‹ Dieu et diableChapitre 15 sur 17 · ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

ESPÉRANCE

Arrivés au milieu de la chambre, Conscience et Baptiste s'arrêtèrent. Le docteur plaça Mariette à la droite de Conscience, se plaça lui-même à sa gauche, tous deux se tenant debout dans le cercle de son rayon visuel; après quoi, ayant fait signe à Mariette de se taire, lo vieillard ordonna à Baptiste d'enlever le bandeau qui couvrait les yeux du jeune homme.

Puis, le bandeau enlevé :

— Mon ami, dit-il à Conscience, ouvrez les yeux maintenant, et dites>nous si vous distinguez quelque chose, soit comme masse, soit comme contour.

Conscience demeura un instant les paupières clignotantes; puis sa vue parut se raffermir; son œil terne parcourut le' demi-cercle qui s'étendait devant lui, et finit par s'arrêter sur Mariette.

Tout à coup il jeta un cri, et s'avança, rapide et les bras étendus en avant, du côté de la jeune fille.

Celle-ci, à son tour, voulut s'élancer vers Conscience, mais un signe du docteur la retint.

Elle demeura donc immobile, haletante et pleine de frissons comme si elle eût eu la fièvre.

Conscience s'était avancé jusqu'à elle; au moment de

-la tooeber^jl s'arrêta, craignant sans doote de la heurter; et tendant sa main tremblante :

— Mariette, Mariette, dit-il, es-ia là?.», oa ce que je vois n'est-il qa'one ombre^ qu'une erreur de mon imagination?... 0ht situ es là, par grâce, parle-moit toucbemoit — Conscience! s'écria Mariette ea lui saisissant b main. — 0ht mais alors je vois! alors je ne serai poiit aveugle : je vois, Mariette, je vois!...

Mariette n'osait parler. On eût dit qu'elle était, aiisi que Conscience, le jouet de quelque illusion, et qa'die craignait qu'un mot, un mouvement, un geste, ne ^tév»nouir son rêve.

— Si vous voyez, demanda le docteur^ dites-moi it quelle couleur est le châle de Mariette. — Elle 9 soi fichu rouge^ monsieur le docteur. — C'est vrai, s'écru Mariette; oh! quel bonheur! Cette fois-ci, ce n'est poiii une erreur, Conscience; oui, j'ai bien men fichu ron^

Le docteur paru l étonné.

— Votre amie a son fichu roqge, dltes^vops?,... ^ vous trompez-vous pas. Conscience? — Oh! ikui, moi' sieur le docteur. — Et vous voyez rouge? — Non, ■* sieur, dit Conscience, je ne vois qu'une (eiote grisàire mais un jour, chez lui, Je docteur Lecos^ m'^ expMi^ que quand il fait sombre, le ^oug^ paraît plus noir ^ les autres couleurs. Je vois le châle de Mariette fi foncé, et je présume par conséquent qu'il doit être roo^ — C'est bien, dit le docteur; assez comme cela. Embn^ sez-vous, mes enfants, et ayez bon espoir.

PuîSy se tooroant ve^s h domestique, iaodis que tes deox jeunes gens se jetaieiït dans les bras l'uo de l^'aolre : *

•— Baptiste, dit-il, remets le bandeau^ sur les yeux dé notre a^veugle,. qui, dans quelques mois, je l'espère brea, sera guéri; puis fais-le dîner; après quoi tu le conduiras èsa chambre, car il faut n^intenant qu'il se repose, afin de pouvoir se remettre en route demain dès le malin. Quaol à mademoiselle Mariette, elle dînera ici ou avec

, Gooseience, à son choix. — Obi avec Gottsclenice, monsieur le docteur; je- suis si beure«ise, que j'ai absolum^t besoin de le volr^ ou, autrement, je cesserais de croire à mon bonheur. — Soil. Tu entends, Baptiste? — Oh! monsieur le docteur, comment vous remercier? s'écria Conscience avec un accent plein d'exaltation. — Allons, allons, du ealme, fil le docteur; c'est du calme surtout qu'il nous faui^ et, avec du calme, de l'eau d'alun, de l'eau de rose, et quelque pommade résolutive, nous guérifons encore cet aveugle*là. — Et ce ne sera pas le premier, dit Baptiste. Ah! vous n'êtes pas malheureux, jeune homme, d'être tombé entre nos mains! — Eh bien! demanda le docteur à Mariette, vous ne suivez pas votre ami, mon enfant? — Oh! monsieur le docteur, dit-elle en se laissant tomber à deux genoux devant le vieillard, laissez-moi d'abord vous remereiert — Es-tu follet dit le doeteur en essayant de la relever. Mais MarielLe, lai saisissant te mî^m, ^\.%%x^w\'^wi.

humble et reconnaissante poslure ;

—Non, monstiear! non! reprit-elle, je ne me relèvsni pas avant^e vous avoir dit, du moins, que j*e$père vois voir mieux récompensé de ce que vous venez de faire qie si vous aviez guéri le fils du roi! car c'est Dieu qoi s« charge d'acquitter ki dette des pauvres gens, et Diea est riche en miséricorde et en bénédictions... Mon Diei! mon Dieu! s'écria*>t-elle avec un enthousiasme qui amcfia les larmes jusqu'aux paupières sèches du vieillard, moe Dieu! n'estHïe pas que vous bénissez notre sauveur contiK nous le bénissons nous-mêmes?... — Oui, mon enfail, dit le vieillard, oui. Dieu t'entendra, ou plutôt Dieu fa entendue, car je suis déjà récompensé au delà de mes mérites. Embrasse-moi donc, ma fille, et va rejoindre loi ami.

Et, rapprochant Mariette de lui, il Pembrassa paternellement sur le front, tandis que, de son côté, la jeoK fille, toute sanglotante, le pressait sur son cœur. Puis, s'élançant sur les traces de Conscience : — O mon Dieu! s'écria-t-elle, qui donc peut dire que les hommes ne sont pas bons?

Le lendemain matin, à sept heures, une jolie petite cl^ riole de campagne, attelée d'un cheval gris pommelé, attendait à la porte de cette petite maison où, la veille» Mariette s'était présentée avec tant d'anxiété. Un petit paysan tenait le cheval par la bride. (

On vit d'abord Baptiste, un fouet sous les bras,el tressan t avec un soin tout particulier la mècliedecefouet-

Puis Bernard sautant^ gambadant, et à chaque saut, à chaque gambade, se retournant pour regardiy ceux qui venaient derrière lui.

Ceux qui venaient derrière lui, c'était le docteur, c'était Mariette, et puis Conscience, avec sa visière verte, niais le visage calme, serein, souriant.

Ce visage, on le voyait, était le reflet d'un cœur plein d'espérance.

Le jeune homme était appuyé au bras de Mariette et tenait serrée contre sa poitrine la main du vieillard.

Arrivé au marchepied de la voiture, il hésita un instant, puis ouvrant ses deux bras :

— Docteur, bon docteur, dit-il, je voudrais bien vous embrasser.

Le docteur ne demandait pas mieux. Il le tint serré pendant quelques moments entre ses bras. Après quoi, le repoussant doucement :

— Allez! mon cher Conscience, dit-il; vous oubliez que votre mère vous attend. — Oui, oui, docteur, dit Conscience, vous avez raison. Baptiste, aidez-moi à monter dans la voiture. Mariette, remercie bien encore le docteur, embrasse-le encore; dis-lui que nous l'aimerons toujours. — Oh! oui. Dieu nous en est témoin, toujours! toujours! dit Mariette. — Allons! allons! en voiture, mademoiselle, on n'attend plus que vous.

Mariette s'élança à l'aide du marchepied, et, en un instant, fut sur la banquette du fond^ près de son ami Conscience.

— MaiûlenaDl, voyons! dit Baptiste, quel cbemiBaUoosnoos prêtre? — Le plos court, dit Gooscience. - Alors, nous allons passer près de Fleory^ laisser Villers- GoUarets à jioUre gauche, prendre derrière Saint-Reny, traverser les châtaigniers, et tomber droit à la grasde route d'Hararoont... Est-ce votre avis^ jeune honune!

— Oui, cela diminue notre chemin de plus d'une Heie.

— En ce cas, en route, Marengo! s'écria Baptiste enesveloppanl les flancs du cheval gris pommelé d'un coup de fouet qui le fit partir au grand trot sur les traces de Bernard, qui semblait lui montrer le chemin. — Au revoir, docteur! crièrent les deux voix de Mariette et de Conscience. — Bon voyage, mes enfants! répondit eeloi-ei.

El la voilure, au milieu d'un tourbillon de poussière, franchit la limite de la forêt.

Cinq quarts d'heure après» elles'arrêtait entre lesdeox chaumières, au seuil desquelles se groupaient, étonnés et ne pouvant croire à ce retour inattendu^ d'un coté, dame Marie, petit Pierre et Catherine, de l'autre, Madeleine el le père Cadet.

El aux hurlements joyeux de Bernard répondaient, par leurs cris el leurs mugissements, Pierrot, Tardif el la vache noire, qui, quoique enfermés dans leurs étableS) ne demeuraient point étrangers à ce grand événement.

Nous n'essayerons pas d'exprimer la sensaticui produite sur les habitants îles chaumières par le retear de Conscience et de Mariette.

Aa lieu de pleurer an seul enfant, les mères commengaient à en pteurer deux. Defwis son déparl, Mariette n'avait point donoé de ses nouyelles, et, quoique si^L jours ne se fussent pas eneore ëcMlés, son absence semblait durer depuis six siècles.

Les cbaimiières étaient toujours là,, mais comme deux cadavres dont lesèmes s'étaient envolées.

Les âiMïS revenaient : tes cadavres allaient se reprendre à la vie. Les boBneurs du retour furent d'abord pour Conscience; c'était celui-là qui était le vâ*itablft absent, absent depub six mois!

IHiis pour Miffietie, l'bércHoe du dévouement.

Puis, eain, pom* Bernard.

Mariette fut lo poète de cette nouvelle Odyssée. Gomme Françoise de Rimiai, elte racontait, tandis que Paolo- Conscience écoutait, la tète appuyée à Tépaule de sa mère.

Bien des soupirs et bben des larmes entrecoupèrent ce simple redit; bien des bénédictions furent données aux MBurs cbarltables que Dieu avait écbeionnés sur la roule Jes deux pèlerins.

L^ deux bouquets de fleurs d'or et d'argent rapportés de NotrorDame-de-Liesse furent suspendus^ cbaeun dans une des chaumières, à l'endroit le plus apparent de la iheminée.

Puis, vers deix heures de Faprès-midi, quand le cheval gris pommelé, après avoir fait connaissance avec

Pierrot el Tardif, se fut bien repu â leur râtelier et bien reposé sur leur litière; quand, de son côté, Baptiste eal été bien fêté par les habitants des deux chaumières, le cheval gris pommelé fut tiré de son repos et attelé ï\\ carriole.Baptiste, embrassé, caressé, chargé de bénédictions pour le vieux docteur, sortit de la chaumière de gauche, remonta dans la carriole, échangea un dernier adieu avec les heureux qu'il venait de faire, et, foodtant son cheval, il faut le dire, avec moins d'ardeur qu'n départ, reprit le chemin de Longpont, où il se retroon deux heures après avoir quitté le village au niiliea duquel son passage avait produit une si grande sensation.

Cette sensation, hâtons-nous de le dire, une des personnes sur lesquelles elle agit le plus puissamment fol Catherine; Catherine, que le hasard avait amenée cbei dame Marie au moment de l'arrivée de Conscience et de Mariette,n'avait encore reçu aucune nouvelle de BastieQ,et ignorait toujours s'il était mort ou vivant. La pauvre fiik aimait le hussard de toute son âme; ce fut 4onc avec une immense joie qu'elle apprit de la bouche de Mariette des détails qui ne lui laissèrent aucun doute sur rexisteoee de Bastien, Bastien un peu détérioré, c'est vrai^ mais de Bastien toujours bon vivant, toujours bon garçon.

Il est encore vrai qu'au moment où Bastien aviii quitté Mariette, il l'avait quittée pour aller faire une promenade avec le cuirassier, du côté de la porte de Saifit- Quentin; mais Bastien, en quittant Mariette, paraissaii

tellement compter sur son coup de figure, que, nous Pavons déjà dit, cette promenade, tout en laissant un souvenir de reconnaissance dans le cœur de Mariette, n'y laissait aucune inquiétude. Elle ne jugea donc pas même à propos de parler à Catherine de cet incident.

Restait à craindre pour Catherine que Bastion ne l'eût oubliée. Mais on se rappelle la conversation du hussard avec Mariette à cet endroit, et Ton conviendra que les craintes de Catherine sur cet oubli de Bastien étaient on ne peut plus mal fondées*

Pendant tout le reste de la journée, une partie des habitants du village stationna sur la route entre les deux chaumières; les garçons,ce qu'il en restait du moins après 1h terrible abattis qui venait d'en être fait, serrant les mains de Conscience, les jeunes filles félicitant Mariette sur'son courage el le bon résultat qu'il avait eu.

II fallut alors que Conscience racontât tous les détails de celte terrible bataille de Laon, à laquelle il avait assisté, jusqu'au moment où, en faisant explosion, le cais^ son l'avait aveuglé; tandis que Mariette racontait son voyage à elle, le pèlerinage à Notre-Dame-dq-Liesse, rinlervenlion miraculeuse de la sainte Vierge : car la jeune fille continuait d'attribuer à la madone l'heureuse guérison de son ami; enfin la station chez le bon docteur de Longpont, où Conscience était entré mourant et désespéré, el d'où il était sorti plein d'espérance et de forces.

Puis la nuit vint, rappelant chacun au foyer. Dans

toutes les maisons diï village on s'entretint, se GoMcienee et de Mariette^ on paria de leur n n'était plus an mystère; Gonselenee ayant ëît ses que le dévouement de la jeune fille lui i alors que, sans espoir de revoir jamais la lumîê il considérait le reste de sa vie comme une s cipëe dians le sombre vestibule de la mort.

Et, ilfaut le dire, dans tout le village, il ne pas un envieux du futur bonheur des deux j< au contraire, ceux qui étaient au courant des p^e Cadet, et, dans les loealilés de cinq à sîx( il n'y a guère de secret qui se garde longtempt étaieat, disons-nons, au courant des affaires d det, plaignaient les jeunes gens, dont Pa venir babfement être fort compromis par le triple di qu'avaient apporté dans ses affaires l'attaque dont le vieillard s'était heureusement relevé, h Conscience et le retour des Bourbons.

Expliquons ee triple dommage, et mettons so du lecteur la véritable situation du père Cadel, s'être eru un instant riche comme Crésus, i point de se trouver plus pauvre que Job.

L'apoplexie dont avait été frappé le père d empêché, comme on dit, de veiller au kbo l'ensemencement de ses terres; mais, sur ce bonbeur, le voisin Matfiiea lui était venu en ai daut la terre n'en avait pas moins été privée d

site quolidieune, et même domiDieale, à laquelle eite était habituée, et la terre^ jalouse, parais$ait, mi à eause âe celte Bégligeoee, soit à eause des mauvaises disposiiions de Tannée, promettre, sinon la stérilité, dn moins une modeste récolle.

Oh! si Conscience avait été là pour veiller auxbejoins de cette terre. Conscience, qui comprenait si bien tous ks cris de la nature, eût, certes, répondu au cri de la pauvre abandonnée!

Mais, hélas! Conscience était parti; Conscience mesurait de la poudre à Brienae, à Montereau, à Méry-au- Bac, à Laon; Conscience, le doux Conscience, qui n'eut point arraché une plume à l'aile d'une mésange. Conscience aidait, dsms son hnmble sphère d'action, le vainqueur des Pyramides, de Marengo et d'Austerlitz; besogne pour laquelle, il faut l'avouer, il n'avait ni une sympathie ni une admiration pareilles à celles que professait son ami Bastien.

On a vu commeal Conscience, doublement excusable dans ses glorieux homicides, et par la nécessité de la défense du territoire, et par la répugnance qu'il avait mise à obéir à la loi du recrutement, avait élé arrèié dans le cours de celle carrière qu'il accomplissait, si peu sympathique qu'elle lui /ut, avec tant de courage et de sangfroid, que l'un et l'aulre avaient élé remarqués par i'em'pereur, lequel lui avait dit, on se rappelle : « La première .ois que nous nous retrouverons au milieu du feu, fais-

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«I \a vitte OU dans ieî> avaient donc eiaon

immense bivac qui couvrait deux ou trois lieues de terrain.

Les huit ou neuf arpents de terre du père CdM s^ trouvaient compris dans ces deux ou troj$4ieues de terrain, et étaient couverts d'un camp de Cosaques dont les chevaux avaient foulé aux pieds la tête verte des épis^ juste au moment où elle commençait à sortir de terre.

11 ne fallait donc plus penser à la récolte de cette année, attendu que le sol était foulé comme celui d'un jeu de paume; il est vrai que, grâce à la paille qui le couvrait et qui devait tout naturellement se convertir en fumier, la terre, improductive en 1814, serait, suivant toute probabilité, admirablement préparée pour l'année d8i5; mais il y avait dix>huit mois à passer avant d'arriver là, et le père Cadet avait à payer chez M^ Niguet une somme de huit cents francs, vienne la Saint-Martin.

Rien ne paraissait plus facile, au. premier abord, que d'emprunter 800 fr. sur neuf arpents de terre qu'un travail assidu de dix ans avait faits de première qualité, et qui n'étaient grevés en tout que d'une hypothèque de 1,600 fr.

Mais nous reviendrons sur ce point tout à l'heure; car nous avons parlé de trois causes de ruine, et après avoir exposé la première, qui était la dévastation de la terre du père Cadet, nous devons passer à la seconde; en venant à la troisième, nous traiterons cette fameuse question de payement, la plus grave de toutes.

— Ii4 —

La seconde cause de raine élait que, par cel&e oceupition élrangère, les voyages quotidiens de Marietle à VOlers-CoUerels s'élaient trouvés interrompas. Le awyeo qu'une jeune fiik sans sauf-^cooduit, sans escorte, bdie comme élait Mariette, traversât tous les jours, aoe kis pour aller vendre son lail,une autre fois pour en nffwter le prix, un bivac de quarante niille hoauies? Il » fallait pas même y songer!

D'aiiieurs, qu'eiil-eUe été vendre à Villers-Gotterels?!! n'y avait plus de vaches chez la fermière de Longpré, et, par conséquent, plus de lait; les quatre mères noorricières avaient été tuées, dépecées, rôties. La vache noire n*avail échappé à cette tuerie que par la protection spéciale de l'officier commandant à Haramont, et Tardif, et même Pierrot, qu'en raison de leur graad âge, qui les rendaient respectables même à des dents de Cosaqies affamés.

Donc, un bivac de quarante mille hommes, plus de vaches, plus de lait, plus de commerce, c'est-à-dire toale une source de bien-être, la principale, presque la seules tarie dans la chaumière de droite, tandis qu'un troisièiK désastre allait, comme nous Favons dit, tomber sur h chaumière de gauche.

Les Bourbons étaient remontés sur le trône, et, avec eux, étaient rentrés tous ces anciens serviteurs qui les avaient suivis dans l'exil, nobles et prêtres. Chacun, 0 rentrant, avait sa prétention, pas un seul de tous cescoa*

pagoons d*émigration qui n*eût été spolié, et qui ne réctamât contre la spoliation.

C'était ainsi que Ton appelait alors le grand acte de justice de ild% qui avait enrichi le peuple de France avec les biens de ceux qui conspiraient ou qui combat-* talent contre lui.

Or, les neuf arpenls de terre du père Cadet n'étaient rien autre chose qu'une bribe détachée de terres que possédait, sur les communes d'Haramont, de Bonneuil et de Largny, le couvent de Longpré.

£t les ayants droit du couvent, qui avaient reparu dans les environs, disaient tout huqfquMls espéraient bien que ce vol leur serait restitué comme les autres.

Inutile d'ajouter qu'il n'était pas même question d'indemniser les nouveaux propriétaires.

Voilà donc la situation plus que précaire où le pauvre Conscience retrouva les deux familles.

l'oOBIZON SK RSaBKUIYlT.

On comprend dès lors combien il était important que Tespèce de miracle qui avait commencé de lui rendre la vue s'accomplît tout à fait, car il était évident que c'était

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sur M qo'allail peser la responsabilité du bien-êlrc tous.

Le plus urgent était d'abord de soigner cette vue o valescente. Dès le lendemain, Conscience se mit donc ronle pour Villers-GotlerelSj conduit par Mariette et p cédé par Bernard. C'était leur promenade ordinaire matinale qui recommençait; seulement le bivac v\ effarouché les oiseaux, les écureuils et les daims.

Les soldats régardaient d'un œil d'envie cette Ix fille, mais ils étaient maintenus par deux senlimeol Fobéissance qu'ils devaient à leurs o£Sciers, et le resp que leur imposait ce dévouement au malheur.

D'ailleurs, au reste d'uniforme que portait Gonscien ils devinaient qu'ils avaient affaire à un soldat, quea infirmité était la suite de quelque accident, et celte fi teriiité du champ de bataille, qui, le combat termi s'établit même entre ennemis , protégeait à la i l'aveugle et son guide.

Tous deux, ou plutôt tous trois, Bernard compris, rivèrent donc à Villers-Cotlerets, où, depuis six mois, n'avaient point été vus.

Au milieu des grands événements qui venaient s'accomplir, leur absence, comme on le pense bi< n'avait point été remarquée; cependant leur présence fut.

Tout le monde, à Villers-Cotterets, regardait d'un i sympathique ce groupe étrange et matinal passant un i

premiers par les rues de la ville, el composé de deux enfants qui s'aiment, et d'un chien qui les aimait.

L'amour attire l'amour.

Les denx jeunes gens allèrent droit à la maison du docteur Lecosse.

Le docteur Lecosse savait déjà le retour de Conscience, l'accident terrible qui lui était arrivé, et te mtedx qui commençait à se manifester dans son état. *

Aussi le reçut-il avec une gaieté pleine d'affection.

— Ahî c'est loi, garçon, lui dit-il. AHons! viens ici, et raconte-moi ton afTaire.

Et il fallut que, pour la dixième, la vingtième, la ciftquantième fois. Conscience racontât l'accident avec tous ses détails.

Le docteur l'écouta très-attentivement, p«is, lorsque Conscience eut fini, il le conduisit vers 1» fenêtre, et, lai ouvrant de force la paupière, il examina Vm\.

— Oui, c'est bien cela, dit-ii, la pellicule externe de la cornée a été atteinte; la transparence a été et est encore ternie; mais peu à peu la conjonctive s'exfolie et se régénère; le glissement des paupières finira par lui rendre son poli, et alors, mon garçon, tu y verras aussi clair qu'auparavant. — Ohî bien vrai, monsieur? s'écrièrent les deux enfants. — Je vous en réponds, dit le docteur. — Maintenant, demanda la jeune fille, que faut-il faire, monsieur Lecosse? -»- C'est bien simple. Je vais vous remettre une petite ordonnance en vertu de laquelle k

pharmacien vous préparera une pommade fondante ti résolutive. Conscience s'en froUera les paupières^ malin el soir, el, dans quinze jours pu trois semaines, il y verra assez pour venir me demander toul seul une autre ordonnance.

Et pendant que le docteur écrivait cette ordonnance à l'adresse de M. Pacquenol, pharmacien, les deux es* fants, dans^KS bras Tun de l'autre, éciiangeaienl des larmes reconnaissantes et un baiser silencieux.

£n effet, il n'y avait plus rien à craindre, puisque le premier docteur avait espéré, que le second avait promis el que le troisième affirmait.

Les deux enfants revinrent, de leur pas le plus rapide, apporter cette bonne nouvelle à Haramont.

Il ne fallait rieu de moins que cette bonne nouvelle pour adoucir un peu. les inquiétudes d'un autre genre qui commençateni à planer sur les deux familles.

Avec ^s neuf arpents de terre, le père Cadet était donc, comme nous Tavons dit, sur le point de se voir réduit à la misère.

Le docteur Lecosse n'avait rien voulu accepter, c'e^t vrai, pour les soins donnés à sa maladie; mais il nen avait point été de même du pharmacien; el cette maladit> avait coûté plus de cinquante écus au père Cadet.

Or,^ nous avons vu que, lorsqu'il s'était agi d'aller chercher Conscience à Laon, le père Cadet avait ofleri à Mariette, qui l'avait refusée, sa dernière pièce d'or.

Mariette avait fait (e voyage avec l^rgent que lui avait donné Mauprivez le bouclier.

La pièce d'or du père Cadet était donc renlrée dans son sac de coir, mais point pour longtemps : elle avait passé avec cinq autres, produit des économies de Madeleine et de dame Marie, à payer les médicaments que fournissait M. Pacquenot.

Pour arriver à cinquante écus; il avait même 'fallu ajouter quelque monnaie.

Sur ces entrefaites, Conscience était revenu. Le retour de Conscience, c'était une grande joie pour les cœurs, mais ce n'était point un allégement pour les bourses.

Le père Cadet devait rester faible encore pendant les quelques jours qu'il avait à vivre; Conscience, convalescent, était lui-même incapable d'aucun travail; petit Pierre ne pouvait compter comme un aide que dans quatre ou cinq années.

Ainsi, de ces deux familles, qui se composaient de trois hommes et de trois femmes, c'étaient les soutieus ' naturels qui manquaient, et c'étaient les femmes qui devaient subvenir aux besoins de tous.

On sait ce que c'est, au village, que le travail de trois pauvres femmes, et ce que rapportent le rouet et l'aiguille.

Malgré la perte de la prochaine récolte, perte assurée par le campement des Cosaques sur la terre, le père Cadet eût trouvé facilement des ressources; mais nous avons dit

qoel bruit terrible, se répandant à propos des terres d'émigrés, compliquait la silualjoD.

On savait, en outre, qu'il était du par le père Cadet seize cents francs sur celte terre, ce qui n'étftit Hen quand les neuf arpents valaient douze à quatorze mille fraRcs, mais somme énorme quand on ne savait plus si ees neaf arpents valaient même seize cents francs.

Personne ne fît donc d'offres de serviees au père Cadet, pas même le voisin Mathieu, qui, se trouvant dans uo an à peu près semblabte, n'eut pu> d'ailleurs^ réaliser tes offres, s'il les avait faites.

On avisa à tirer de la situation tout ce qu'elle, eonservail de ressources.

Les événements politiques y aidèrent tant soU peu.

Le 50 mai, le canon de Paris annonça que le traité entre la France et les puissances alliées élait signé.

A la suite de ce traité, les troupes étrangères devaient quitter le territoire français.

Vers le 13 juin, les Russes, en conséquence, levèrent leur bivac,et firent leurs adieux auxhabitants d'Haramoni, ' de Largny et de VilIers*Cotterets, à la grande satisfaction de ces derniers.

Un instant la France oublia, en soulevant plus librement sa poitrine écrasée, qu'elle rentrait dans ses Ijmilei de 179^, laissait échapper la suprématie du naonde, rt perdait, dans la Méditerranée, dans le golfe du Mexique, dans la mer des Indes, Malte, Tabago, Sainte-Lucie, /'//e-dc-France^ Uodri^^ue et les Séchelles.

Elle retrouvait son sol; elle redevenait maîtresse d'elfemême; elle allait; eiîfin, rallier ses enfants, encore disperses dans les forteresses du Nord et de TEst, dans les armées d'outre-Loire et dans les hôpitaux.

Le lendemain du départ des Cosaques, le père Cadet déclara une chose, c'est qu'il voulait aller voir sa terre.

Le désir était bien naturel chez ce pauvre homme qui, autrefois, allait v<>ir cette terre tous les jours, plutôt deux fois qu'une, et qui ne l'avait pas vue depuis plus de huit nv)[s.

Il y avait longtemps qu'il s'essayait à ce grand voyage, en faisant chaque jour quelques pas de plus au bras de Madeleine; mais tant que les Cosaques avaient bivaqué sur celte terre bien-aimée, il en avait, autant qu'il lui était possible, écarté ses yeux et éloigné son esprit, comme eût fait Collatin de Lucrèce, si Lucrèce eût survécu au crime de Tarquin.

Madeleine offrit au père Cadet de lui donner, comme d'habitude, l'appui de son bras; mais le père Cadet re> fusa : il voulait être seul pour subir les émotions qui l'atendaient, et s'y laisser aller tout à son aise.

Elle manifesta quelques craintes que le vieillard ne pût accomplir une si longue course, car il s'agissait de près d'uo quart de lieue, mais le père Cadet fit un effort, se redressa, traversa, presque sans boiter, ia chaumière dans toute sa longueur, et demanda qu'on le soutînt seulement pour descendre le talus. T<e reste ne l'embarrassait point.

Madeleine le suivit loiiglemps des yeux; mais voysol qu'il avait gagné le tournant du chemin sans fléchir, elle ^Vn rapporta à l'énergique volonté du vieillard.

En effet, celui-ci continua sa roule, et arriva bientôt es vue de cette grande plaine dévastée.

Pendant plus d'une lieue, on ne voyait plus rien que terre foulée aux pieds des hommes el des chevaux, restes de baraques à moitié démolies, et grandes taches noires indiquant la place où Ton allumait les feux.

C'était l'image vivante ou plutôt riniagc morte de li désolation.

Le père Cadet secoua tristement la tète et poursuivit son chemin.

Mais, arrivé à l'endroit où avait été sa terre^ cette terre qu'autrefois il voyait poindre sous son regard, cette terre dont il embrassait facilement les limites; mais arrivé, disons-nous, a l'endroit où devait être sa terre, il la chercha vainement.

Tooie limite avait disparu : plus de bornes, plus aucune de ces marques qui disent au propriétaire : Ceci est h toi, et ceci est à ton voisin.

Le père Cadet leva ses deux bras au ciel; deux larme» coulèrent de ses yeux.

— 0 mon Dieu! Seigneur! murmura le pauvre homme, faut-il, à la fin de sa vie, voir de pareilles calamités!

Puis, comme ses souvenirs lui disaient qu'il devait élri à la hauteur de sa terre, il quitta le chemin pour essayer,

sous celle couehe de boue et de paille, de rclrouver 1rs ancienDes limites.

Un petit bois appartenant au voisin Mathieu pouvait Faiderdans cette recherche; mais il fallait retrouver aussi la place où il avait été.

Le bois était coupe.

Au Tond du cœur, le père Cadet ne fut pas (rop fâché de cet abattis : ce bois, Irès-fourré et plein d'épines, servait de repaire à une certaine colouie de lapins qui, ter rés le jour, sortaient de leurs terriers la nuit, pour venir grignoter les blés et les trèfles du père Cadet.

Quelques souches qui avaient été des troues d'arbres, et qui sortaient de terre, indiquèrent au vieillard l'ancien gisement de ce bois, et, par lui, il parvint à retrouver à peu près une de ses limites.

Il était occupé à relever la seconde, lorsqu'il sentit qu'on lui frappait doucement sur l'épaule.

Il se retourna.

C'était l'homme qui lui avait vendu ses deux derniers arpents de terre et à qui il redevait seize cents francs.

Tout au contraire du père Cadet, triste et courbé en deux, le vendeur paraissait alerte et joyeux.

— Âh! bonjour, cousin Maniquet et la compagnie, dit, selon son habitude, le père Cadet, quoique le cousin Maniquet fut absolument seul; comment cela va-t-il? — Bien, très-bien, répondit le cousin. El vous, père Ca<iel?

Le père Cadet secoua la tête :

— Ohî moi, mal! très-mal, dit-il. — Bon! fit Vvt Ire, on vous donnerait trente ans; vous avez Fair d'tn

marié.

Le père Cadet secoua la tête plus tristement encore qoe la première fois.

— Voisin Maniquel, dit-il, il n'y a qoe l'âne qui porle le bfit qui sente oô le bât le blesse. — Ah! oui, je comprends, vous voulez parler de votre paralysie... — C« n'est pas cela. Dieu merci! c'est la terre, cousin Maniquet, c'est la terre!...

El le père Cadet, plus mélancoliquement encore que les deux premières fois, secoua de nouveau la tête.

— Ah! oui, la terre, je comprends. — C'est-à-dire, cousin Maniquet, que j'en suis à chercher- mes limites, et que je ne les trouve plus, moi qui autrefois les aurais relevées les yeux fermées. — Oh! quant aux limites, que cela ne vous inquiète point, père Cadet; nous les troitverons. — Comment! nous les trouverons! c'est bien difficile avec le changement qui s'y est fait. — Ah! oai, mais vous savez, moi, je suis maraîcher à Vaumoise? — Oui, je sais cela. — Je vous ai même vendu les deux lopins de terre que j'avais ici, d'abord ppur m'agrandir li* bas, et puis ensuite parce que je n'avais pas confiance dans cette terre, qui venait d'un couvent.

Le père Cadet poussa un soupir; le cousin Maoiqaei venait de mettre le doigt sur une de ses blessures, t\ celle-là n'était pas la moins vive parmi celles qui élaleol en train de saigner.

— Ouï, dît-il, je croîs que vous avez bien fait de vous en défaire. — Et moi aussi, fît le cousin. Je vous disais donc que, comme vous savez, je suis maraîcher à Vaumoise. Il en est résulté que, dès que les officférs m'eurent donné toute sûreté, je suis venu vendre mes légumes au bivac. — Ah! fit le père Cadet. — Oui, tous les jours une pleine voilure, et, comme il parait que le roi Louis XVIIl leur a donné beaucoup d'argeni pour le service qu'ils lui ont rendu, ils payaient bien, ceîs gueux de Cosaques... — Alors, vous n'avez rien perdu à l'invasion? — Au contraire... oh! j'y ai gagné, moi, et je n'ai qu'un regret, c'est qu'au lieu de durer trois mois, cela n'ait pas duré trois ans. — 11 y en a d'autres pour qui c'^ût été bien malheureux, cousin Maniquet! — Ah! dame ! vous savez, père Cadet, le malheur des uns fait souvent le bonheur des autres; il n'y a que la bonne et la mauvaise chance, voilà tout... Vous avez eu la mauvaise, j'aieu la bonne; une autre fois, ça sera le contraire. — Mais, reprit le père Cadet, qui commençait à trouver peu de charmes dans la conversation du cousin, comment, avec tout cela, m'aiderez-vous à retrouver mes limites? — Ça sera bien facile... Je venais donc tous les jours, ainsi que je vous ai dit, et, comme je me doutais de ce qui allait arriver, une fois j'ai apporté dans ma charrette une douzaine de piquets tout taillés, et je leur ai dit, aux Cosa* ques : Ne faites pas attention, c'est que vous êtes campés sur ma terre, et, tantlis que les limites sont encore visi-

blés, je veux les marquer. Ah! ont dit ces mes c'est trop juste! El ils m'ont laissé enfoncer mes p de sorte que, grâce à cette précaution, nous retroi

I nos limites.

I Ce pronom à moitié possessif inquiéta le père

; il regarda son interlocuteur en dessous, puis,

avoir le cœur net de cette petite inquiétude : — Vous êtes bien bon de prendre un pareil soin

'■ intérêts, cousin, dit-il, bien bon, en vérité. — Ah!

vous comprenez, fit Maniquet avec, un geste p finesse, c'est que vos intérêts sont un peu deve miens, père Cadet. — Comment cela? demanda 1 homme dont les pommettes se colorèrent d'une rougeur. — Sans doute... vous avez encore deux ments à me faire, n'est-ce pas? — Oui. —Deux pay de huit cents francs chacun? — De huit cents chacun, c'est bien cela. — Un à la Saint-Martin < année, et l'autre à la Sainl-Marlin de Tannée pro(

— Vous savez vos dates! cousin Maniquet!... — suis un homme d'ordre. — Mais qui a ternie i rien, observa timidement le père Cadet. — Attei Je me suis donc dit, comme cela : la mauvaise est sur le père Cadet; il est tombé paralytique; soi fils Conscience est devenu aveugle, les Cosaque campés sur la terre, et ils lui ont saccagé la récc

• l'année... — Eh bien! après, voisin? — Après? -

— Dame! me suis-je dit, il est possible qu'à Fbe naycment il soi (gêné...

Le père Cadet étouffa on sonpir.

— Huit cents francs! continua le cousin Maniquet, ça ne se trouve pas toujours sous le pied d'un cheval, et surtout d'un cheval de Cosaque... Eh bien! s'il est gêné au point de ne pas pouvoir me payer... eh bien!... ça pourra s'arranger... — Ah! s'écria le père Cadet, comme le gage est bon, vous m'accorderez du temps, n'est-ce pas? — Oh! non, père, non, ne vous fiez pas là-dessus. J'ai acheté de mon côté, et j'ai justement pris, pour payer, les époques ou j'avais à recevoir... Oh! non, père Cadet, non; j'ai, dû compter sur vous, qui avez toujours payé rubis sur l'ongle... comme on compte sur moi : mettez-vous en mesure, cela vous regarde. — C'est bien, dit le père Cadet d'une voix étranglée. — Je me suis donc fait cette réflexion, continua Je cousin : si le père Cadet, qui ne peut pas faire fond sur la récolte de cette année, puisque la récolte est détruite, si le père Cadet est gêné et ne me paye pas, en ma qualité de prêteur hypothécaire, car, vous savez, j'ai hypothèque en premier sur vous, père Cudet? — Eh! mon Dieu, oui, je le sais... *— £b bien! donc, si le père Cadet ne me paye points ça me coûtera, mais je serai forcé de faire vendre sa terre.

Le père Cadet ferma les yeux et avala sa salive comme un homme qui a la corde autour du cou.

Le voisin Maniquet poursuivit avec son cynisme d'usurier :

tien ou pour pas bta ^, ^.j à ce q« ^

P««»»«'*- a nne fit »e ^'«'"" '.

^^•'^trXHÔ.nsUPoUnne.

„e va jatn. .^*'^ „,,i pas *««°^" j! ^,oi« d'o»«?**

çoecous»»*»"'^ «t,l.mème,éca

du bras ei d>i • ,^5,» tt.MA«e » »* ?^ «

C'esi bon; »««'' 7., ^8 intention^.. . V"»

p»s e6i)i> co8|ifi. — Alors, vous ne payerez pas? ~- Je ne dis pas cela non phis. ^ Que dites-vous donc? — Je dis. . . je dis qu'il faudra voir.

On sait que c'était le mot du père Cadet.

— Eh bien! voyez, dît le cousin Manîquel. En attendant, je vais tonjours rétablir les limites de notre terre. Adieu, père Cadet. — ' Adieu, cousin et la compagnie, dit le vieillard.

Et, la mort dans le cœur, il s'achemina vers le village, murmnrant tout bas :

— 0ht Seigneur Dieu! il ne manquerait plas que celât une si belle terre, qui m'a coûté à moi plus de quatre eenUbotts louis d'or, ce gueux de Maniquet l'aurait pour un morceau de paint

Et il ajoutait plus i)as encore :

-•^ Oh! ça ne sera pas... Je l'étranglerais plutôt avec la BittD qui me reste!

ou TOUT LE MONDE DÉSESPÈRE, EXCEPTÉ COnSCIENCE.

En revenant chez lui, le père Cadet trouva tout l'intervalle qui s'étendait entre les deux chaumières obstrué par la population d'Haramont.

— ICO —

Elle était (|;roupëe aatour de Bastien, qui venait ( reparaître dans le village, la ligure ornée de deux eoa| de sabre qu'on ne lui connaissait pas, ee qui n'avait pi empêché Catherine de jeter des cris de joie en le revoyu

Un de ces deux coups de sabre étuit celui que neos I avons vu lors de sa rencontre avec Mariette devant porte de l'hôpital de Laon.

L'autre était celui qu'il avait reçu du cuirassier.

Nous avons dit comment Bastion avait quitté MarieN en l'invilaivt à être parfaitement tranquille, vu qu'il av) préparé certain coup de figure qui lui paraissait Immai quabi^. N

Par malheur, deux personnes ont parfois eo mèi temps la même idée : or, le cuirassier avait eu la mêi idée que Bastien en même temps que lui. Il en résnl que, comme ce fut le cuirassier qai fut le plus proai) Bastien reçut le fameux coup de ligure au lieu de le<k» ner.

Sa première visite avait été pour Conscience; il aeco rait donc, suivi de tout le village, voir son compagt d'hôpital et savoir comment allaient ses yeux.

On sait que les yeux de Conscience allaient aussi bi que possible. Malheureusement, ce qui venait de se pi ser entre le père Cadet et le cousin Maniquel proov que tout n'allait pas aussi bien que les yeux de Cfl science.

Le père Cadet n'avait qu'un espoir : c'est que mai

Niguety qui avait surtout une clieDtèie dd rentiers, trouverait, sur seconde hypothèque^ la somme que le pèfe Cadet avait à payer à son vendeur.

La chose était d'autant plus possible que, le coiisin Maniquet payé, cette seconde hypothèque devenait première.

Or, comme, le lendemain, Mariette, profitant de Pdbsence des Russes, comptait recommencer ses voyjiges à Villers-Cotterets, et tirer le meilleur parti possible du lait que donnait toujours en abondance la vache noire, il fut convenu que le père Cadet serait hissé sur Pierrot et se rendrait chez maître Niguet pour tenter la négociation.

, Le lendemain, les deux jeunes gens et le vieillard partirent, Bernard traînant sa charrette comme d'habitude. Pierrot portant le père Cadet.

Mariette eiit retrouvé toutes ses anciennes pratiques, et même des pratiques nouvelles, si elle eut eu du lait en quantité assez abondante pour vendre à tous les deman* deurs; mais la vache noire n'en donnait que deux mesu*res, c'est-à-dire pour seize sous, ce qui était déjà énorme. Mariette fut obligée d'avoir ses ' privilégiés» et, ayant ces privilégiés, de faire des jaloux.

Tandis qu'elle accomplissait sa tournée, le père Cadet, conduit par Conscience, ou plutôt conduisant Conscieiîce, car le jeune homme avait toujours les yeux couverts de 5» visière verte, se rendait chez maître Niguet.

Il troQV» le digne notatre dand âon étude, h la orêaie place, dans son même fanteoil, avec ses mêmes clercs. Uq trône était tombé, une invasion avait eu lien, nne dynastie était restaurée, sans qoe ces mémorables événements eussent enfevé un seul grain de la véi^érabie povssière qui couvrait les dossiers du bazocbieo.

Conscience s'arrêta dans lai première cbambre, oàse trouvait madame Nlguet, à laquelle il loi fallut raeoih 1er toutes ses aventures, au bout desquelles la digne dame entrevit un contrat de mariage à faire par maître Niguet; mais Ck)nsclenee accueillit assez tristement Toaverture. Entre loi et Mariette, c'était lui qniy selon toute probabilité, serait le plus pauvre avant quelquf^s mois. Or, Éi, contre les prévisions du docteur Lecosse, savne ne se rétablissait pas, il apportait donc à la jeune fille, en échange de son dévouement, un mari non-seulement aveugle, mais ruiné.

Pendant que Conscience faisait t madame Niguet le. récit demandé, et que celle-ci, qui avait des remèdei| pour toutes choses, désapprouvait PordOnnanee du doil teur Lecosse, et lui en faisait une à sa façon, le Cadet exposait à maître Niguet ralTaire qui ramenait.

Maître Niguet écouta avec la plus vive attention, tout en secouant la tête de temps en temps.

Le père Cadet vit ces espèces de dénégations taci . — Est-ce que la demande que je vous fais est ii sible, maître Niguet? dit-iL — Impossible, non,!

difficile^ oui*.. Vous n'avez |>a8 idée comme f argent esi peureux» père Cadet; et Ton dit diablement de choses sur ]es projets du roi Louis XVIil, à l'endroit des bleus des émigrés, et surloul des biens de l'Église. — Vous croyez donc que je dois regarder un emprunt comme impossible, maître Niguel? — Je ne dis point cela..* Je verrai, je chercherai 9 mais je ne promets rien.

Le père Cadet secoua la tète à son tour.

— Aht dit-il, Pautre nous enlevait nos enfants, et nous les rendait avec les yeux, les bras ou les jambes de moins, quelquefois même il ne nous les rendait pas du tout,mais au moins il nous laissait nos terres!— Père Cadet! père Cadet! s'écria le notaire^ est-ce que vous seriez buonapariisle, par hasard?... Alors, je vous prierais, quelque cas que je fasse de votre clientèle, delà pprter » maître Menesson ou à maître Lebaigue; quant à moi, je ne fais les affaires que des fidèles sujets de Sa Majesté.— Oh! monsieur Niguet, excusez-moi si }'ai dit quelque mauvaise parole^.. Je ne suis ni contre l'autre^ ni contre celui-ci ; je suis pour ma terre, voilà tout; celui qui me laissera ma terre^ce sera mon roi; ce sera plus que mon roi^ ce sera laon Dieu, puisqu'il me donnera de quoi manger» à moi et à ma famille.

Le père Cadet se leva, et, presque aussi chancelant que la dernière fois qu'il était sorti de l'éiude, il gagna la porto en seeouant la tête et en murmurant :

•<- Ne pas trouver à emprunter seize cents livres sur

une terre qui vaut douze milie francs comme un liard.Aii! ce n'est pas sous Fautre que pareille chose serait arrivée!... Adieul maître Nigoet et la compagnie... Yieas, Cooscience.

Conscience ne pouvait voir encore le père Cadet, mais, au son de sa voix, plus tremblotante encore que de eoalume, il comprit que le vieillard n'avait rien fait de biei merveilleux dans son entrevne avec le notaire.

On retrouva Mariette et Bernard attendant sur la verli pelouse du parc. Mariette avait été plus hearease : il n< lui restait pas une gontte de son lait.

C'était un bonheur que de se sentir cette ressooro assurée; mais, avec seize sous par jour sur lesqoe) Alariette devait prélever sa nourriture et celle de sa mère il n'était pas probable que la jeune fille, si économe qa'ell fût, pût mettre de côté cette malheureuse somme de M cents francs dont le père Cadet avait besoin à la Saint Martin prochaine. <

Dans un tout autre temps, il y aurait bien eu le coosi Mathieu à qui Ton eût pu demander service, et Ton sait le voisin Mathieu, ^ous son écoree un peu roé était obligeant; mais la moitié des terres du vois Mathieu étaient elles-mêmes terres de nobles ou terr d'Église. De plus, ainsi que sur la terre du père Cade les Russes avaient campé sur les terres du voisin M thieu. Il ne fallait pas compter que, pendant cette tris année 181i, un seul brin d'herbe pousserait sur les qoi

hgts nrpents du voisin Mathieu. Si celui>el avait gent comptant, en vertu de ce triste axiome: irité bien ordonnée est de commencer par soi* y » il était donc probable qu'il garderait son argent. is il n'en avait sans doute pas, car on disait à Haratout se sait dans un petit village de cent maisons, ait que le voisin Mathieu, trois jours avant îe père f avait fait, dans le même but que lui, une visite naître Niguet, et n'avait pas mieux réussi. Ds un autre temps encore, Bastien eût pu offrir une ressource. Bastien, dans son dévouement pour Cone, car le hussard, comme tous les bons coeurs, il avait mieux connu le jeune homme, était passé extrémité à l'autre, de quelque chose qui resait à la haine : à quelque chose qui était plus 1 dévouement, on eût donc pu trouver une petite resî en Bastien, qui, renonçant à boire le vin blanc le et à jouer aux quilles le soir, eût, sur ses deux cent inte francs de croix et ses quatre cents livres de m, facilement économisé une cinquantaine de francs ois, nourri qu'il était chez le voisin Mathieu, des ax duquel il avait repris la direction. Malheureusela personne de Bastien était presque aussi à Tinle la terre du père Cadet et les terres du voisia eu.. Bastien était devenu, depuis la rentrée des ons, un brigand, un buonapartiste, un compagnon ligrê. En conséquence, comme un gouvernement

— lee —

honnête el reposant sur le droit divin ei les baloiUieUfii élrangères oe doit absoliiorken*. rleo à un pareil hoBUne, le goovernemenl avait eessé de se regarder comme le débiteur de Bastien^ et, ne le regardant plus comme son débiteur, ne lui payait ni sa croix ni sa pension, oe^ii mettait Bastien fort à la gêne, BasUen, lors de sa pn^ spérité, n'ayant jamais songé à faire la moindre émmie.

Quant à Julienne, nous avons vu brûler sa ferme, i> nous savons que les Cosaques ont mangé ses vadKi Loin de pouvoir aider celui qui avait sauvé ses besliio et son enfant, elle avait donc, réduile à peu près i b misère elle-même, été forcée d'entrer comme méfiasèreî la ferme de Bonneuil.

On pensa bien, un instant, à vendre Pierrot et Tardif; mais Pierrot avait fort vieilli, et son entêtement éiiil connu à trois lieues aux environs, et lui faisait gm^ tort à la fois comme valeur morale ei^omme vilev physique; mais Tardif, bon encore à traîner la charrue, n'était même plus bon à abattre. Les seules dents qii eussent pu mordre sur Tardif étaient celles des Cosaq«« du Don ou du Volga, habitués à manger leurs ehe^ morts de vieillesse; mais les Cosaques, nous l'avons <liii s'étaient retirés.

On n'eût pas trouvé cinquante francs de Pierrot etdi Tardif réunis.

' D'ailleurs, Conscience, qui, avec Mariette, était Ism>^

qui ne désespérât point, les jeunes cœurs sont les arelies de la foi! Coaseienee s'opposait à ce que l'on vendit Pier« rot et Tardif. Il avait causé longuement avec chacun d'eux à son retour, et il .ftvait répond» en leur nom des services qu'ils pouvaient encore rendre.

Au reste, Conscience était la sublime image de celte foi sainte qu'il portait dans son cceur: Complètement dé-* courage, le père Cadet ne répondait à tontes ses objections que par des haussements d'épaules désespérés.

Malgré le danger que courait la terre du père Cadet de glisser de ses mains pour passer entre celles du cousin Bfaniquet, Conscience n'avait rien voulu négliger pour l'entretien de celle terre.

Il avait, en conséquence, attelé Pierrot et Tardif à la charrue, et, grâce à sa chanson, devenue plus triste seutement qu'elle ne Tétait autrefois, Pierrot et Tardif, retrouvant toute la force et toute l'ardeur de leur meilleur temps, avjiient sillonné de ridés fécondes le sein de notre mère commune.

Il était revenu à la maison à la fin du second jour et avait dit: v

— Père, la terre est labourée. — Bien! avait dit le père Cadet; mais qui donnera du blé pour l'rasemeocer? — Dieu y pourvoira, aveit tranquillement répondu Conscience. — Oui, avait repris tristement le père Cadet; mais, en supposant que Dieu nous donne, au mois d'octobre, le blé pour ensemencer la terre, nous devons, a»

mois de novembre, huit cents francs au eousin HaniqueK.. Qui nous donnera ces huit cents francs? Estee Dieu toujours? — Pourquoi pas? avait réfiondu Conscience avec sa sublime naïveté.

Le père Cadet, vieil incrédule, avait secoué la tAte. Mais, au commencement d'octobre, Conscience s'était mis en quête; il avait attelé Pierrot à la charrette, et il aviit été à la porte de tous les fermiers des environs, avec son charmant sourire si plein de mélancolie, et il avait dit à chacun d'eux :

— Si vous avez un peade blé de trop ponr vos terres, donnez-le-moi, afin que je puisse ensemencer la terre du père Cadet. Dieu vous rendra ce peu de blé que vous m'aurez donné, en écartant Torage de vos moissons vèrles et les oiseaux de vos moissons mûres.

Et chacun avait donné à Conscience non-seulement ie blé qu'il avait en trop, mais encore une portion de celai qui lui était nécessaire. L'argent se refuse entre voisiai de champ, mais pas le blé.

Tel qui refuse deux liards à un pauvre, prend on eooteau, et lui coupe pour deux sous de pain ao pain de it famille.

Conscience revint le soir avec trois sacs de blé. C'était un peu plus qu'il ne lui en fallait pour ensemencer lei douze arpents de terre du père Cadet.

Celui-ci fut si étonné de ce résultat, qu'il leva, en signe de remerciment, ses deux mains vers le ciel, tt

qu'il o'avail pu faire, six mois auparavant, que dans un geste de désespoir.

£l, \e roêine soir, Conscience sentit sa vue si raffer^ mie, qui! alla, sans rien dire, prendre le livre de messe de Madeleine, l'ouvrit, et, au grand étonnemenl des trois femmes, qui versaient des larmes de joie, il lut tout haut cette action de grâces :

t Que rendrai-je au Seigùeur ponr tous les biens que j'ai reçus de iui? Il m'a aimé, et il s'est iivré à la mort pour l'amour de moi; il me remplit de grâces en ce monde,il me prépare la vie éternelle. 0 mon âme, bénis* sez le Seigneur! et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom! »

£t Conscience se mit, dès le lendemain, à ensemencer la terre du père Cadet, comme si ce dernier n'eût pas eu, huit jours plus tard, c'est-à-dire le 11 novembre^ jour de la Saint-^Martin d'hiver, à payer cette terrible somme de huit cents livres, épée de Damociès suspendue sur la tète de la pauvre famille!

Seulement, tandis que Conscience ensemençait la terre,, il reçot plusieurs visites du voisin Maniquet, qui l'encouragea danscette louable occupation, avec un accent trahisfianl tantôt l'inquiétude et tantôt l'ironie, selon que la sérénité du jeune homme effrayait l'usurier, ou que le dénûment bien connu de la famille le rassurait.

Le terme fatal dM 11 novembre arriva; maître Niguet n'avaii^onné de ses nouvelles ni de vive voix lii par écrit.

toute ressource lui était imeraue, qnii n'essaya di façon de se procurer la somme introuvable.

Toutes ies autres personnes de la famiile garda silence comme le père Cadet; tous les esprits étaie dos yers ce même points et leurs préœcapations se maient par cette même phrase^ que cbae«n mon ,,51 loitlbas:

« Si Dieu ne vient à notre aide, noussonomes pei i La nuit vint; Tinsomnie fut à peu près générale

n' science seul, peut-être, dormit avee son caUne jav^

croyant.

• ^ Le lendemain lâ^ ii partit au point du jour pou

i sér la terre.

En sortant du village, il rencontra le eoHsiii qûet.

<— Eh! bonjour, Gooscienee, mon garçon, loi dit ci: oà vas-tu donc si matin que cela? -^ Et yoqs

pas payé... Cest étonnanl pour uo homme si ex'acU S'il n'a pas payé, coasin Maoiquet, dit placidement nscience, c'est bien certainement qu'il n'a pas pu. — li, mais il payera anjoard'hoi ou demain? demanda le isin Maniquet avec une inquiétude que lui in&pirait tt naturellement celte tranquillité de Gonseieoee. — Je crois pas qu'il le puisse, répondit le jeune homme. — mmentr! tu ne crois pas qu'il le puisse? — Non. — lis alors, tu saiis que je l'ai prévenu, garçon?... ^ De )i? — Mais, s'il ne payait pas à heure fixe, je ferais oir mes droits. — Faites-les valoir, cousin Maniquet, londit Conscience avec la même tranquillité. Et, d'un petit clappement de langue, il invita Pierrot Tardif, qui s'étaient arrêtés pour lui donner le temps causer avec le cousin Maniquet, à continuer leur chen; invitation à laquelle ils se rendirent à l'instant me.

Clonscfence emboîta le pas derrière eux. — El cela ne t'empêche pas d'aller herser la terre? denda \e cousin Maniquet. — Quoi? — Mais ce que je nsde le dire. — Aucunement, cousin... la terre doit jours appartenir à quelqu'un, soit qu'elle passe entre : mains, soit que le bon Dieu permette qu'elle reste re celles du père Cadet : il^st donc du devoir de cequi la délente, ne fôt-ce que momentanément, de la ir en bon état. — Bien, garçon, dit le cousin Mani- Il en raillant, poursuis... ta es dans la bonne voie! —

El vous, cousin, arrêlez-vous; car j'ai peur que voi soyez dans la mauvaise! — Oh! oh! ûi le cousiOj tranquille; cela me regarde;

£t il continua son chemin vers Villers-Gotteret Conscience sa roule vers la terre.

Seulement, il y avait entre eux cette différence quel quel, silencieux, se retournait de temps en temps di de Conscience, s'arrêtait et passait sa main sur son I tandis que celui ci marchait tranquillement, d'u égal, sans se retourner, le front pur ei les yeux au

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