre auberge, habituée à recevoir de pauvres hôles, car, en général, ce ne sont point les riches de ce monde, ceux-là qui ont assez de foi pour voter des pèlerinages et assez de conscience pour les accomplir à pied.

Ils y étaient rentrés, les pieux enfants, portant ces beaux bouquets d'or et d'argent que les pèlerins achètent à la porie de l'église, et dont, au retour, ils ornent leurclieminée et le chevet de leur lit, pour prouver plus tard à leurs descendants qu'ils ont accompli le saint pèlerinage.

Le lendemain, ils étaient partis, après avoir entendu la messe; ce qui fait qu'ils n'avaient pu se mettre en route 'que sur les neuf heures du matin.

Puis, comme ils avaient abandonné la grande roule, sur la promesse qui leur avait été faite qu'ils gagneraient deux lieues et suivraient un charmant sentier plein de fraîcheur en abandonnant la traverse, ils étaient arrivés vers midi à la lisière du bois de Salmoussy, où ils s'étaient assis pour se reposer, et où, après un instant de repos, Conscience, encore faible du régime de rinfirmerie,encore fatigué des émotions de la veille et de la surveille, s'était toutiloueement laissé aller de la causerie au sommeil.

Il y avait donc déjà deux heures que Conscience dormait ainsi, et Mariette, qui ne voulait pas cependant le réveil-

1er, commençail, en mesnrant le reste de l'étape à iaire pour aller coucher à Presie, village que^d'après les renseignements pris, ils s'étaient donné comme le terme de leur course du jour, à s'inquiéter de la proloogation de ce sommeil.

Puis, autre chose l'inquiétait encore, l'attentive jeune fille : c'est que le soleil, en tournant, pour Mariette, c'était le soleil qui tournait et non la terre, c'est que le soleil, en tournant, allait atteindre de ses brûlants rayons les yeux du soldat endormi.

Alors, déposant sa branche de bruyère près de Conscience, Mariette entra dans le bois, coupa deux branches de bouleau, revint, les planta en terre, entre Conscience et le soleil, et, y suspendant son tablier, elle en fil unesorte de tente dont l'ombre s'étendit sur le front du dormeur.

Puis elle reprit sa branche de bruyère et s'agenouilla de nouveau près de son ami, se plaçant de manière à être abritée, en même temps que lui, sous le même parasol.

Là, pendant plus d'une demi-heure encore, elle épia le sommeil de Conscience, écoutant sa respiration, comptant, pour ainsi dir.e, les battements de son cœiur.

De temps en temps, Bernard, couché aux pieds da jeune homme, rouvrait les yeux, levait la tête, regarilait son maître, et, voyant qu'il dormait toujours, allongeait le cou sur l'herbe et se rendormait de son côté.

Cependant, Mariette^ dont le regard ne quiu&it pas le

— gl —

visage de Conscience, crut s^apercevoir, à quelques contractions oerveoses des muscles de ses joues et à la précipilalion de plus e» plas grande de sa respiration, qw quelque songe douloureux l'agitait. Elle allait, en conséquence, le réveiller, lorsque tout à coup il rouvrit ses yeux sans regards, jeta vivement ses mains en avant, et s'écria :

— Mariette! où es-tu, Mariette?

La jeune fille saisit ses deux mains.

— Ah! fil Conscience avec un soupir.

El il laissa retomber sa tête inerle sur son porle-monteàu.

— Oh! mon Dieu! mon Dieu! demanda Mariette, qu'as-tu donc, mon ami?

Et elle passa une de ses mains sous son cou pour le soulever.

— Rien, rien, murmura Conscience. — Mais td trembles de tout ton corps... tu pâlis... tu vas te trouver maM— J'ai rêvé une chose terrible, dit-il. J'ai rêvé que, pendant mon sommeil, tu t'étais éloignée de moi, et qu'à mon réveil, chose étrange! je voyais, dans mon rêve! et qu'à mon réveil, je te cherchais vainement...

Puis, laissant tomber sa tète dans ses deux mains : ^ Mon Dieu! mon Dieu! murmura-t^il, je ne sais si jamais j'ai tant souiTert! — Pauvre fou, dit Mariette, qui se laisse aller à de pareilles pensées! qui me soupçonne de pouvoir l'abandonner, même en rêve! Pauvre fou! ou plotôt méchant et ingrat!

— sa —

Et, d'une voix douce et enjouée :

— Dieu le punira, Conscience! dit-^Ile, si tu as encore de pareilles pensées. — Mariette, dit Conscience, les rêves viennent de Dieu, et, quand ils ne sont pas un présage, ils sont quelquefois un avis. — Un avis! que veux-tu dire, Conscience! — Rien, bonne et chère Marielle, répondit tristement le jeune homme. Je me parle à moi-même, comme cela m*arrive souvent... Aide-moi à me relever, Mariette; il doit être tard. Je ne sais, en vérité, comment je me suis laissé aller à ce lourd sommeil.

Puis, avec un soupir :

— Il faut, ajouia-t-il, que ce soit par la permission de Dieu.

Mariette le regarda étonné.

— Mais, mon Dieu! Conscience, demanda-t-elle, avec inquiétude, que murmures-tu donc là? Faut-il donc que ce soit un rêve qui te jette dans un tel accablement?... Tu as rêvé que je te quittais. Conscience : eh bien! tu sais qu'il faut toujours prendre Fenvers des rêves pour arriver à la réalité; tu as rêvé que je te quittais : eh bien! c'est la preuve que je suis liée à toi pour la vie.

Conscience chercha les mains de Mariette.

Il les eut bientôt trouvées, car la jeune fllle les mit dans les siennes.

Alors, les serrant avec force, il fixa sur la Jeune fille son œil terne, comme s'il eut voulu lui dire le douloureux secret qui oppressait son cœur; mais tout à coup sei

muscles se détendirent, ii secoua la têle^ et, d'une voix brisée i

— Mariette, dit-il, donne-moi mon porte-manteau, et

remettons-nous en route, — Remettons-nous en route, soit, dit Mariette; mais, quant au porte-manteau, c'est

moi qui m'en chargerai.—- Mariette, toi... une femme?... Impossible! — Assez, Conscience; tu sais bien que je suis forte. D'ailleurs, quand je serai fatiguée, je le bouclerai sur le dos de Bernard... Il est bien de taille à le porter, Fui, j'espère! ajoula-t-eile en riant, dans Tespoir que son rire dériderait le visage de Conscience.

Mais, tout au contraire, en voyant ce que la jeune fille faisait pour le distraire et le consoler, son visage se couvrit d'une nouvelle teinte de tristesse.

^ — £h bien! dit-il, soitl conduis-^noi au milieu ducbenûn, Mariette; donne^moi mon bâton, et marchons!

Mariette le conduisit, en effet, au milieu de la route, lui mit son bâton dans la main, et lui donna le bras.

— Écoute, Conscience^ dit Mariette; maintenant, si je marche trop vite, arrête-moi; c'est à toi de régler mon jMis sur le tien... Et cependant. Conscience, je te l'avoue, eontinua*t-elle en voyant que l'avetigle laissait tristement tomber sa tête sur sa poitrine, je voudrais que nous eussions, non pas des pieds, mais des ailes comme les hirondelles, qui peuvent voler si vite et qui, dit-on, viennent de si loin... 0ht comme nous irions d'un seul trait jusqu'à la maison!

CoDScieuee poussa an soupir.

— Mais sois tranquille, continua Mariette avet otf enjouement qu'elle n'affectait que dans Tespoîr qu'il passerait au cœur de Conscience; à défaut d'ailes, nous avons notre volonté et notre courage... Avec bonne volonté et bon courage, nous serons arrivée demain au soir on après-demain dans la matinée au plus taNI. Oh! pense à ce retour, Conscience; pense à la joie de ta raère^ à la joie de la mienne, à la satisfaction du père Cadet, aux cris du petit Pierre. Oh! comme ma mère Madeleine t'embrassera avec bonheur! Comprends-tu, Conscience, elle qui te croit dans un panvre hôpitaf, èw un méchant grabat, entre quatre murs sombres, et qui ne se doute pas que tu viens de dormir sous le grand dais bleu du ciel, couché sur la bruyère et ie serpolet, en iouts liberté, comme cette alouette qoi s'élève dans le eiel en chantant!... Entends-tu l'alouette, Conscience?^.; Oh! si tu savais comme elle est haut, comme elle monte ao ciel? C'est à peine si je la vols. — Oui, je l'entends, dit Conscience; mais^ hélas! comme tu dis, Marielie, je ne la vols pas... je ne la verrai plos, Mariette... Mariette, je suis aveugle! — Eh bien! ConseieBce^ est-ce que je ne vois pas peur toi! est-ce que je ne suis pas là pour te conduire, pour te guider, pour te dire la forme et la couleur des choses?... N'as-ta pas vu, hier, la bonne Vierge quand je te l'ai montrée?..* Eh bien! Conscience, je serai toujours ainsi, là, devant toi, près

de loj, au derrière toi... N'est-ce donc pas bicD doux, un ujifllieiir qui nous dit sans cesse : Conscience ne peu( plus être séparée de Mariette; Mariette ne peut plus être séparée de Cgnscience! — Oui, je sais, Mariette, dit Conscience, oui, il y a une suprême douceur dans cette Idée... oui, je vois par les yeux mieux que je ne vois par mes propres mains... Oui, qa^nd tu me parles, ta voix me (9ii itrembler d'émotion... Oui, quand je t'écoute, je vois... Tiens, dans, ce moment où lu marches devant moi et OUI je le sois, il me isemble qu'une lueur céleste pénètre dans mes yeux élein ts;j'éppouvece qu'éprouverai t un homme qui, les yeux fermés, suivrait un ange de lumière. Il yadcs instants, Mariette, où je crois que Dieu me rend la v,ue pour le montrer à moi dans ce moode, teJ'le qu'il te montrera h moi dans l'autre, quand tu auras reçu de ses mains la récompense éternelle que tu as si bien méritée... iiiais...

Conscience poussa un soupir et secoua la tète avec découragement.

— Mais quoi? demanda Mariette en s'arrètant. . L'aveugle devina que Mariette s'arrêtait : il étendit le bras gauche et le passa sous le bras droit de Mariette.

Mais, reprit-il, ma chère, ma (jien-aimée Mariette, mon rêve de tout à l'tieure m'a donné à penser. — Que dis-tu donc là. Conscience? — Je dis, Mariette, que Dieu, qui. a fait de toi quelque .chose de tendre et de resplendissant à la fois, a mis naturellement le dévouement au nombre de toutes tes vertus. Ce dévouement,

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Mariette, tu me Toffres... oh! de tcHit ton cœur, de toute ton âme, je le sais... mais de même que ta dois me Toffrir, Mariette, moi je ne dois pas Taecepter.., — Oh! mon Dieu! Cooseience, s^écrla Manette, tti-Detn-àîmes donc plus?... Jésus! qu*ai-je fait pour cela?

Et la jeune fille joignit les mains, les yeux Gxés sur Conscience, et prête à éclater en sanglots.

^ Tu n'as rien fait, Mariette, et, tout au contraire de ne plus t'aimer, je t'adore! mais mon adoration, à moi, pauvre aveugle, ne saurait payer ton dévouement. — Payer! s'écria M^irielte; que parles-tu de payer?

Conscience sourît tristement.

— Laisse-moi dire, Mariette, continna-l-il, et parlions avec ca^me. Tu es jeune, tu es belle, Miariette; ta as le cœur fort, Tâme grande; tu es habituée au travail, et au lieu que IMnaclion soit pour toi un repos, elle est une fatigue. Eh bien! je ne puis, moi, comprends bien cela, je ne puis, moi, pauvre aveugle, te prendre ta jeunesse, te prendre ta beauté, te prendre ta vie, et tout cela, parce que tu m'aimes, parce que tu as pitié de moi... Que deviendras-tu, quand le temps t'aura faite vieille, et que je t'aurai faite pauvre? que deviendras-tu, quand nos parents dormiront sous Therbe du cimetière? Tu seras dans l'abandon, dans la misère, dans la tristesse, et pourquoi? parce que tu te seras obstinée à m'aîmert — 0 mon Dieul Seigneur! s'écria MarieKe,vous l'entendez! Voilà comme H me récompense, le méchant! — ^rs

tranquille, Mariette... Ohî de ce qu^ ta auras voula faire, je t'aurai, dans ce monde et dans l'autre, la même reconnaissance que si tu l'avais fait, car tu l'ofiTrais, pauvre enfant, et c'est moi qui le refuse... Si le bon Dien pcrmetlait, vois-tu, non pas que mes pauvres yeux me fussent rendus, ce serait lrop<iemander à sa bonté, mais que je .visse assez pour travailler un peu, pour conduire l'âne et le bœuf du père Cadet dans un sillon, ou pour aller chercher du bois dans la forêt; si je pouvais, en travaillant le dotfble de ce que travaille nn autre homme, gagner la moitié de ce qu'il gagne; si j'étais sûr seulement de te donner ce pain quotidien tfue nous demandons à Dieu, ehj je tomberais ici, à l'instant même, sans faire %n pas de plus, à genoux devant toi, pour te dire: Merci!... merci! Mariette, d'être si belle, d'être si i)onne, d'être si miséricordieuse! et, étant tout cela, de vouloir bien être à moil... Mais, hélas! continua Conscience en secouant la tête, non, non, non... cela ne se peut pas! — Mais, au nom du ciel! Conscience, s'écria Mariette, tais-toi, tais-toi donc!... Tu ne vois donc pas que tu me brises le cœur, que je pleure à chaudes larmes, ^ue je me tords les bras de désespoir? — J€ ne vois plus rien, dit Conscience, rien que la nuit! et il ajouta, si bas qu'il fallut que Mariette lui prêtât toute son attention pour l'entendre: Rien que la mort! — La mort! s'écria Mariette pâlissant. Tu penses à mourir, et c'est pour cela •que tg veux m'écarter de toi; tu as raison, car tu sais

bieD qu« si je reste à les côlés, je ne le laisserai pas mourir... Voyons! Coasciesee, ce n'est pas tout cela... Tu nae rends telleniei)l triste, que je ne puis plus marcher... Non, je ne continueraf pas mon cbemin; oon, j^ ne ferai pas un pas de pJus vers le village, si nous ne nous expliquons pas ici. Viens, viens, Cooscienee, asseyons -BOUS encore sur le bord du chemin, car, mot, Us jambes me manquent, et je ne puis plus me iem'r debout!

Et elle conduisit raveagle, qui se laissajaire, jusqu'au talus du sentier, où il s'assit.

-<- Maintenant, dit-elle, voyons! explique-loi, mes ami, el dis une bonne fois tout ce que lu as dans le cœur. — Ce que j'ai dans le cœur, le voici, Mariette : c'est qu'il faut me promettre que tu ue négligeras plus ta belle jeunesse pour moi, que lu ne me sacrifieras plus too existence, que (u ne seras pour moi à l'avenir qu'une sœur... Mariette, Mariette, lu as dix-neuf ans! Crois-moi, il y a encore de belles fêtes à Longpré, à Taille-Fontaine et à Vivières, el de beaux garçons pour l'y mener. — Ah! voilà doue où tu en voulais venir, méchanl! répondit es sanglotant Mariette; voilà donc comme tu me remercies pour ma bonté... non, je me trompe, pour mon amour!... •Mais lu ne sens donc pas que ta me martyrises, que tu me lortures plus que ne ferail le bourreau? llya de belles fêtes,,, il y a de beaux garçons.,, il a dit cela^ mon Dieu! nK>n Dieu! Il a dit qu'il y avait encore pour moi»

|KNir sa pauvre Marieitç, de belles fiâtes e( de beaux garçmis! Gonment ai-je mérité cela? mon Dieu! répondezmoi, car vous seul le savez!

£t, cette fois, si Coascience ne put voir ses larmes, il put, au moifis, entendre ses sanglots.

-^Oji! Mariette, Mariette,s'écria-tMl es lui saisissant la main, eofflprends donc ma pensée,Iis donedans mon cœar, Si j'avais dix yeux, et qu'il fallût me les laisser brûler les iuns après les autres, je le ferais pour toi; je le ferais pour 4iv0ir le droii de t'aimer, et surtout pour avoir le droil de Vempêcher d'en ainaer un autre! Mais je suis aveugle, aveujgle par aeddeol, pour toute ma vie!... Vois-tu, Mariette, être aveugle, c'est une soufTrance que ne peuil comprendre laucune créature humaine ayant ses deux yeux... Ainsii, Dieu me punirait, vois*tu, si je t'associais là ^a pareil malheur! — £l alors, dit Mariette un peu consolée par cette douleur que venait d'exprimer Con- ^ience, alors, si je suivais le conseil que tu me donnes, si j'allais aux belles fêles avec les beaux garçons, tu oublierais Mariette comme Mariette t'oublierait? — T'ou- Mier! s'écria Conscience. Comment pourrais-je t'oublier, toi qui es la seule chose humaine demeurée visible pour moi?... T'oublier, moi dont la vie doit se passer désor-iiiais à penser et à rêver!. «. Mais à quoi rêveraisje, h .quoi penserais-je, si ce n'est à toi? — Ainsi, quand même je cessenris de t'aimer, demanda Mariette, tu m'aimerais toujours, t9i? — 0 MarietSel moi... moi... jusqu'à lamortt

q9fi nous vivroas dans la paix et dans le boBbear, avee nos bons et ^ieiix pirenls, qui nous qttitterqnt selon leur âge, et que nous «tous rejoindre à notre lour, et probabieinenteAsemble, Çoià&cieaee, poisfae nous avons tous les deux vingt ans; ear Dieu, bon ju$qu'à la fin, noqs accordera celte grâce, ne nous étant pas quittés un iiH staut pendant nQtr9 vie, de ne pas nous quU^m* même au moment de notre mort... £st-*ee bien arrangé ainsi, dis, Conscience? et cela vaut-il mieux que de courir les belles fêles aux bras des beaux garçons, en laissant son pauvre bien-aimé blotti, avec Bernard à ses pieds, daas un angle de Ja cbeminée on dans un coin delà cliaumière?

Coinscience ne pouvait répondre; il baisait les mains de Mariette en pleurant et en sanglotant.

— Allons! viens, dil-»elle; il nous fout partir, car nous avons perdu bien du temps, toi à dire des sottises et moi à les écouter. Lève-^loi et marcbons. Conscience. — Oh! murmura Copscience, sMl restait au moins quelque espoir...

l^riette parut prêle à répondre; sp bouche s'ouvrit, mais un souffle brûlant c'en échappa seul; et, passant sa main sur son front^ comme pour se soustraire à une espèce (Je vertige :

— Non! non! murmura*t-elle, si ie bon chirurgienmajor s'était trompé, ce serait trop cruel! — Que distu ainsi tout bas, Mariette? demanda Conscieoee. — le prie Dieu, répondît Mariette, pour un beau garçon

avec lequel f espère encore sllér aax belles féCes du til^ 4age...

Et tous deux se remirent en chemrn, Conscience secouant la tête avec un^ reste de mélancolie, Mariette te^ nant ses beaux yeux fixés au ciel, comme si elle y eut cherché l'étoile d'espérance qui conduisit les bergers à la erèebe sainte de Bethléem.

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