‹ Dieu et diableChapitre 8 sur 17 · LA RÉVISION · texte numérisé non relu

LA RÉVISION

L'espérance qae Conscience serait réformé, eette espérance avec laquelle on avait vécu, qu'on avait nourrie, choyée, caressée tant que le jour de la séparation n'était pas venu; cette espérance à laquelle on avait cru comme à une réalité, voilà qu'en ce moment on l'appelait, on la cherchait, on l'évoquait; et voilà qu'elle échappait aux bras qui voulaient la saisir, comme une vapeur, comme échappe un nuage, comme échappe une chimère!

Les embrassements turent longs et douloureux; Conscience ne pouvait point embrasser Mariette comme il embrassait sa mère : aussi, serrant Madeleine contre son cœur avec sa main mutilée, il donnait l'autre main à Mariette, et Mariette, le front incliné sur cette main, la baignait de larmes.

Comme s'il eût compris son humilité, Bernard, rœil ûxé sur le groupe désolé, ne cherchait pas même à réclamer sa part d'intérêt; si l'on eût regardé de son côté, il eût été facile devoir quel le profonde douleur vivaiten lui.

Sept, heures et demie sonnèrent : on n'avait plus que deux heures et demie pour faire l^s ?>\xV\ft»fc^.'\wX ^^ essi^yant une larme avec le coin de sa mwvoXv^^^^^'^vs^^^^'

mença de faire claqaer son fouet comme pour faire corn-prendre à toutes les mémoires oublieuses que le momenl de la séparation était venu. Alors les larmes silencieuses devinrent des sanglots^ les paroles entrecoupées s'échappèrent des lèvres à travers les baisers, et, tout en disant à Baslien, non moins ému que les autres : Encore une minute, Basiien!> encore une seconde! on se sépara.

Cependant uneplainte, qut semblait l'expression d'une douleur humaine, vint frapper le cœur de Conscience, qui s'apprêtait à remonter dans la carriole.

-*- Oh} Bastien, dit Conscience, le pauvre Bernard! je l'avais oublié!

Et il courut vers Bernard,» qui se tenait modestement à vingt pas en arrière, et qui, voyant que Conscience se souvenait de lui et venait ^ lui, vint de son côté à son maître avec une telle rapidité qu'il en fit sauter la moitié du lait hors des vases de fer-blanc où il était contenu.

Qu'on ne rie pas de ce que nous allons dire. L^embmssèment fut tendre entre le maître et le chien. Conscience lui adressa tout bas quelques paroles auxquelles le chien sembla répondre par des aboiements inintelligibles pour tout autre que le pauvre innocent. Mais cependant une promesse était échangée entre les. deux amis : Conscience donnait Bernard à Mariette pour tout le temps où il serait absent, et Bernard s'engageait à la servir et à la défendre.

Vu dernier baiser, rapide comme un sou£fle matinal, et, comme lai, arrosé de larmes, \m\ Aèvo^ft ^\«\^ç**ViNiK5»^'ii

Madeleine, erra sur tout le visage de Mariette, puis Goo^ science, tiré par l'implacable Baslien, remonta en voilure.

La voiture partit; mais Conscience, penché en dehors, put, pendant cinq minutes encore, répondre de la tête et de la main aux signes de sa mère et de Mariette, et ce ne fut qu'au lournant*de la route que tout disparut.

Alors Madeleine s'assit sur le revers du fossé,. laissant tomber sa tête sur ses deux genoux; Mariette la regarda longtemps, le front incliné, le visage baigné de larmes et les bras pendants; puis, respectueuse pour cette grande douleur maternelle, qui semble toujours un abîme près des autres douleurs, elle rentra dans la ville avec Bernard, bien sûre que, sa tournée finie, elle retrouverait Madeleine où elle la laissait.

Quant à la carriole qui emportait Bastien et Conscience, elle continuait de rouler sur la roule de Soissons.

A dix heures sonnantes, elle s'arrêtait à la porte do la

sous-préfecture. Comme la révision se faisait ainsi que

s'était fait le tirage, c est-à-dire par lettre alphabétique,

le canton de Villers-Cotterets ne devait être appelé que

' vers les quatre heures.

C'était cinq heures au moins que Conscience eût pu passer avec Madeleine et Mariette et qu'il passa assis sur les marches d'une porte avec Bastien.

Si lentes qu'elle soient, les heures û\v\s%^\kVV^\iY^xA^ par s'enfoncer, les unes après les auVtes, ^"wv^ ^^^ ^ws»»

do passé qu'on appelle le temps. Le tour d'Haramont vint, et les cinq jeunes gens itombés au sort furent introduits, suivis des quatre qui espéraient échapper au service grâce à l'élévation de leurs numéros.

La salle présentait un aspect assez sévère : sur cme estrade étaient assis le sous-préfet, le maire, les autorités municipales; deux médecins de la ville et deux chirurgiens militaires se tenaient debout dans Tespèce d'hémicycle ou s'avançaient les conscrits; une douzaine de gendarmes tapissaient la muraille.

L'ordre de la révision observé pour la ville était interverti pour les villages : on avait réuni les jeunes gens dans une même salle, et ils étaient appelés suivant le chiffre du numéro qu'ils avaient tiré.

C'est-à-dire que celui qui avait tiré le numéro 1 était appelé le premier, ainsi de suite jusqu'à ce que le contingent fût fourni.

Conscience devait donc paraître le dix-neuvième, puisqu'il avait pris le numéro 19.

Ceux qui étaient réformés avaient permission de sortir et de retourner chez eux à l'instant même; ceux que l'on jugeait bons étaient retenus, introduits dans une salle voisine, inscrits, enrégimentés, envoyés à une caserne provisoire, et, dans les deux ou trois jours, acheminés vers leurs régiments respectifs.

Parmi les dix-huit premiers qui passèrent devant le cûffsâ// de révision, trois seulemenVluteTiV t^\wtnfev^\>i\\

parce qu'il D*avaitpas la taille, l'autre parce que, ayant eu le genou brisé danjs une chute qu'il avait faite du haut d'un toit, en exerçant son état de couvreur, il était resté boiteux, et le troisième, parce qu'on le reconnut atteint d'une phthisie arrivée au second degré.

Puis vint le tour de Conscience.

Son nom fut appelé, la porte s'ouvrit, il entra. Elle allait se refermer derrière lui, lorsque, par l'entre-bâillement de cette même porte, passa la tête de Bastion.

Un gendarme voulut forcer cette tête de disparaître; mais, reconnaissant un militaire, et un militaire décoré, il y mit un peu plus d'égards qu'il n'en eût mis avec tout autre.

-- Gamqrade, dit-il, la consigne est positive : on n'entre pas qu*on n'ait l'honneur d'appartenir aux autorités constituées, d'être médecin, chirurgien, conscrit ou gendarme. — Diable! fil Bastien, vC'est la consigne, bien vrai? — Vous comprenez que je ne voudrais pas mentir à un brave, dit le gendarme. — Alors, la consigne ne permet pas que j'entre? — Elle ne le permet pas. — Elle ne permet pas que je passe ma tête, comme cela, dans la salle? — Elle ne le permet pas non plus.

Et le gendarme fil un mouvement pour repousser la porte.

— attendez donc, dit Bastien : si elle défend que j'entre, si elle défend que je passe la VâVfc.». — \}\^\^ défend. — Bon... elle ne défend v^^ ç^u^,\«x \ûfe%«^^^-»

sans y faire aUeniioo, pour faire plaisir à dn vieux^ |MNtf renéte service à bb eamarade, voas laissiez la p'orte enti'ûovertey poassée tout contre même... tenez, comme cela, de maoiëre à ce que l'y applique alterBativcment rœil et j'orerile, selon que je voudrai voir ou que je voudrai entendre... et vous comprenez, gendarme, je tiens beaucoup à voir et à entendre ce qui va se passer, m'iuléressant indéfiniment au conscrit que Ton révise à cette heure.

Le gendarme se relourna vers son camarade :

— Ehî dit-il, lu entends? — Oui, bien. — Qu'en penses^tu? — le pense que ce n'est pas un grand crime que de faire ce qu'il désire. — C'est bien, camarade^dit le gendarme à Bastien, les amis ne sont pas des Turcs. — Âh! à la bonne heure! — Ecoutez, regardez, mais ne dites pas un mot, sinon je vous prends l'oreille ou le nez dans la porte. — Soyez tranquille, on sera sage, dit Bastien. — Chutt voilà l'autorité qui parle, dit le gendarme^ taisons-nous!... — Trop juste, fll Bastien, et il écouta.

Pendant le dialogue que nous venons de rapporter, on avait appelé Conscience en face de l'estrade où était assis M. le sous-préfet; on lui avait demandé ses nom et prénoms, et on s'était informé près de lui des motifs qu'il avait à faire valoir pour être exempté.

Alors il aval t tiré sa main mutilée du mouchoir qui la supportait.

Deux chirurgiens s'étaient aussUôV î\^v^oç\!A^ ^^N»l\,

avaient enlevé lapparei! et rois à nu la btessure, gui commençait à se cicatriser.

 la vue de cette blessure, si caractéristique, tes deux chirurgiens échangèrent un regard avec le sous-préfet, puis se sourirent entre eux.

— Mon ami, dil d'un ton doucereusement goguenard un des deux chirurgiens, quand vous est arrivé cet accident, que vous invoquez comme cas de réforme? — Monsieur, dit Conscience, il m'est arrivé mardi dernier. — Deux jours après le tirage? — Oui, monsieur. — Et par conséquent deux jours après que vous avez eu amené le no 497 — Oui, monsieur. — £h bien? demanda le souspréfet. — £h bien! monsieur le sous-préfet, dit le chirurgien goguenard, le cas n'est pas nouveau. Les Romains faisaient parfois ce que ce garçon vient de faire; seulement, comme le fusil n'était pas inventé de leur temps, c'était le pouce qu'ils se coupaient; pouce coupé, pollex truncàtufif était un cas assez fréquent et assez significatif pour qu'il ait enrichi la langue du mot français poltron.

Et, après avoir donné cette preuve d'érudition, le doc* teur salua gracieusement le sous-préfet, qui, non moins gracieusement, lui rendit son salut.

— Diable! diable! fit Bastien, il me semble que cela va mal! — Silence! dirent à la fois les deux gendarmes. — Vous entendez ce que dit M. \t d\\x>w^^^\^\ïî«N^ homme, dit le sous-préîel. — 0\v\^ mwv'^\^>«'»'î^^^^^

oaïvemenl Conscience, j'entends, mais je ne comprends pas. — Vous ne comprenez pas qae yous êtes un pol^tront

— Je crois que vous êtes dans Terreur, monsieur le souspréfet, dit Conscience avec la même simplicité; je ne suis pas poltron. — El pourquoi donc vous êtes-vous coupé, non pas le pouce, mais le doigt? car vous vous êtes coupé le doigt vous-même, et exprès sans doute. — Oui, moimême, monsieur, et exprès, comme vous le dites. — Eti bien! au moins, il n'est pas menteur, dit le sous-préfet.

— Je n'ai jamais menti, monsieur, dit Conscience; d'ailleurs, à quoi cela sert-il de mentir, puisque, en supposant qu'on parvienne à tromper les hommes, on ne peut troinper Dieu? — Alors pour quelle raison vous êles-vous coupé le doigt? voyons, puisque vous ne mentez jamais, dites-nous cela. — Pour ne point partir, monsieur.

Les autorités étaient dans un moment d'agréable humeur, elles éclatèrent de rire.

—Ça va mal, ça va malîdîlBastien en secouant la tête. L*lmbécîle ne pouvait-il pas dire que c'était par accident... Ah! si j'étais à sa place, comme je les blaguerais, moi! — Silence donc! firent les gendarmes, ou nous fermons la porte. — Oui, gendarme, dit Basllen, je me tais, vous avez raison. — Ainsi, dit le sous-préfet, vous ne vouliez pas partir? — Je désirais ne point partir, oui, monsieur.— Et ce n'était point par poltronnerie ijfue vous désiriez rester? — Non, monsieur. — Pourçi/û/ élail-ee donc, alors? — Parce <\\ie, s>\ \ft ^^x^, \^-

pondit Conscience de sa voix grave et douce, j'ai on vieux grand-père malade qai risque de mourir de faîni, et une pauvre chère mère tout en larmes qui risque de mourir de douleur.

L'accent avec lequel Conscience prononça ces paroles était si profond, que Fautorité elle-même cessa de rire.

— Ah! murmura Bastien, bien répondu, mordieû! — Vous tairez-vous! dirent les gendarmes. — Moi? je n'ai point parlé, dit Bastien.

Les ofSciers municipaux échangèrent un regard.

Puis le sous-préfet continua la série de ses questions, qui peu à peu avaient pris la forme d'un interrogatoire.

— El, demanda-l-il, qui vous a inspiré cette malheureuse idée de vous couper le doigt? — Vous-même, monsieur le sous-préfet, répondit Conscience. — Hein, moi? plaît-il?... Ah! par exemple! voici la première fois que je vous vois et que je vous parle? — C'est vrai, monsieur; mais un de mes amis qui est venu à Soissons, lundi dernier, a eu l'honneur de vous voir et de vous parler. — A moi? Un de vos amis? .

Bastien poussa la porte, et passa sa tête entre les deux battants.

— C'était moi, mon . sous-préfet, dit-il; me reconnaissez-vous? — Eh b\cT\\ toe\\ \^'3i toi:^ ^ys^^^K^^'î»

en repoussant la porte c\iac\Hi A^ ^xv wAfc^ ^^ «^^i^^^^"^"^

Bastien par le cou. — Eh! eh! s'écria Bastîen, faites donc un peu alientiou à vos gestes... Veus m'étranglez, camarades!

Et, ouvrant la porte avec violence, il passa entre les deux gendarmes et se trouva dans la salle.

Le premier mouvement du sous-préfet avait été de faire sortir Bastien; mais l'uniforme du hussard, mais sa croix, produisirent leur effet accoutijmé; d'un mouvement de tête, le fonctionnaire public fit signe au^f gendarmes de tolérer sa présence dans l'enceinte sacrée.

Bastien, encouragé par ce signe de tête, jugea que c'était à lui de prendre la parole et de donner l'explication.

Conscience s'était retourné de son côté et lui souriait doucement.

Bastien se sentit encore enhardi par ce sourire.

— Voilà donc la chose, mon sous-préfet, dit-il. Je suis venu, comme vous savez, m'offrir au lieu et place de Conscience... — Oui, je vous reconnais. — Oh! quand vous ne me reconnaîtriez pas, ce serait vrai tout de même; à preuve que vous m'avez refusé sous prétexte qu'il me manquait deuxdoigts, et vous voyez, messieurs, ajouta Bastien en montrant sa main, les deux doigts manquent en effet. — Eh bien! quelle coïncidence cela peut-il avoir avec ce que disait tout h l'heure le conscritf — Co-ïnei-dence! répéta Bastien, vlsib\em^ittVç\io^xv'fck^^\sv<iL». EnÛD, n7mporie!.., La coïncidence (\\J?*v\l^,\^^^v!3^^

c'est que Goosciesce^ qm voilà, a appris par une femme... les femmes, vous le savez, mou sous- préfet, il leur est parfaitemeut Impossible de taire leur langue... Il a doue appris par uoe femme... par GaCberioe... la fille du père Pioot, le sabotier.., il a donc appris que j'étais venu à Soissons. J'avais eu rimprodence de lui confier cela, à cette Catherine... que j'étais donc venu à Soissons, que je vous avais offert de partir au lieueC place de Conscience et que vous m'aviez dit : — Moéd cher monsieur Bastien, je suis désolé de vous refuser, mais vous ne pouvez pas remplacer Conscience, attendu qu'il vous manque deux doigts. Vous avez même ajouté, vous devez vous le rappeler, monsieur le sous-préfet : Un, ce serait déjà de tropt — Oui, sans doute^ j'ai dit cela. — £b bien, justement, voilà où est l'imprudence! comme j'ai eu l'honneur de vous le dire. Conscience l'a su. Alors, mardi matin, au moment où je menais les chevaux à l'abreuvoir, il est venu me questionner, me tirer les vers du nez, comme on dit... J'aurais dû me douter de quelque chose, mais il vous a un air innocent, ce farceur-là, à mettre dedans le diable lui-même! Alors je lui ai tout dit que l'empereur ne vou« lait pas de soldat avec deux doigts, et même avec un doigt de moins... Alors, il m'a dit : C'est bon; merci! adieu, Bastien! mais là comme je vous le dis, pas plus ému que cela; après quoi, il sera rentré à la maison^ et se sera fait sauterie do\î^...^'^^V^^^^^^^^sK«»RR.^ que voilà fînalemenl commtviV \^ ^«sfc ^ \>i. '^ ^SP^"^^

*^E\\e s'est passée ainsi, en effet, dit Conscience. — Uo qaart d'heqre après, je l'ai rencontré. Ohl mon Dieu, tODt était dit, et on lui faisait l'amputation; et même... c'est honteux à avouer pour un vieux soldat, mais, comme dit Conscience, la vérité avant tout... et même que je me suis trouvé mal! Enfin, jusqu'à présent, je m'étais cru un homme; je me trompais : je n'étais qu'un enfant, qu'une femmelette, qu'un... je ne sais pas quoi! Mais il n'en est pas moins vrai que^ s'il y a une faute commise, il faut vous en prendre à vous ou à moi, et pas du tout à Conscience. Allons! allons! Conscience, M. le sous-préfet reconnaît son tort... Viens, allons-nous-en. L'empereur ne veut pas de soldats estropiés. Monsieur le sous-préfet, votre serviteur. — Un instant, dit le sous-préfet, étendant la main. — Comment! un instant? — Gendarmes, faites faire silence. Mais sacrebleu! s'écria Bastien. — Silence! firent les deux gendarmes en tirant Bastien en arrière.

Bastiei> comprit qu'en insistant il allait gâter l'affaire de Conscience, si toutefois ce n'était pas déjà fait, et il se tut.

— Conscrit, dit le sous-préfet à Conscience, ce que vous avez fait est un délit prévu par le Code militaire; vous pourriez donc en porter la peine, et ce ne serait même pas de la sévérité, ce ne serait que de la justice. —Comment cela? commentcela? fil Bastien; puisque Conscience... — 5i7eiice donct lui cnfeteivV^X^ \«v^V^ ^^^^

gendarmes. — Mais, continua le soos-préfet, la simplicité de votre aveu désarme vos juges. Messieurs les chirurgiens, déclarez dans quelle arme peut, malgré sa mutilation, servir le conscrit. — Dans quelle arme? dit Baslien. Dans aucune, j'espère bien; sans quoi je partirais pour lui. — Faites sortir le hussard, dit le sous-préfet impatienté. — Eh bien! non, non, monsieur le souspréfet... Foi de Bastien! je ne dirai plus mot... Laissezmoi seulement ici jusqu'à la fin. -— Mais, dirent les chirurgiens, après s'être consultés, malgré sa main mutilée, le conscrit peut faire un bon pionnier ou un excellent soldat du train. — C'est bien, dit le sous-préfet. Faites passer le conscrit à droite, et inscrivez-le dans les équipages de l'armée.

A cette décision. Conscience pâlit affreusement, car il songea à la douleur qu'allaient éprouver ses deux mères et sa fiancée.

Mais il n'en obéit pas moins, en jetant toutefois à Bastien un regard d'adieu et de remercîment.

— Ab! mon pauvre Conscience! s'écria Bastien les bras étendus vers lui et les larmes aux yeux; enfoncé dans Royal-Cambouis! comme on dit au rrrégiment. Quelle humiliation!...

Et il sortit désespéré, non point de ce que Conscience n'^ût pas été réformé, mais de ce qu'il partait comme soldat du train.

CE QVI SE PASSAIT Elf PEàlfCE DU 10 NOVEMBRE 1813

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